Dans un communiqué daté du 21 août 2026, le ministre camerounais du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, appelle les opérateurs économiques à s’approprier le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), qui permet de régler un partenaire africain en francs CFA sans transiter par le dollar ou l’euro.
Mais un mois et demi après l’adhésion de la Banque des États de l’Afrique centrale, le 9 juillet 2026, aucune banque commerciale de la zone n’est encore opérationnellement connectée. Les entreprises du Cameroun n’y ont donc pas accès.
Ce que change le PAPSS, sur le papier
Conçu par la Banque africaine d’import-export en partenariat avec l’Union africaine et le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine, le PAPSS traite et règle les paiements transfrontaliers directement en monnaies africaines.
Concrètement, un importateur camerounais peut régler son fournisseur depuis son compte en francs CFA, le bénéficiaire recevant les fonds dans sa propre monnaie — naira nigérian, cedi ghanéen ou shilling kényan — sans que la transaction passe par une devise tierce. La plateforme annonce un traitement en quelques secondes, complété par un règlement net coordonné en fin de journée avec les banques centrales participantes.
L’enjeu n’est pas anecdotique. Jusqu’ici, l’essentiel des flux entre entreprises camerounaises et partenaires ouest-africains transite par des banques correspondantes européennes ou américaines, au prix de délais de plusieurs jours et de commissions substantielles.
Selon les projections publiques du système, l’Afrique pourrait économiser jusqu’à cinq milliards de dollars par an en frais de conversion et de correspondance bancaire. Ce chiffre émane de l’opérateur lui-même et aucune évaluation indépendante ne le confirme.
L’adhésion de la BEAC, nécessaire mais pas suffisante
L’adhésion officielle de la banque centrale, annoncée le 9 juillet 2026 après une rencontre à Yaoundé entre le gouverneur Yvon Sana Bangui et le directeur général du PAPSS, Mike Ogbalu III, constitue la brique monétaire et réglementaire indispensable.
La BEAC est commune aux six États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale — Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad. C’est l’une des deux seules banques centrales régionales du continent, avec la BCEAO.
Mais cette adhésion n’ouvre pas mécaniquement le service aux clients. Pour qu’une entreprise de Douala puisse initier un paiement, encore faut-il que sa banque commerciale, sa fintech ou son prestataire de paiement soit connecté à la plateforme et ait déployé les canaux correspondants.
Or le calendrier officiel prévoit que le PAPSS travaille avec la BEAC d’ici la fin de l’année 2026 pour intégrer les établissements financiers de la région. D’où le paradoxe : le ministre invite les opérateurs à utiliser un outil auquel leur banquier ne leur donne pas encore accès.
Le Cameroun, pionnier ZLECAf sans bilan chiffré
L’appel du ministre s’inscrit dans un positionnement plus large.
Dans une note du 30 juillet 2026, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique présente le pays comme le seul de la sous-région à avoir déjà commercé aux conditions préférentielles de l’accord, dans le cadre de l’Initiative de commerce guidé. Le premier certificat d’origine camerounais avait été délivré dès le 6 octobre 2022 au GIC Afatex, pour une cargaison de safous séchés, d’ananas séchés et de thé au gingembre à destination du Ghana.
Cette antériorité reste difficile à quantifier. Ni le communiqué du ministère ni les sources publiques ne fournissent de bilan consolidé : nombre d’entreprises utilisatrices, volumes échangés, droits de douane économisés — rien n’est publié.
La Commission économique insiste d’ailleurs sur la nécessité d’une chaîne complète : offres tarifaires, règles d’origine, procédures douanières, normes. Le paiement n’en est qu’un maillon — et l’ouverture des frontieres commerciales, un chantier que suit notre dossier sur les frontières africaines.
Les tuyaux du flux avancent plus vite que ceux du stock
L’arrimage de la CEMAC complète une carte des infrastructures de paiement panafricaines qui se densifie rapidement : interconnexions de la zone BCEAO, systèmes de commutation régionaux, dispositifs de paiement instantané et QR code déployés en Afrique centrale.
Il illustre aussi une constante de l’intégration financière du continent. Les infrastructures de flux — les paiements — progressent nettement plus vite que celles du stock, c’est-à-dire les marchés de capitaux et la mobilisation de l’épargne. Payer un fournisseur à Accra devient facile ; y investir ne l’est toujours pas.
Pour les entreprises camerounaises, l’échéance à surveiller est celle de la connexion effective des banques de la place, attendue d’ici la fin 2026. C’est elle, et non les communiqués ministériels, qui transformera la promesse en outil de trésorerie quotidien.








