Écarté de la présidentielle de 2025 et absent de l’Assemblée nationale après son boycott des législatives, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo occupe le terrain par le programme, sous le nom de « Pacte social ».
Depuis juillet 2026, la formation de l’ancien chef de l’État déroule son « Pacte social », un projet structuré autour de sept piliers dont l’ambition affichée est de « replacer l’humain au cœur de l’action publique ». Une manière de se poser en force de proposition face au pouvoir d’Alassane Ouattara, investi pour un quatrième mandat le 8 décembre 2025.
Le Pacte social décliné en trois étapes
C’est lors d’une conférence de presse tenue le jeudi 2 juillet 2026 à son cabinet de Cocody, à Abidjan, que Laurent Gbagbo a cadré la démarche. Le projet vise, selon lui, à structurer les revendications sociales du parti autour de sept piliers, inspirés des « difficultés quotidiennes » des populations.
Le parti a annoncé dans la foulée une campagne d’écoute dans l’ensemble des régions du pays, ainsi que de futures propositions sur la réforme de l’organe chargé d’organiser les élections. Sur ce dossier, le PPA-CI avait boycotté la rencontre convoquée par le Premier ministre Robert Beugré Mambé le 22 juin, préférant, selon les mots de Gbagbo, « proposer mieux ».
Le 15 juillet 2026, une première déclinaison a été dévoilée : vingt propositions pour améliorer le quotidien des Ivoiriens.
Puis, le mardi 4 août 2026, une tribune à Abidjan a été consacrée au volet cohésion nationale, avec dix mesures — dialogue politique permanent, neutralité des forces de défense, plan d’insertion professionnelle pour les jeunes vulnérables, réduction des écarts d’équipements entre régions, retour des exilés, libération des personnes que le parti qualifie de détenus d’opinion.
Sept piliers, vingt propositions, dix mesures : ce sont trois strates d’une même initiative, non trois chiffres concurrents.
Un diagnostic sévère sur quinze ans
Le constat posé par les émissaires du parti ne ménage personne. Quinze ans après la crise post-électorale de 2010-2011, la Côte d’Ivoire vivrait « une coexistence passive plutôt qu’une paix consolidée ».
Les fractures nationales s’articuleraient, depuis les années 1960, autour de trois enjeux récurrents : l’appartenance nationale, le régime foncier et la représentation au sein du pouvoir.
C’est une lecture d’opposition, et elle doit être lue comme telle. Elle a le mérite de nommer des sujets que le débat public ivoirien contourne souvent.
Un parti en reconstruction
Cette offensive programmatique est indissociable de la situation du parti, qui sort affaibli d’une séquence électorale dont il a été absent.
Candidature de Laurent Gbagbo écartée de la présidentielle d’octobre 2025, boycott des législatives, puis un cycle de réorganisation interne parfois brutal : révocations massives dans les organes centraux en mai 2026, radiation de cadres dissidents dont l’ancien ministre Ahoua Don Mello, suspensions de personnalités comme Stéphane Kipré.
Reconduit à la tête du parti lors du premier congrès ordinaire des 14 et 15 mai 2026 — malgré son annonce antérieure de retrait de la vie politique —, Laurent Gbagbo, 81 ans, a engagé une redistribution des responsabilités.
Le 10 août 2026, il a délégué une partie de ses prérogatives à cinq cadres : Assoa Adou, Hubert Oulaye, Emmanuel Ackah et Justin Koné Katinan, nommés vice-présidents, et Sébastien Dano Djédjé, porté le 19 août à la présidence du Conseil stratégique et politique. Une direction présentée comme collégiale, dont l’intéressé a précisé qu’elle ne valait pas désignation d’un successeur.
Le programme comme substitut au mandat
Le Pacte social apparaît ainsi comme le pendant programmatique de cette réorganisation.
Faute de représentation institutionnelle, le PPA-CI mise sur la production d’idées et l’ancrage de terrain — campagne d’écoute, tribunes thématiques, plateforme pour les prisonniers d’opinion lancée fin novembre 2025 — pour exister dans le débat public d’ici les prochaines échéances.
C’est une stratégie cohérente pour un parti privé de tribune parlementaire. Elle a une limite évidente : elle ne produit aucune contrainte sur l’exécutif.
Deux inconnues qui décideront de la portée
La première est la capacité du parti à transformer un corpus de propositions en rapport de force. Sans députés ni maires en nombre, le PPA-CI ne dispose d’aucun levier institutionnel pour imposer ses réformes. Le pouvoir n’a, à ce stade, donné aucun signe d’ouverture sur les demandes structurantes : dialogue permanent, réforme électorale, libérations. Le contraste est net avec d’autres oppositions du continent, où le boycott reste l’arme principale faute de tribune institutionnelle.
La seconde est interne. La cohabitation entre une direction déléguée à cinq têtes et un fondateur qui reste le seul maître du parti laisse ouverte la question de l’après-Gbagbo, que la réorganisation d’août n’a pas tranchée.
Un programme sans majorité vaut ce que vaut la durée pendant laquelle son auteur peut le porter.






