La fusion par absorption de Guinness Cameroun par la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC) devrait porter la participation de BGI, entité du groupe Castel, de 84,12 % à environ 87,93 % du capital du brasseur.
Mécaniquement, le poids cumulé des autres actionnaires reculerait de 15,88 % à 12,07 % — sans qu’ils cèdent le moindre titre. Dernier acte d’une opération engagée en juillet 2022, la fusion fera disparaître juridiquement Guinness Cameroun.
Une précision de méthode avant les chiffres
Le calcul de dilution ne figure pas dans l’avis de fusion. Il provient du média économique Investir au Cameroun, qui l’a publié le 25 août 2026 en croisant les modalités de l’opération avec l’actionnariat publié fin 2025.
Il vaut donc sous deux réserves : l’approbation effective de l’opération, et le maintien de la répartition du capital telle qu’elle était arrêtée au 31 décembre 2025.
La mécanique de la fusion
Selon l’avis dont les principaux termes ont été relayés le 20 août 2026 par le quotidien Cameroon Tribune, les deux entreprises ont établi un projet de fusion par voie d’absorption de Guinness Cameroun SA par la SABC. Les copies certifiées ont été déposées le 20 juillet 2026 au Registre du commerce et du crédit mobilier, auprès des greffes de Douala.
L’opération prévoit l’émission de 1 811 106 actions nouvelles de la SABC, d’une valeur nominale de 10 000 francs CFA chacune, destinées à rémunérer l’apport des actionnaires de Guinness Cameroun.
Le capital social passerait ainsi de 57,363 milliards à 75,475 milliards de francs CFA, soit une augmentation de 31,57 %. Le nombre d’actions grimperait de 5 736 363 à 7 547 469, les titres nouveaux représentant environ 24 % du capital post-fusion.
Cette augmentation de capital est le véhicule comptable de l’absorption : elle permet d’intégrer au bilan de la SABC le patrimoine de Guinness Cameroun, dont la valeur nette est estimée à 271,76 milliards de francs CFA — 328,60 milliards d’actifs pour 56,84 milliards de passifs repris. L’écart avec le montant de l’augmentation fait apparaître une prime de fusion de 253,65 milliards.
La dilution silencieuse des minoritaires
C’est le croisement de ces modalités avec l’actionnariat publié qui fait apparaître l’effet capitalistique réel.
Les comptes 2025 de BGI, certifiés par PricewaterhouseCoopers Audit, indiquent qu’au 31 décembre 2025, cette entité du groupe Castel détenait 84,12 % de la SABC.
Or les actions nouvelles rémunèrent l’apport de Guinness Cameroun — société contrôlée par la sphère Castel depuis le rachat à Diageo. Leur émission porterait donc la participation de BGI à environ 87,93 %, tandis que les minoritaires, qui ne reçoivent rien et ne vendent rien, verraient leur poids relatif fondre de 15,88 % à 12,07 %.
Parmi ces minoritaires figure historiquement la Société nationale d’investissement, bras financier de l’État camerounais, liée à BGI par un pacte d’actionnaires. L’actionnariat détaillé postérieur à 2025 n’est pas public.
Le dernier acte du rachat à Diageo
Cette fusion parachève une opération annoncée en juillet 2022, lorsque le groupe britannique Diageo avait accepté de céder Guinness Cameroun au groupe Castel.
La SABC avait ensuite repris la production et la distribution nationales des bières Guinness, des boissons maltées et des alcools mix sous accords de licences de marque. L’opération avait reçu le feu vert des autorités camerounaises et communautaires de la concurrence, sous réserve d’engagements destinés à préserver le fonctionnement concurrentiel du marché.
L’absorption permet à Castel de regrouper l’ensemble de ses activités brassicoles camerounaises dans une seule société et de simplifier son organisation.
Une concentration de 80 à 90 % du marché
Elle consacre surtout une position dominante exceptionnelle.
Avant le rachat, la SABC détenait déjà près des trois quarts du marché brassicole camerounais, devant Guinness Cameroun — environ 15 % — et l’Union camerounaise de brasseries, environ 10 %. L’ensemble consolidé pèse, selon les estimations publiées à l’époque de la cession, entre 80 % et 90 % du marché de la bière.
Face à lui ne subsistent que l’UCB et le nouvel entrant Brasaf, du groupe Samuel Foyou. Le secteur reste l’un des rares contributeurs formels au budget camerounais, aux côtés des opérateurs télécoms.
C’est précisément cette concentration qui avait justifié les engagements exigés par les autorités de concurrence. Leur suivi effectif, une fois Guinness Cameroun juridiquement disparue, constituera l’enjeu de l’après-fusion. Un engagement souscrit par une société qui n’existe plus se surveille moins facilement.





