Dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le franc CFA est piloté par une seule institution : la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ce sont ses règles qui ont changé, le 2 novembre 2026, les transferts d’argent sur téléphone au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Mali et ailleurs dans l’Union. Le même jour, une tribune relançait le débat sur une monnaie mise au service de la production : voici qui décide, et ce que la monnaie commune finance réellement.
Ce qui a changé le 2 novembre dans les téléphones
Depuis le 2 novembre 2026, les transferts entre opérateurs de monnaie électronique et banques doivent passer par la PI-SPI, la plateforme de paiement instantané de la BCEAO. Selon l’Agence ivoirienne de presse (AIP), un particulier envoie gratuitement jusqu’à 8 000 FCFA, un seuil désormais calculé sur le cumul de la journée et non plus opération par opération. Au-delà, les frais sont plafonnés à 0,8 %, et la réception reste gratuite.
Le solde maximal d’un compte de monnaie électronique identifié passe de 2 à 4 millions de FCFA, et les rechargements mensuels de 10 à 15 millions, comme Notre Afrik l’avait annoncé dans son article sur le plafond du mobile money porté à 4 millions. Les envois entre pays de l’Union ne bénéficieront des mêmes conditions qu’à partir du 1er juin 2027.
Ces règles valent à Cotonou comme à Abidjan ou à Bamako. Ni un gouvernement national ni un opérateur ne les a fixées : c’est la banque centrale commune qui encadre la monnaie du quotidien, même numérique. Elles ne concernent pas les pièces de l’Afrique centrale : le retrait des anciennes pièces de la BEAC touche la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), pas l’UEMOA.
Qui décide du franc CFA en Afrique de l’Ouest
La BCEAO est la banque centrale des huit États de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Son Comité de politique monétaire fixe les taux auxquels elle prête aux banques et le niveau des réserves que celles-ci doivent déposer. Les gouvernements gardent leurs budgets, mais aucun ne fixe son propre taux directeur.
Le lien avec la France a été revu par l’accord signé le 21 décembre 2019. Selon le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, la réforme a mis fin à l’obligation de déposer une partie des réserves de change auprès du Trésor français et retiré la France des instances de la BCEAO. Deux éléments demeurent : la parité fixe avec l’euro, à 655,957 FCFA pour un euro, et la garantie de convertibilité apportée par Paris. La gestion est africaine, l’ancrage de change n’a pas bougé.
Ce que la monnaie commune finance aujourd’hui
Le 9 septembre 2026 à Dakar, le Comité de politique monétaire a maintenu son principal taux directeur à 3 % et celui du guichet de prêt marginal à 5 %, niveaux en vigueur depuis le 16 mars 2026. Le coefficient de réserves obligatoires reste à 3 %. L’inflation était de 0,4 % au deuxième trimestre, avant de remonter à 1,2 % en juillet et 1,7 % en août sous l’effet des carburants. La banque centrale prévoit 1 % en moyenne sur l’année et une croissance de 6,1 %.
Côté financement, la BCEAO indique que le crédit bancaire au secteur privé progressait de 6,6 % sur un an à fin juin 2026, après 6 % à fin mars. Mais ce chiffre global ne dit pas qui reçoit les prêts, à quelle échéance ni à quel taux. Pour une petite entreprise de transformation agricole, un découvert de trois mois n’a pas la même utilité qu’un prêt sur plusieurs années pour acheter une ligne de production.
La stabilité a un prix et des bénéficiaires. Les importateurs, les ménages et les États endettés en euros profitent de prix contenus et d’un change prévisible. Les producteurs qui cherchent du crédit long, eux, se heurtent aux garanties exigées et au coût du risque, que la parité ne règle pas.
La tribune qui veut un franc CFA au service de la production
C’est ce terrain qu’occupe Lo Ciré Gaydel, présenté comme observateur des économies africaines, dans une contribution publiée le 2 novembre 2026 par Financial Afrik. Contrairement à ce qu’ont titré certains sites, ce n’est ni une note de l’UEMOA ni un document de la BCEAO, mais un point de vue personnel. « La monnaie ne crée pas à elle seule la richesse », écrit l’auteur, qui refuse le choix binaire entre maintien et sortie.
Il propose d’orienter le refinancement des banques vers l’agriculture, l’agro-industrie, l’industrie, les infrastructures et les chaînes de valeur régionales, selon des critères d’emplois créés, de valeur ajoutée locale, de potentiel d’exportation et de capacité de remboursement. Il compare trois options de change : garder la parité en réformant le financement, adopter un régime plus flexible, ou bâtir un cadre régional tourné vers le développement. Il écarte la dévaluation « automatique » comme la création monétaire sans limite, et préconise une évaluation en cinq étapes, dont des tests à petite échelle.
La question de gouvernance est immédiate : qui sélectionnerait les projets ? Un refinancement différencié ferait de la BCEAO un acteur de la politique industrielle. Sans règles transparentes, il pourrait profiter à des emprunteurs proches des décideurs, ou reporter les pertes sur les finances publiques. Les marges budgétaires des États, encadrées par le pacte de convergence de l’UEMOA, limitent aussi ce qu’ils pourraient garantir.
Mali, Burkina, Niger : toujours dans la zone franc
Au 3 novembre 2026, la liste officielle des États membres publiée par la BCEAO compte toujours le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Réunis dans l’Alliance des États du Sahel (AES), les trois pays ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, mais ils utilisent encore le franc CFA de l’UEMOA.
Un projet de monnaie de l’AES est régulièrement évoqué, mais aucune institution d’émission ni aucun calendrier n’a été officiellement arrêté selon les sources consultées. Le gouvernement malien a démenti des informations sur le lancement imminent d’une monnaie unique de l’AES, selon APA News et l’Agence Ecofin. Pour l’heure, les nouvelles règles de la PI-SPI s’appliquent à Bamako comme à Abidjan.