Cent jours après la déclaration officielle de la dix-septième épidémie d’Ebola de son histoire, la RDC recensait 5 514 cas confirmés et 2 642 décès au 23 août 2026, sur des données arrêtées au 22 août.
Portée par la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin n’est homologué, cette flambée est la plus rapide jamais enregistrée dans le pays et la deuxième plus importante de l’histoire mondiale de la maladie, selon l’Organisation mondiale de la santé.
Cent jours, quatre-vingt-dix cas par jour
L’épidémie a été déclarée le 15 mai 2026 après la confirmation de la circulation du virus Bundibugyo dans la province de l’Ituri, au nord-est du pays. L’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale dès le 17 mai, suivie par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies au niveau continental.
Trois mois plus tard, le constat est sans appel : près de 90 nouveaux cas confirmés ont été enregistrés chaque jour en moyenne au cours des trois premiers mois. Un rythme supérieur à celui de l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016 comme à celui de la flambée de 2018-2020 dans l’est du pays.
Ces chiffres évoluent vite et divergent selon les sources et leur date d’arrêté. Ceux retenus ici proviennent du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, reprenant les données congolaises.
Ebola en RDC déborde désormais six provinces
Initialement circonscrite à la zone de santé de Mongbwalu, en Ituri, l’épidémie s’est étendue à six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et, plus récemment, le Bas-Uélé, où un premier cas a été confirmé dans la zone de santé de Buta chez une personne ayant voyagé depuis le Haut-Uélé.
Plus de cinquante zones de santé sont touchées. L’Ituri demeure l’épicentre, avec environ 85 % des cas et 79 % des décès.
« L’épidémie se propage de façon exponentielle. Elle dépasse la rapidité de la réponse, elle s’intensifie et s’étend plus vite que les efforts déployés dans toute la région », a averti le coordinateur principal des Nations unies pour Ebola, Julien Harneis. La crainte d’une extension vers Kinshasa est désormais ouvertement évoquée — comme une crainte, non comme une prévision.
Une létalité de 48 %, très au-dessus de l’attendu
Sur les 5 514 cas confirmés, 2 642 personnes sont décédées, 1 200 patients ont été déclarés guéris et 808 restaient hospitalisés en isolement. Le taux de létalité observé avoisine donc 48 %.
Ce niveau est nettement supérieur à la létalité historique de la souche Bundibugyo, estimée autour de 25 % lors des épidémies précédentes selon l’Institut Pasteur.
Un autre signal inquiète l’OMS : environ 60 % des quelque 260 décès hebdomadaires enregistrés au cours des six dernières semaines sont survenus en dehors des centres de traitement. Le signe que de nombreux malades ne sont pas pris en charge à temps.
Une souche sans vaccin, des symptômes trompeurs
La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, est l’une des moins connues du virus Ebola. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est homologué contre elle : les vaccins existants ciblent la souche Zaïre, responsable des épidémies précédentes en RDC.
Des essais cliniques sur des traitements potentiels et l’évaluation de vaccins candidats sont en cours. Un premier test moléculaire de diagnostic spécifique du virus Bundibugyo a été déployé.
La détection reste compliquée par la nature des premiers symptômes, proches de ceux du paludisme, endémique dans la région. Cette confusion retarde l’identification des cas, alors que le décès survient généralement sept à quatorze jours après les premiers signes.
L’épidémie aurait d’ailleurs circulé pendant des semaines, voire des mois, avant sa détection : la Croix-Rouge estime que trois de ses travailleurs décédés en mai avaient contracté le virus fin mars, lors d’activités de gestion des dépouilles à Mongbwalu.
Le conflit armé comme facteur aggravant
L’épidémie sévit dans une région déstabilisée par des décennies de conflits, où opèrent des dizaines de groupes armés et où plus d’un million de personnes ont été déplacées.
Cette instabilité entrave directement la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts et l’accès aux soins. Elle ne montre aucun signe d’apaisement : le processus de paix entre Kinshasa et Kigali reste bloqué à quatre mois de son échéance. Elle explique une part du décalage entre l’ampleur de la riposte et son efficacité.
Une riposte montée en puissance
En cent jours, le dispositif a changé d’échelle, sous la coordination des autorités congolaises appuyées par l’Institut national de santé publique, l’OMS et leurs partenaires.
Le dépistage est passé d’un seul site à 19 laboratoires capables d’analyser plus de 3 000 échantillons par jour. La capacité de prise en charge est passée de moins de dix lits à plus de 1 300. Les activités d’engagement communautaire ont touché plus de 2,5 millions de personnes. Le suivi des contacts est passé de 9 % la première semaine à 84 % au 18 août.
« Nous pouvons maîtriser cette épidémie d’Ebola, mais seulement grâce à une intensification des actions dans les communautés touchées », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en insistant sur une réponse conduite par les autorités nationales.
La directrice régionale des urgences de l’OMS pour l’Afrique, la Dre Marie Roseline Belizaire, fixe cinq priorités : renforcer le rôle des communautés, porter le suivi des contacts à 95 %, accélérer l’accès aux soins, mieux protéger les soignants et consolider la préparation transfrontalière.
Ce dernier point n’est pas théorique. Au 20 août, 158 professionnels de santé avaient été infectés et 45 étaient décédés. Et l’épidémie a débordé les frontières dès son déclenchement : deux cas confirmés, dont un mortel, ont été signalés à Kampala, en Ouganda, à la mi-mai, chez des personnes venues de RDC.
L’OMS réclame une trêve humanitaire de six mois
Face à cette accélération, l’Organisation mondiale de la santé appelle toutes les parties au conflit à garantir une trêve humanitaire d’au moins six mois, afin que les équipes médicales puissent intervenir « en toute sécurité et sans entrave aux communautés touchées ». L’appel a été lancé à Addis-Abeba, à l’ouverture de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique.
« Le défi aujourd’hui ne réside pas dans les connaissances ou les outils », a résumé le directeur du bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Mohamed Yakub Janabi. L’obstacle est l’accès aux populations : « Lorsque nous parvenons à atteindre les populations, nous stoppons la transmission. Lorsque nous ne le pouvons pas, le virus continue de se propager. »
Dans une déclaration conjointe, le Dr Janabi, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus et le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) Jean Kaseya ont réclamé un changement d’échelle : « Nous devons multiplier par deux ou trois les capacités actuelles de la riposte, dans l’ensemble de ses composantes. »
L’OMS recommande par ailleurs à Kinshasa de reporter les grands rassemblements dans les zones de transmission, de limiter les déplacements à moto à un seul passager, de renforcer les contrôles sanitaires routiers et de surveiller les bateaux reliant les zones touchées à la capitale. Elle demande aussi d’accélérer les procédures d’immigration et de dédouanement pour le déploiement des équipes internationales. L’épidémie reste classée urgence de santé publique de portée internationale, avec un risque jugé « élevé » pour les pays voisins.
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Avec APO Group.








