Le Niger achète du carburant algérien face à la pénurie

Station-service de village au Niger, près de Niamey, pays qui importe du carburant algérien face à la pénurie

Le dimanche 1er novembre 2026, le Niger a réceptionné à Agadez 53 camions-citernes de carburant algérien, soit 1,65 million de litres. Ce n’est pas un don : la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP) l’a acheté à un « prix préférentiel » qui n’a pas été publié. Le même jour, le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine signait à Benghazi un protocole de coopération avec les autorités de l’est libyen, dont le contenu reste inconnu.

Carburant algérien : une commande de la SONIDEP

Le ministre du Pétrole, Hamadou Tini, a accueilli le convoi au dépôt de la SONIDEP d’Agadez, en présence de l’ambassadeur d’Algérie au Niger, Saadi Ahmed, et de la directrice générale de la SONIDEP, Oumar Fatimata Marafa Salifou, selon le quotidien public Le Sahel. C’est le journal qui chiffre la cargaison à 1,65 million de litres et précise qu’elle a été « acquise en prix préférentiel ». L’Agence nigérienne de presse (ANP) parle de « différents produits » et écrit que ceux-ci « constituent une commande de la SONIDEP ».

Aucune source officielle ne détaille la part d’essence et de gasoil, le prix payé ni le coût du transport : l’économie réalisée par le Niger reste incalculable. Selon l’ANP, il s’agit d’une « première livraison » par camions-citernes.

L’agence rattache ces achats à des accords de coopération entre la SONIDEP et la compagnie publique algérienne des hydrocarbures, Sonatrach, qui prévoient des prix « très favorables par rapport aux prix du marché international ». L’ANP les date de « juin 2006 » ; Sonatrach a par ailleurs annoncé trois mémorandums d’entente avec la SONIDEP le 2 juin 2026. Aucune source consultée ne cite le distributeur algérien Naftal pour ce convoi, et le texte qui encadre la livraison n’a pas été publié.

Une pénurie aux causes multiples

Le convoi arrive en pleine crise d’approvisionnement. Selon l’Agence France-Presse (AFP), la pénurie d’essence a atteint Niamey le 18 octobre 2026, après d’autres villes du pays. Le ministère de l’Énergie, cité par l’AFP, chiffre le déficit des huit premiers mois de 2026 à 196,62 millions de litres de super et 52,60 millions de litres de gasoil. À Agadez, le gouverneur, le général Ibra Boulama Issa, a résumé la situation devant l’ANP : « cela fait six mois que nous traversons ces difficultés ».

La raffinerie de Zinder, d’une capacité installée de 20 000 barils par jour, ne tourne pas en permanence à ce niveau, reconnaît le ministère. L’essence de contrebande venue du Nigeria, qui pouvait couvrir jusqu’à la moitié du marché nigérien, est devenue plus chère depuis la fin des subventions nigérianes. « Être un pays producteur de pétrole brut ne garantit pas automatiquement l’autosuffisance en produits finis », a reconnu le ministre du Pétrole à Agadez, selon l’ANP.

Niamey a réagi par un arrêté du ministère du Commerce, signé le 12 octobre, qui interdit l’exportation d’essence et de gasoil. Le chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, a écarté pour l’instant une hausse des prix à la pompe, selon l’AFP. Le site mauritanien Madar, citant Mondafrique, évoque 30 millions de litres attendus d’Algérie ; aucune source officielle ne confirme ce volume, et aucun calendrier de livraisons n’a été publié.

Benghazi : un protocole au contenu non publié

À Benghazi, Ali Mahaman Lamine Zeine a été reçu par le général Saddam Haftar, vice-commandant général des forces armées de l’est libyen, en présence d’Oussama Hammad, qui dirige le gouvernement installé dans l’est du pays. Ce gouvernement tient son mandat de la Chambre des représentants, mais l’Organisation des Nations unies (ONU) reconnaît celui d’Abdelhamid Dbeibah, à Tripoli. La délégation nigérienne comprenait « plusieurs responsables militaires et politiques », selon l’ANP.

Le Premier ministre a annoncé la signature d’un « protocole d’accord de coopération stratégique entre la Libye et la République du Niger ». Ni son contenu ni ses signataires n’ont été rendus publics. Les sources consultées ne mentionnent aucun engagement sur le carburant, la sécurité ou la frontière : il serait prématuré d’y voir un accord militaire ou énergétique.

Le nord du Niger et le sud libyen partagent des routes commerciales et migratoires, dans une Libye toujours divisée, comme le rappelle notre article sur l’accord électoral libyen et la contrebande. L’effet de l’accord dépendra d’engagements encore inconnus.

Des soldats algériens : ce qui est officiel

Le convoi s’inscrit dans un rapprochement plus large. Le 25 octobre 2026, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire au Niger, selon l’agence officielle Algérie Presse Service (APS) et l’AFP. Le 26 octobre, la présidence algérienne a annoncé la décision du président Abdelmadjid Tebboune, avec pour objectif d’« assurer la protection des intérêts énergétiques et économiques communs algéro-nigériens ». Effectifs, durée et lieux de stationnement n’ont pas été publiés ; nous avons détaillé le vote dans notre article sur l’envoi de l’armée algérienne au Niger.

L’implantation d’une unité à Madama, ancienne base française proche de la frontière libyenne, est rapportée par Jeune Afrique, reprise par d’autres médias, mais n’a été confirmée ni par Alger ni par Niamey. Côté nigérien, le ministère de la Défense a publié le 27 octobre, dans Le Sahel, son compte rendu du protocole militaire signé à Alger le 21 octobre, sans évoquer l’envoi d’unités. Au 2 novembre, aucune réaction officielle de Niamey à la décision du 26 octobre n’a été trouvée.

Qui gagne, qui paie

Pour l’Algérie, la livraison ouvre un débouché commercial vers le Sahel et consolide la présence de Sonatrach, déjà engagée dans le forage de Kafra, dans la région d’Agadez. Pour les Nigériens, le bénéfice attendu est concret : retrouver du carburant à la pompe. Mais 1,65 million de litres représentent moins de 1 % du déficit de près de 250 millions de litres enregistré sur les huit premiers mois de 2026.

Qui paie ? La SONIDEP, donc l’État, pour l’achat et la logistique, à un prix que personne n’a publié ; les coûts du dispositif militaire algérien ne sont pas davantage connus. Trois indicateurs diront si Niamey a trouvé une solution durable : la régularité des livraisons algériennes, l’état des stocks à la pompe, et la publication des engagements pris à Alger comme à Benghazi.

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