Partenaire RAF Academy — formations Intelligence Artificielle. Six modules pour professionnels, dès septembre 2026. Découvrir les formations

Ghana diaspora : 7,8 milliards de dollars à convertir

Comptoir de transfert d'argent, illustrant les envois de la diaspora vers le Ghana

Les transferts de la diaspora du Ghana sont passés d’environ 4,6 milliards de dollars en 2024 à près de 7,8 milliards en 2025 — une progression de près de 70 %.

Ces flux représentent environ 6 % du produit intérieur brut du Ghana et dépassent désormais les investissements directs étrangers. Le gouverneur de la banque centrale veut les orienter vers l’investissement productif. Il nomme lui-même l’obstacle : les produits financiers pour le faire n’existent pas.

L’annonce

Le gouverneur de la Bank of Ghana, Johnson Pandit Asiama, a annoncé que l’institution intensifiait ses efforts pour attirer davantage de transferts et en canaliser une part accrue vers l’investissement productif, le développement des entreprises et la création d’emplois.

Il s’exprimait le 21 août 2026 lors du lancement du rapport annuel 2025 sur l’investissement du Ghana Investment Promotion Centre, accueilli par la banque centrale.

« Le défi qui se pose à nous n’est pas simplement de maintenir ces flux, mais de les canaliser plus efficacement vers l’investissement productif, le développement des entreprises, l’innovation et la création d’emplois », a-t-il déclaré.

Le chaînon manquant, nommé par la banque centrale elle-même

Le passage le plus significatif du discours est un aveu, et il mérite d’être cité en entier.

« Nous sommes déterminés à traiter ce qui demeure le chaînon manquant de notre agenda d’investissement diaspora : le développement de produits et de solutions financières fiables, innovants et adaptés au marché, capables d’inspirer confiance, d’approfondir l’engagement et de mobiliser les transferts vers les priorités nationales de développement. »

Autrement dit : l’argent existe, la volonté d’investir existe, les instruments n’existent pas.

Ce diagnostic rejoint celui de la Banque africaine de développement dans son rapport régional 2026 : l’Afrique de l’Ouest a moins un problème de capitaux qu’un problème d’orientation de ces capitaux.

Trois fois plus d’argent par les transferts que par l’investissement étranger

Le contraste chiffré justifie l’effort.

Le Ghana a enregistré environ 2,61 milliards de dollars de nouveaux investissements étrangers en 2025, répartis sur 253 projets, dont 71 détenus intégralement par des Ghanéens.

Face à cela, 7,8 milliards de dollars de transferts. Trois fois plus. La différence est que les premiers financent des projets productifs et les seconds, très majoritairement, la consommation des ménages.

Le gouverneur qualifie la diaspora de « pilier vital des entrées de devises » et souligne que la performance de 2025 démontre un engagement durable malgré des conditions économiques difficiles.

Ce qui est en préparation

La stratégie s’appuie sur plusieurs volets engagés depuis le début de l’année.

Sur le plan des instruments, la banque centrale explore les obligations diaspora et d’autres véhicules structurés, ainsi que des produits libellés en devises proposés par des établissements régulés.

Sur le plan opérationnel, elle renforce les canaux formels de transfert, améliore la transparence du marché des changes, soutient les systèmes de paiement numériques et travaille sur la qualité des données relatives aux transferts.

Le 12 août 2026, le gouverneur avait réuni les dirigeants des banques commerciales pour les inciter à dépasser les services classiques de transfert et à créer des produits d’épargne et d’investissement accessibles à distance. Ces consultations s’inscrivent dans l’élaboration d’une stratégie nationale des transferts. Le Ghana s’inspire explicitement des Philippines, du Mexique et du Kenya.

Le changement de statut

La formule la plus intéressante du gouverneur est conceptuelle : la diaspora doit être traitée comme des « investisseurs domestiques à l’étranger », et non comme une simple source de transferts.

Ce déplacement a une conséquence macroéconomique précise. Les transferts sont une source de devises structurellement importante et contracyclique — ils se maintiennent, voire augmentent, quand l’économie se dégrade, contrairement aux investissements de portefeuille qui fuient.

Pour une banque centrale qui cherche à approfondir son marché des changes et à limiter son exposition aux capitaux volatils de court terme, cette caractéristique vaut cher.

Une conjoncture qui aide

L’initiative intervient dans un contexte favorable, ce qui n’est pas indifférent.

La croissance réelle du PIB ghanéen a atteint 6,4 % au premier trimestre 2026, portée par les services et l’industrie. L’inflation est retombée à 4,6 % en juillet, contre 5,3 % en juin, soutenue par un ralentissement de l’inflation alimentaire et une relative stabilité du taux de change.

Un pays qui sort d’une restructuration de dette et affiche une inflation à 4,6 % dispose d’un argument de crédibilité que ses voisins n’ont pas tous.

La condition que personne ne contourne

Les participants aux consultations ont eux-mêmes soulevé le point : transparence, reddition de comptes et sécurité de l’investissement seront décisives.

C’est la difficulté centrale de tous ces dispositifs. Un transfert familial est un don ; une obligation souveraine est un placement exposé au risque de crédit de l’État émetteur. Le Ghana a fait défaut sur sa dette en 2022 et achevé sa restructuration récemment. Les souscripteurs potentiels s’en souviennent.

La comparaison régionale est instructive. Le Burkina Faso a levé 151,5 milliards de FCFA auprès de sa diaspora en juin 2026, au-delà de sa cible, en fléchant explicitement les fonds vers deux projets nommés. La Côte d’Ivoire vise le premier trimestre 2027. Entre 2007 et 2011, l’Éthiopie, le Ghana et le Kenya avaient en revanche échoué à mobiliser une demande suffisante.

Le Ghana a donc déjà essayé, et échoué. Ce qui change aujourd’hui n’est pas l’idée mais l’environnement macroéconomique — et, si la banque centrale tient parole, l’existence d’instruments réellement conçus pour un souscripteur qui vit à l’étranger. Le problème dépasse d’ailleurs le seul Ghana : l’épargne africaine circule mal d’un marché à l’autre, faute d’infrastructures qui la relient.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app