Kambove, ville minière du Haut-Katanga, en République démocratique du Congo (RDC), a vu le dimanche 1er novembre 2026 la Police nationale congolaise (PNC) interpeller plus de 500 personnes sur la concession de Kambove Mining, 669 selon le décompte publié par 7sur7.cd. Selon la police, certains individus s’y seraient fait passer pour des agents de l’État et auraient perturbé l’activité de l’entreprise. L’opération pose une question plus ancienne : qui exploite le cuivre et le cobalt de Kambove, et qui en encaisse la valeur ?
Ce que la police dit de l’opération de Kambove
L’opération s’est déroulée dans la matinée du 1er novembre 2026 sur la concession de Kambove Mining, à une trentaine de kilomètres de Likasi, avec l’appui des Forces armées de la RDC (FARDC) selon 7sur7.cd. Les bilans diffèrent selon les médias : « plus de 500 » personnes interpellées pour Mediacongo, « plus de 600 » selon le commandant provincial de la PNC, le commissaire divisionnaire Blaise Kilimbalimba, et 669 dont six militaires d’après 7sur7.cd. Aucun bilan officiel écrit de la police n’a été consulté par la rédaction.
Selon la police, des individus se seraient présentés sur le site comme militaires, policiers, magistrats, officiers de police judiciaire ou agents de taxation, et y auraient imposé leurs propres règles. Le commandant provincial a qualifié l’endroit de « république dans une autre république », selon les propos rapportés par 7sur7.cd. Ces accusations n’ont pas été examinées par un juge.
Selon la police, les personnes interpellées doivent être présentées aux juridictions compétentes ; aucune décision judiciaire n’est connue au 3 novembre 2026 et toutes sont présumées innocentes. Un dispositif de sécurité est maintenu sur la concession pour, selon la police, permettre à l’entreprise de poursuivre ses activités. Kambove Mining n’a publié aucun communiqué retrouvé par la rédaction sur l’opération.
Qui détient Kambove Mining
Kambove Mining SAS est une coentreprise entre la Générale des carrières et des mines (Gécamines), entreprise publique congolaise, et le groupe public chinois China Nonferrous Metal Mining Group (CNMC), à travers sa filiale cotée à Hong Kong, China Nonferrous Mining. Le rapport annuel 2025 du partenaire chinois lui attribue 55 % et 40 % à la Gécamines, sans préciser le détenteur des 5 % restants ; le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-RDC) indique 45 % pour la Gécamines. Aucun document consulté n’explique cet écart.
Selon une page de présentation du groupe CNMC, le gisement contient plus de 610 000 tonnes de cuivre et de cobalt en ressources, pour une capacité de traitement d’un million de tonnes de minerai par an ; l’exploitation commerciale a démarré le 30 septembre 2021. Pour 2025, le rapport annuel de China Nonferrous Mining fait état de 37 148 tonnes de cathodes de cuivre et de 528 tonnes de cobalt contenu dans de l’hydroxyde, un produit intermédiaire et non du métal raffiné. La Gécamines affiche pour 2026 un objectif de production de 37 000 tonnes de cuivre pour la coentreprise.
Kambove ne se résume pas à cette société : le territoire abrite d’autres titres, dont ceux de la Compagnie minière de Kambove (COMIKA), autre partenaire de la Gécamines, dont celle-ci a rejeté les comptes 2022 et 2023, selon son rapport de gestion 2024.
Qui capte la valeur du cuivre de Kambove
La première part revient à l’actionnaire majoritaire, qui opère la mine et consolide sa production. La Gécamines, minoritaire, perçoit des dividendes : ses états financiers 2025 font état de 10,3 millions de dollars reçus de Kambove Mining. Les mêmes états financiers font état de 8,8 millions de dollars de royalties facturées à Kambove Mining (le contrat de coentreprise prévoit 2,5 % de son chiffre d’affaires, selon le rapport du partenaire chinois) et de 3,2 millions de dollars de frais de services. Dividendes, royalties et frais sont des catégories différentes, versées à l’entreprise publique : aucune ne mesure à elle seule ce que l’État encaisse.
La Gécamines cherche désormais à peser sur la vente du métal elle-même. Dans un communiqué publié le 29 janvier 2026 sur son site, elle annonce avoir attribué à deux négociants internationaux, Vitol et MRI, des lots de cuivre et de cobalt issus de Kambove Mining, calculés selon sa participation, après une consultation de marché menée fin 2025. Ni les volumes ni les prix ne sont publiés.
Le contraste avec l’outil industriel propre de la Gécamines est net. Selon son rapport de gestion 2024, le concentrateur de Kambove n’a rien produit de l’année, sa section de flottation étant à l’arrêt depuis le 12 octobre 2015 pour non-rentabilité, et les usines de Shituru, à Likasi, ont été arrêtées le 1er juillet 2024. La part qui revient au Trésor sous forme d’impôts et de redevances minières, distincte des dividendes, n’est pas détaillée dans les sources consultées.
Creuseurs, uniformes et tensions autour des sites
Autour des concessions travaillent des creuseurs artisanaux, exposés aux accidents. Le circuit officiel d’achat du cobalt artisanal passe par l’Entreprise générale du cobalt, filiale de la Gécamines, dont nous avons décrit la course des négociants pour son cobalt.
Reste la question des hommes en uniforme. En juillet 2026, le chef de l’État a ordonné le retrait des militaires et policiers déployés sur les sites miniers hors des missions prévues par la loi, et l’organisation non gouvernementale Justicia Asbl a depuis dénoncé leur maintien sur des sites du Haut-Katanga et du Lualaba.
Ce que l’État doit encore démontrer à Kambove
Le même 2 novembre 2026, le ministre d’État de la Justice, Guillaume Ngefa, a ordonné des enquêtes sur une fraude minière présumée au Lualaba et au Haut-Katanga, après la saisie de plus de 500 camions et de plusieurs milliers de tonnes de cuivre et de cobalt, selon Actualite.cd. Le communiqué rapporté ne nomme ni Kambove ni Kambove Mining : aucun lien n’est établi avec l’opération du 1er novembre 2026.
L’enjeu dépasse la sécurité d’une concession. La RDC était en juillet 2026 le deuxième fournisseur de cuivre des États-Unis et les financements étrangers dans les minerais critiques africains posent la même question de qui capte la valeur. À Kambove, l’État affirme reprendre le contrôle du terrain. Il lui reste à publier ce que la concession produit, vend et verse au Trésor, permis par permis.








