AGOA : Trump veut exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda

Vergers d'agrumes à Citrusdal, filière sud-africaine exposée à la sortie de l'AGOA, Afrique du Sud

Washington a notifié le 2 novembre 2026 son intention de retirer l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), le régime qui ouvre le marché américain sans droits de douane à certains produits africains. Rien n’est encore appliqué : la fin de l’éligibilité est annoncée pour le 1er janvier 2027, et les deux pays restent bénéficiaires jusque-là. Pour l’AGOA, l’Afrique du Sud est l’enjeu chiffré, avec environ 1,7 milliard de dollars d’exportations passées par le programme en 2025 ; pour le Rwanda, l’enjeu est d’abord politique.

Une annonce, pas encore une exclusion

Le représentant américain au Commerce (United States Trade Representative, USTR), Jamieson Greer, a confirmé dans un communiqué du 2 novembre 2026 que le président Donald Trump avait notifié au Congrès et aux deux gouvernements son « intention » de mettre fin à leur éligibilité, avec effet au 1er janvier 2027. Le texte américain parle de terminer la désignation (« terminate »), non de la suspendre, contrairement à certaines reprises de presse. Selon le communiqué, le président a conclu, à l’issue de l’examen annuel interagences conduit par l’USTR, que les deux gouvernements avaient des pratiques « incompatibles avec les critères d’éligibilité de l’AGOA ».

Le quotidien sud-africain Mail & Guardian précise que la lettre adressée au président Cyril Ramaphosa est datée du 28 octobre 2026 et ouvre un préavis de 60 jours. Au 3 novembre 2026, aucune proclamation présidentielle formalisant la sortie n’avait été repérée par notre rédaction. La décision peut donc encore évoluer avant l’échéance.

Le programme lui-même reste en vigueur jusqu’en 2028. Expirée le 30 septembre 2025, l’AGOA a été réautorisée en février 2026, puis prolongée jusqu’au 31 décembre 2028 par une loi de financement provisoire signée début septembre 2026. Washington fait donc le tri dans un dispositif reconduit pour deux ans.

AGOA et Afrique du Sud : qui paiera l’addition

L’Afrique du Sud est le premier utilisateur du programme, mais son poids a fondu. Selon des chiffres du gouvernement sud-africain repris par le Mail & Guardian, environ 28 % des exportations du pays vers les États-Unis entraient sous AGOA en 2024, soit quelque 4 milliards de dollars. En 2025, la part est tombée à environ 10 %, pour 1,7 milliard, un montant confirmé par Reuters. Ces flux représentent environ 1 % des exportations mondiales sud-africaines.

Sortir de l’AGOA ne ferme pas le marché américain : les produits concernés paieront les droits ordinaires. L’économiste agricole Wandile Sihlobo estime, selon le Mail & Guardian, que la perte du programme ajouterait en moyenne environ 3,4 points de pourcentage aux droits déjà appliqués, avec de forts écarts selon les produits. Le 1,7 milliard mesure donc des ventes exposées à un surcoût, pas une perte sèche.

Les agrumes sont en première ligne. Les exportations agricoles sud-africaines vers les États-Unis sont estimées à 504 millions de dollars en 2025, selon le Mail & Guardian. Les droits ordinaires sur les agrumes iraient de 1,5 à 2,5 cents américains par kilogramme, selon l’association des producteurs d’agrumes (CGA), citée par le même journal. Mandarines, citrons et pamplemousses resteraient en outre soumis au droit existant de 12,5 %. Reuters cite aussi les pièces automobiles et le vin parmi les produits exposés.

Qui capte la valeur de la préférence, et qui paiera sa disparition ? Selon les contrats, l’économie de droits se partage entre producteurs, négociants, importateurs américains et consommateurs. Sa suppression peut réduire la marge de l’exportateur, pousser l’acheteur à renégocier ses prix ou renchérir le produit en rayon. Les salariés des vergers et des usines les moins diversifiés sont les plus exposés, mais aucune perte d’emploi n’est encore comptabilisée.

Le Rwanda, un enjeu surtout politique

Pour Kigali, la facture chiffrée est modeste et mal connue. Les importations américaines en provenance du Rwanda ont atteint environ 43,3 millions de dollars en 2025, selon des données américaines citées par le média LN24 ; la part réellement entrée sous AGOA n’est pas publiée dans les sources que nous avons consultées. Selon Reuters, le café et les minerais sont les principaux produits rwandais exportés sous AGOA. Le Rwanda avait déjà perdu en 2018 le bénéfice de l’AGOA pour ses vêtements, après avoir relevé ses droits sur la friperie importée.

Les motifs avancés par Washington

Pour l’Afrique du Sud, le communiqué de l’USTR invoque des obstacles au commerce et à l’investissement américains, la corruption et des menaces pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis. Dans un message publié sur X, l’ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud a jugé « regrettable » cette issue, « prévisible et évitable » selon lui, qu’il impute au rejet par Pretoria des « préoccupations réelles » de Washington, selon Reuters.

Pour le Rwanda, l’USTR cite les obstacles au commerce et à l’investissement, l’État de droit, le pluralisme politique, les droits des travailleurs, les droits humains et des menaces pour les intérêts américains. Le communiqué ne mentionne ni la République démocratique du Congo (RDC) ni la rébellion du M23. Des experts cités par Reuters jugent toutefois la décision probablement liée au conflit dans l’est de la RDC, où Washington accuse Kigali de soutenir le M23, ce que le gouvernement rwandais conteste.

L’annonce suit de quelques jours les sanctions américaines visant le ministère rwandais de la Défense et l’établissement financier Zigama (Zigama Credit and Savings Society), prises le 28 octobre 2026. Au 3 novembre 2026, aucune réaction officielle de Kigali sur l’AGOA n’avait été rapportée par les médias consultés.

Soixante jours pour négocier

Le ministère sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence juge « malheureux » que Washington soulève « de nouvelles questions », selon le Mail & Guardian. Le ministre Parks Tau a assuré que la décision « ne définit pas » l’ensemble de la relation avec les États-Unis, dont le commerce bilatéral a atteint 28,8 milliards de dollars en 2025 selon son ministère. Pretoria dit vouloir soutenir les filières touchées et diversifier ses débouchés.

À Washington, le démocrate Richard Neal, de la commission des Voies et Moyens de la Chambre, a critiqué une décision « fondée sur la rancœur » et réclamé une explication détaillée, ainsi que les étapes qui permettraient à l’Afrique du Sud d’être réintégrée, selon Reuters. Trois éléments sont à suivre d’ici au 1er janvier 2027 : la proclamation qui formaliserait la sortie, l’issue des discussions ouvertes par le préavis, et les données douanières par produit. Le signal dépasse les deux pays : prolongée jusqu’en 2028, l’éligibilité à l’AGOA reste soumise chaque année à l’appréciation politique de Washington.

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