La Banque africaine de l’énergie naît, sans encore prêter

Complexe pétrolier et gazier au Nigeria, pays hôte de la Banque africaine de l'énergie créée à Abuja

La Banque africaine de l’énergie a été formellement créée le 31 octobre 2026 à Abuja par Afreximbank et l’Organisation des producteurs de pétrole africains, avec un président et un conseil d’administration. Ses 5 milliards de dollars sont un capital autorisé, c’est-à-dire un plafond, pas une somme en caisse. Aucun prêt n’est annoncé, et les premières décisions de financement ne sont pas attendues avant 2027, selon la presse spécialisée.

Ce qui a été décidé le 31 octobre à Abuja

Dans une déclaration conjointe datée du 31 octobre 2026, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) annoncent l’établissement de l’Africa Energy Bank (AEB) lors de sa première assemblée générale, tenue à Abuja. Les actionnaires ont nommé le premier président de la banque, Helmy Ghazi, présenté par la presse comme un banquier égyptien, et constitué un conseil d’administration réunissant des membres des secteurs public et privé. Aucun nom d’administrateur n’est publié.

Les photos officielles montrent à Abuja le ministre d’État nigérian chargé du pétrole, Heineken Lokpobiri, le président d’Afreximbank, George Elombi, et le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly. La déclaration ne contient aucune citation et ne fixe aucun calendrier de prêts.

Cette naissance arrive après plusieurs reports. Le gouvernement nigérian visait un démarrage fin janvier 2025 ; le 2 février 2026, lors de la remise des clés du siège, l’Africa Trade Centre d’Abuja, l’APPO promettait une inauguration pour juin. Le projet remonte à un protocole d’accord signé en 2022 entre Afreximbank et l’APPO, puis à une charte signée au Caire en 2024.

Banque africaine de l’énergie : que valent vraiment les 5 milliards ?

Le texte officiel parle d’un « capital autorisé » de 5 milliards de dollars. C’est le montant maximal d’actions que la banque peut émettre. Il ne dit rien du capital souscrit par les actionnaires, ni de celui réellement versé, ni des ressources que la banque empruntera ensuite sur les marchés.

Le seul chiffre de capital versé vient de la presse. Selon le site sud-africain Townpress, Helen Brume, directrice du financement de projets d’Afreximbank, a indiqué lors de l’African Energy Week du Cap que les actionnaires avaient versé 500 millions de dollars, soit un dixième du plafond. Le 16 octobre, le secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, avait cité un montant voisin à S&P Global, selon les reprises de cet entretien. Aucun communiqué officiel ne confirme ce chiffre.

Quels États ont payé ? Aucune liste n’a été publiée. Les dernières indications connues datent d’avril 2025 : selon World Oil, qui rapportait des propos du secrétariat de l’APPO, le Nigeria, l’Angola et le Ghana avaient alors honoré leurs engagements, tandis que l’Algérie, le Bénin, le Congo, la Guinée équatoriale et la Côte d’Ivoire avaient promis de le faire. La situation a pu évoluer depuis.

À titre d’ordre de grandeur, la déclaration conjointe estime les besoins d’investissement énergétique de l’Afrique à 200 milliards de dollars. Le capital autorisé en représente 2,5 %, et les 500 millions annoncés dans la presse 0,25 %. La banque devra donc emprunter, et le coût de cet argent dépendra de sa future notation, des devises et des garanties : son taux de prêt n’est pas connu au 2 novembre 2026.

Pétrole d’abord, électricité ensuite

Selon la déclaration, l’AEB financera toute la chaîne des hydrocarbures : exploration et production, transport, transformation, raffinage et distribution. Le texte mentionne aussi la production et le transport d’électricité, liés à l’industrialisation et à l’essor de l’intelligence artificielle, ainsi qu’une « transition énergétique juste ». La répartition entre fossiles et renouvelables n’est pas précisée.

D’après Townpress, les premiers dossiers visés sont des raffineries régionales et des oléoducs transfrontaliers, comme le projet de Système d’oléoduc d’Afrique centrale, sur six pays, qui reste à l’état de projet. Farid Ghezali évoquait mi-octobre, selon les reprises de S&P Global, au moins trois projets pétroliers et gaziers en 2027, avant une extension vers l’électricité et la cuisson propre. Ce sont des intentions, pas des prêts accordés.

La justification est assumée : la déclaration affirme que les bailleurs traditionnels se retirent du financement des combustibles fossiles, alors que le pétrole et le gaz restent centraux pour les systèmes énergétiques du continent. Afreximbank, co-fondatrice, aborde ce chantier avec des résultats sur neuf mois en hausse de 24 % pour le bénéfice net, mais la nouvelle banque devra bâtir son propre bilan.

Qui captera la valeur ?

Les pays producteurs sont les mieux placés pour présenter des dossiers d’exploration, de pipelines ou de raffinage, et les opérateurs, fournisseurs d’équipements et États percevant des recettes d’exportation en seront les premiers bénéficiaires. Les pays importateurs ont d’autres priorités : sécuriser leurs approvisionnements et faire baisser la facture des carburants et de l’électricité. Une raffinerie régionale peut les servir si ses produits arrivent à un prix compétitif ; un oléoduc d’exportation, beaucoup moins.

Le risque, lui, peut retomber sur les budgets publics. Quand un prêt à une compagnie nationale est couvert par une garantie souveraine, ce sont les contribuables qui paient en cas d’échec. La composition du conseil, les droits de vote et la publication des décisions de crédit diront qui pèse réellement dans la banque.

La tension climatique est réelle aussi. Les infrastructures pétrolières et gazières durent des décennies ; si la demande mondiale baisse plus vite que prévu, certaines pourraient ne jamais être amorties. À l’inverse, des capacités locales de raffinage peuvent réduire une dépendance coûteuse aux produits importés, à condition d’être évaluées projet par projet.

Ce qu’il reste à prouver

Au 2 novembre 2026, l’AEB est une institution juridiquement constituée, avec un siège, un président et un conseil. Aucun prêt, aucun décaissement, aucun effectif ni agrément n’a été annoncé publiquement. Sa crédibilité dépendra de trois éléments encore invisibles : la liste de ses actionnaires, le montant réellement versé et son premier dossier financé.

Le texte fondateur est consultable dans la déclaration conjointe d’Afreximbank et de l’APPO. La transparence de ses premiers financements, montants, conditions, garanties et bénéficiaires, dira si les 5 milliards de capital autorisé deviennent autre chose qu’un symbole.

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