Accord Sonara-Dangote : le prix du carburant reste inconnu

Camion-citerne de carburant dans une station-service au Cameroun, pays approvisionné par l'accord Sonara Dangote

La Société nationale de raffinage (Sonara) a annoncé le 30 octobre 2026 un accord d’approvisionnement en carburants signé le 22 octobre à Lagos avec le groupe nigérian Dangote et le négociant MRS Oil and Gas. Ni le prix, ni les volumes, ni la valeur du contrat Sonara-Dangote n’ont été publiés. Or c’est de ce prix que dépend l’effort de l’État camerounais, dont la structure des prix de novembre 2026 prévoit un soutien de près de 440 FCFA par litre de gasoil.

Ce que l’on sait de l’accord

Selon l’agence Reuters, qui a eu connaissance du communiqué de la Sonara, l’accord porte sur la fourniture de produits pétroliers raffinés au Cameroun. La Sonara le présente comme un moyen d’assurer un approvisionnement « stable et durable » face à la hausse des coûts liée au conflit au Moyen-Orient. La cérémonie de lancement, que la presse camerounaise annonçait pour le 29 octobre à Yaoundé, a été reportée en raison de « contraintes d’agenda de dernière minute » d’Aliko Dangote, président du groupe, selon le communiqué de la Sonara repris par Reuters ; une nouvelle date doit être annoncée.

La presse camerounaise donne davantage de détails, sans document public pour les confirmer. Le site Economie du Cameroun et le média EcoMatin évoquent un contrat couvrant environ la moitié des besoins nationaux en produits raffinés, la Sonara restant libre d’acheter le reste ailleurs. La durée varie selon les sources : de 30 à 42 mois pour Economie du Cameroun, trois ans selon d’autres titres relayant l’annonce du groupe Dangote. Aucune de ces données ne figure dans les éléments rendus publics par la Sonara et repris par Reuters.

Entre Lekki et Limbé, trois maillons

Le schéma décrit par EcoMatin, dont les informations sont reprises par Afrik-Inform, compte trois étages. Dangote fournit les produits depuis sa raffinerie de Lekki, près de Lagos, d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour. MRS intervient comme négociant et assure le transport maritime jusqu’aux installations de la Sonara, qui met les produits sur le marché national. La facturation suivrait un mécanisme dit « back-to-back », selon EcoMatin.

Qui capte la valeur sur ce trajet ? Dangote vend ses produits, MRS est rémunéré pour le négoce et le transport, et le financement des cargaisons a un coût, dont la répartition n’est pas connue. Aucun de ces trois niveaux de prix n’est public. Il est donc impossible, à ce stade, de mesurer le gain par rapport aux négociants internationaux qui approvisionnaient le pays.

La proximité géographique est l’argument mis en avant, mais elle n’a pas été chiffrée. La distance maritime n’est qu’une composante du coût : capacités portuaires, délais d’attente des navires, assurance et crédit comptent aussi. Le recours à un négociant est courant dans ce commerce ; son intérêt pour le Cameroun dépendra du prix de ses services, qu’aucun document public ne permet de connaître.

Accord Sonara-Dangote : ce que paie déjà l’État

Les prix à la pompe sont administrés au Cameroun : 840 FCFA le litre de super, 828 FCFA le gasoil et 350 FCFA le pétrole lampant. Selon la structure des prix de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) pour novembre 2026, citée par Investir au Cameroun, le coût d’importation du gasoil atteint 984,46 FCFA par litre, soit 156,46 FCFA de plus que le prix de vente. La ligne de soutien et de remboursement de l’État s’élève à 439,83 FCFA par litre de gasoil, contre 109,22 FCFA en juillet ; pour le pétrole lampant, la compensation atteint 722,34 FCFA par litre.

Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a chiffré le soutien aux prix à 57 milliards FCFA pour le seul mois de septembre 2026, dans un entretien publié le 14 octobre 2026 par Investir au Cameroun. Le document de programmation budgétaire 2027-2029 prévoit 310 milliards FCFA de subventions énergétiques pour 2026. Le ministre n’a pas exclu une hausse des prix à la pompe, tout en précisant qu’aucune décision n’était prise.

L’accord ne change pas ce mécanisme par lui-même. Seul un prix d’achat plus bas réduirait l’écart pris en charge par l’État, et ce prix n’est pas publié. Un coût d’importation moindre allégerait d’abord les finances publiques ; il ne ferait pas mécaniquement baisser le prix à la station, fixé par l’administration.

Le financement passe aussi par l’endettement public. Un décret présidentiel du 11 mai 2026 a autorisé un financement de type mourabaha d’au plus 126,5 milliards FCFA auprès de l’International Islamic Trade Finance Corporation (ITFC), filiale du groupe de la Banque islamique de développement, pour les importations de la Sonara, selon les journaux L’Economie et EcoMatin. Ce montant ne correspond pas à la valeur du contrat avec Dangote, qui n’est pas publique.

Limbé, une raffinerie toujours à l’arrêt

Le Cameroun dispose d’une raffinerie, à Limbé, dans la région du Sud-Ouest, mais elle ne raffine plus depuis l’incendie de 2019. Le pays dépend depuis entièrement des produits finis importés : 2,02 millions de tonnes en 2025 pour 788,4 milliards FCFA, selon des chiffres de l’Institut national de la statistique repris par Economie du Cameroun. La moitié de ces besoins représenterait environ un million de tonnes par an, une estimation et non un volume contractuel.

La reconstruction n’a pas de calendrier. Les 29 et 30 juin 2026, le gouvernement a consulté des investisseurs à Yaoundé en vue d’un partenariat public-privé, pour une raffinerie d’au moins 3,5 millions de tonnes par an dotée d’une unité d’hydrocraquage, selon Camer.be. Un appel à manifestation d’intérêt doit suivre, puis le choix d’un partenaire ; le calendrier de redémarrage ne sera fixé qu’ensuite.

Une solution d’attente pour le Cameroun

L’accord prolonge l’implantation de Dangote au Cameroun, où le groupe est déjà présent dans le ciment, comme l’a montré la répartition des résultats de Dangote Cement. Il ouvre aussi un débouché régional à la raffinerie de Lekki, dont nous avons détaillé le projet d’intelligence artificielle avec Honeywell. Côté camerounais, il s’inscrit dans une région où les subventions aux carburants pèsent lourd sur les budgets de la CEMAC.

Pour le Cameroun, l’accord fait figure de solution d’attente, le temps de reconstruire Limbé. Sa valeur dépendra de chiffres encore inconnus : le prix départ Lekki, la rémunération de MRS et le coût du crédit. La comparaison des coûts complets des cargaisons livrées avec ceux des circuits précédents dira si le pays achète moins cher. Elle suppose que ces données soient un jour rendues publiques.

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