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Dette du Cameroun : l’eurobond 2033 à 10,65 % après Fitch

Siège du ministère des Finances (MINFI) à Yaoundé, qui gère la dette du Cameroun

Le 17 octobre 2026 à Bangkok, le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, a réclamé au nom de 17 pays africains des financements moins chers devant le Comité monétaire et financier international (CMFI). Deux jours plus tard, le marché lui répondait sur la dette du Cameroun : après une dégradation de Fitch, le rendement de l’eurobond 2033 touchait un record de 10,65 %.

Ce que Louis Paul Motaze a demandé à Bangkok

Le CMFI est l’instance ministérielle qui oriente le Fonds monétaire international (FMI) ; sa 54e réunion s’est tenue les 16 et 17 octobre 2026, pendant les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Louis Paul Motaze y parlait pour la circonscription qui regroupe, au conseil du FMI, les six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et onze autres pays d’Afrique centrale et de l’Est, dont le Kenya, l’Éthiopie, la République démocratique du Congo et le Rwanda.

Sa déclaration écrite n° 54-10, publiée par le FMI, résume le problème en une phrase : « la reprise de l’accès aux marchés ne doit pas être assimilée à l’accès à des financements abordables ». Il réclame des financements concessionnels prévisibles, des restructurations de dette plus prévisibles et plus rapides, dans le cadre commun du G20 et au-delà, et le maintien des ressources du fonds fiduciaire qui finance les prêts à taux réduit du FMI.

Le texte pointe aussi un effet pervers : faute d’aide publique et de crédit extérieur abordable, les États empruntent davantage auprès de leurs banques, ce qui évince le crédit au secteur privé. Position collective, la déclaration n’annonce aucun prêt nouveau au Cameroun.

Fitch dégrade, l’eurobond 2033 atteint 10,65 %

Le Cameroun illustre lui-même le diagnostic. Le vendredi 16 octobre 2026, Fitch Ratings a abaissé sa note de défaut émetteur à long terme de B à B-, perspective stable, selon l’Agence Ecofin et Camer.be. L’agence, qui avait confirmé la note B en avril 2026, invoque l’incertitude sur la succession du président Paul Biya et la pression croissante sur le financement de l’État.

Fitch estime les besoins de financement bruts de l’État à 7,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, contre 5 % en 2025. Elle relève l’absence de nouveau programme du FMI depuis l’expiration du précédent en juillet 2025. La dette publique, environ 42,5 % du PIB fin 2025, reste pourtant jugée relativement faible par rapport aux pays de même note.

La sanction a été immédiate. Le lundi 19 octobre, le rendement de l’eurobond 2033 a gagné près de 30 points de base, à 10,65 %, sa quatrième hausse d’affilée. Celui du titre 2031 est monté à 10 %. Depuis début octobre, ces deux obligations, qui totalisent environ 1,7 milliard de dollars, ont perdu près de 3 % pour leurs détenteurs, la pire performance parmi les emprunts souverains africains, selon Ecofin.

Dette du Cameroun : combien coûte un point de taux

La hausse du rendement ne change rien aux coupons déjà fixés : celui de l’eurobond 2033 reste à 8,875 %. Elle renchérit en revanche chaque nouvel emprunt. Or Yaoundé venait d’annoncer, début octobre, une émission complémentaire de 300 millions de dollars sur cette même souche, destinée selon l’Agence Ecofin au budget 2026 et à l’apurement d’arriérés. Si elle était placée autour de 10,65 %, au-dessus du coupon, les titres se vendraient sous leur valeur nominale : l’État encaisserait moins d’argent frais pour la même dette à rembourser.

L’ordre de grandeur, selon un calcul de la rédaction : un point de taux sur 300 millions de dollars coûte environ 3 millions de dollars par an. Sur l’ensemble des 1,7 milliard de dollars d’eurobonds, il représenterait environ 17 millions de dollars par an, soit près de 9 milliards de francs CFA au taux de change implicite de l’émission de janvier 2026. C’est l’équivalent d’environ un sixième du soutien aux prix à la pompe pour le seul mois de septembre, que Louis Paul Motaze a chiffré à 57 milliards de francs CFA auprès de Business in Cameroon.

Ce placement privé de 750 millions de dollars a été détaillé dans notre article sur l’eurobond camerounais et le sondage du marché de Londres.

Un programme FMI à l’arrêt, un budget 2027 au-dessus de la cible

Le FMI a mené une mission à Yaoundé du 17 au 30 septembre 2026. Son communiqué du 1er octobre maintient un risque global de surendettement élevé et recommande, comme la déclaration de Bangkok, davantage de recettes intérieures et de financements concessionnels. La dette reste jugée soutenable à moyen terme : un risque élevé n’est pas un défaut de paiement.

Sans nouveau programme, les appuis budgétaires restent suspendus. Or la circulaire présidentielle du 12 octobre 2026 fixe un déficit de 2,7 % du PIB pour 2027, selon Investir au Cameroun, au-delà de la cible de 1,5 % que le FMI assigne à la CEMAC pour 2027. Le principal facteur de dérapage est connu : les subventions aux carburants, dont la cheffe de mission du FMI, Christine Dieterich, juge selon Business in Cameroon qu’elles profitent d’abord aux gros consommateurs.

Un plaidoyer qui se jugera aussi à Yaoundé

Bangkok a aussi produit un financement concret. Le 13 octobre 2026 à Bangkok, la Banque islamique de développement et le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, ont signé un accord de 212,35 millions d’euros pour réhabiliter la route Douala-Bafoussam. Ses conditions, taux, durée et différé, ne figurent pas dans le communiqué de la banque : impossible, à ce stade, de dire s’il s’agit du crédit bon marché réclamé au CMFI.

Le plaidoyer de Bangkok répond à un problème réel : des taux de référence mondiaux élevés renchérissent l’emprunt de tous les pays africains. Mais il bute sur une limite domestique. Le budget étant un tout, le Cameroun finance de fait une subvention généralisée aux carburants en partie avec de l’argent emprunté à plus de 10 %. Et Fitch a fondé sa dégradation sur des facteurs intérieurs. La prime de risque se négocie aussi à Yaoundé, par la publication des conditions d’emprunt et la maîtrise des arriérés.

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