Le plan de redressement économique et social (PRES) du Sénégal ne devrait rapporter que 311,5 milliards de francs CFA (FCFA) au budget en 2026, contre 762,9 milliards inscrits dans la loi de finances initiale. Ce chiffre ne vient pas d’une estimation de presse : il figure dans le projet de loi de finances rectificative (LFR) déposé par le gouvernement. Il porte sur la seule année 2026, et l’écart de 451,4 milliards se retrouve dans le déficit, l’emprunt et les investissements différés.
Ce que mesurent vraiment les 762,9 milliards du plan de redressement
Le PRES, baptisé « Jubbanti Koom », a été présenté le 1er août 2025 par Ousmane Sonko, alors Premier ministre. Selon sa présentation officielle publiée sur le portail gouvernemental, il couvre quatre années, de 2025 à 2028. Il prévoit 5 667 milliards FCFA de ressources, dont 90 % devaient venir de moyens internes, « sans endettement ».
Les 762,9 milliards ne sont donc qu’une tranche annuelle : la part attendue pour 2026 dans la loi de finances initiale. Comparer les 311 milliards au plan entier exagérerait l’échec : l’écart se mesure sur la seule année 2026.
La révision figure dans le projet de loi n° 40/2026 portant LFR 2026, publié sur Vie-publique.sn, et dans le rapport de la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale, mis en ligne le 27 octobre 2026. Les recettes du PRES y sont « révisées à 311,5 milliards de FCFA, contre 762,9 milliards initialement prévus ». Le ministre des Finances, Cheikh Diba, parle de 311 milliards ; le quotidien Le Soleil retient une cible initiale de 762,6 milliards.
Et 311,5 milliards reste une prévision : l’argent encaissé atteignait environ 174 milliards à fin septembre selon Le Soleil et Seneweb, 173,3 milliards selon PressAfrik.
Les mesures qui ne rapporteront pas en 2026
Plusieurs mesures phares glissent dans le temps. La régularisation des terres du domaine national, présentée en 2025 comme une source de 600 milliards sur la durée du plan, devait apporter 100 milliards en 2026. Selon le rapport parlementaire relayé par Seneweb le 2 novembre 2026, elle est reportée à 2027-2028, en raison de contraintes juridiques et de son caractère volontaire.
La renégociation des concessions des opérateurs de télécommunications, chiffrée à 50 milliards, reste « tributaire de négociations non achevées ».
La fiscalité des jeux de hasard, première mesure du plan avec 1 050 milliards attendus sur quatre ans, bute sur un changement de comportement. D’après le même rapport, les recettes mensuelles de la Loterie nationale sénégalaise (LONASE) seraient passées d’environ 15 milliards en début d’année à 4 ou 5 milliards. Les commissaires y voient le départ d’une partie des joueurs vers des plateformes illégales ou étrangères.
Qui paie l’écart de 451 milliards
Le budget rectificatif ne ventile pas le manque à gagner mesure par mesure, mais ses grands équilibres montrent où il atterrit. Les recettes totales baissent de 6 188,8 à 5 848,7 milliards FCFA, tandis que les dépenses montent de 7 433,9 à 7 583,9 milliards. Le déficit atteint 1 735,2 milliards, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre 5,4 % prévu.
Le PRES n’explique pas tout. Les subventions à l’énergie passent de 250 à 790,3 milliards, soit 540,3 milliards de plus. Les crédits d’investissement public sont réduits d’environ 555 milliards, selon le rapport de la commission cité par Le Soleil. Le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération conteste toutefois tout « abandon » : le 25 octobre 2026, il a classé 19 projets entre maintenus, soutenus et reprogrammés, le Grand Transfert d’Eau voyant ses crédits d’indemnisation reportés à 2027.
Le gouvernement propose aussi de remplacer la taxe sur chaque transfert d’argent par une contribution de solidarité de 8 % à 10 % sur le chiffre d’affaires des opérateurs, et un impôt minimum forfaitaire de 0,5 % du chiffre d’affaires. L’effort passe des usagers vers quelques opérateurs, plus faciles à contrôler. Aucun chiffrage public ne dit s’ils le répercuteront sur leurs tarifs.
Le plan de 2025 promettait « pas de hausse de la dette publique ». Pour 2026, une large part du manque à gagner sera couverte par l’emprunt et par des dépenses repoussées : c’est l’inverse du financement interne annoncé.
Un budget rectificatif bloqué à l’Assemblée
Le 3 novembre 2026, le rapport de la commission présenté aux députés constate le rejet, à la majorité, du projet de loi et des deux amendements du gouvernement, a rapporté Le Soleil. PressAfrik fait état d’un rejet en séance plénière le même jour ; le décompte des voix n’a pas été publié. La majorité Pastef, qui a déjà bloqué le texte deux fois en commission, met en cause la sincérité des prévisions et réclame des documents, dont le rapport d’exécution budgétaire. Les commissaires relèvent aussi 1 956,3 milliards d’arriérés de paiement, dont 988,5 milliards de dossiers irréguliers ou incomplets.
Face aux députés, Cheikh Diba a défendu la révision comme un gage de transparence. « 311 milliards FCFA, c’est appréciable, c’est remarquable ! », a lancé le ministre des Finances, selon PressAfrik. Le bras de fer prolonge celui que Ousmane Sonko, président de l’Assemblée, avait engagé sur la LFR et le budget 2027.
Ce qui dépend maintenant de ce vote
Le Fonds monétaire international (FMI) a conclu avec Dakar, le 1er septembre 2026, un accord au niveau des services pour une facilité élargie de crédit d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Son approbation par le conseil d’administration exige des « mesures correctrices » liées aux informations erronées sur la dette, et des assurances de financement des partenaires. Un cadre budgétaire contesté au Parlement complique cette étape, au moment où Moody’s a abaissé la note du Sénégal à Ca.
Les suites procédurales du vote du 3 novembre n’ont pas été précisées par les sources consultées. Le Soleil a rappelé que l’article 86 de la Constitution permet au Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, d’engager la responsabilité du gouvernement sur un projet de loi de finances. Quelle que soit l’issue, le foncier et les télécoms devront désormais rapporter en 2027 et 2028. Les recettes fiscales classiques, en hausse selon la DPEE, ont mieux résisté que les nouvelles taxes du plan : c’est sur elles que repose, pour l’instant, le redressement.