Collectées entre les années 1930 et 1970 par l’ethnologue allemand Hans Himmelheber, plus de cent œuvres issues de plusieurs aires culturelles ivoiriennes ont été restituées à la Côte d’Ivoire et sont désormais exposées à Abidjan et à Man.
La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans la restitution de son patrimoine culturel. Une centaine d’objets d’art, accompagnés de près de 15 000 photographies et d’une douzaine de films réalisés par l’ethnologue allemand Hans Himmelheber, ont été officiellement rendus au pays et présentés au public. Ces pièces, longtemps conservées en Europe, sont aujourd’hui exposées notamment au Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara, à Abobo, ainsi qu’à Man, dans l’ouest du pays.
Masques rituels, sculptures, objets de la vie quotidienne et ustensiles cérémoniels issus des cultures Sénoufo, Dan, Baoulé et Gouro composent cette collection. Jusqu’alors visibles au musée Rietberg de Zurich, ces œuvres attirent désormais un public ivoirien, notamment de nombreux élèves venus découvrir ce patrimoine restitué.

Une restitution encore rare dans le contexte postcolonial
Si les restitutions d’œuvres d’art africaines se multiplient ces dernières années, un retour d’une telle ampleur demeure exceptionnel, selon les spécialistes. Bien que Hans Himmelheber ait acquis ces objets par achat, les institutions partenaires reconnaissent le poids du contexte colonial, susceptible d’avoir influencé certaines transactions.

Pour Francis Tagro, directeur du Musée des Civilisations d’Abidjan, cette donation représente un apport majeur, permettant d’enrichir et de diversifier les collections nationales. Elle s’inscrit dans le cadre d’un partenariat bilatéral conclu en 2025 entre la Suisse et la Côte d’Ivoire pour encadrer la restitution de biens culturels.
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Archives, transmission et reconnaissance des artistes
Au-delà des objets, les milliers de photos et de films réalisés par l’ethnologue ont été numérisés et projetés dans plusieurs villages, notamment en pays Dan. Ces initiatives visent à faire revivre les archives et à encourager les jeunes générations à renouer avec des traditions parfois en déclin. Certaines familles ont ainsi pu reconnaître des ancêtres sur les images, suscitant une forte émotion.
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Scientifique rigoureux, Hans Himmelheber documentait minutieusement le travail des artistes qu’il rencontrait, contribuant à identifier et valoriser des créateurs longtemps restés anonymes. Cette démarche, saluée par ses proches, permet aujourd’hui de porter un regard renouvelé sur l’art ivoirien, au-delà des seuls masques, en intégrant aussi des objets du quotidien et des œuvres d’ornement.
Alors que cette restitution marque une avancée significative, la Côte d’Ivoire attend désormais le retour du tambour parleur Djidji Ayôkwé, emporté en 1916 et conservé en France, dont le principe de restitution a été validé par le Parlement français en 2025.
Notre Afrik avec AFP








