Les transferts des Marocains résidant à l’étranger, les transferts MRE, ont atteint 103,06 milliards de dirhams (MMDH) entre janvier et septembre 2026, contre 92,63 MMDH sur la même période de 2025, soit une hausse de 11,3 %. Le chiffre vient des indicateurs mensuels des échanges extérieurs de l’Office des changes, publiés fin octobre 2026. Il arrive au moment où le déficit commercial du Maroc se creuse, et il ne dit rien de ce que les familles perdent en frais à chaque envoi.
Transferts MRE : 103 milliards de dirhams en neuf mois
Le montant exact est de 103 056 millions de dirhams, contre 92 627 millions un an plus tôt, soit 10,43 MMDH de plus. Il s’agit d’un cumul sur neuf mois, pas des envois du seul mois de septembre. Les « plus de 100 milliards » repris par plusieurs titres sont donc exacts, mais arrondis.
La hausse tranche avec l’année précédente. Selon les mêmes séries de l’Office des changes, le cumul de janvier à septembre n’était passé que de 91,72 MMDH en 2024 à 92,63 MMDH en 2025, soit environ 1 % de progression. Sur l’ensemble de 2025, les transferts avaient atteint 122,02 MMDH, en hausse de 2,6 %, d’après les données provisoires de l’Office reprises par Médias24.
L’accélération s’est faite pendant l’été, saison des retours de la diaspora. À fin juillet 2026, les transferts s’élevaient à 74,78 MMDH, en hausse de 8,1 %, selon le quotidien Libération. Août et septembre ont donc apporté à eux seuls environ 28,3 MMDH. Ces chiffres restent provisoires : le cumul de fin septembre 2025, aujourd’hui à 92,63 MMDH, avait d’abord été publié autour de 92,7 MMDH.
Plus que les phosphates, un peu moins que le tourisme
Le même bulletin permet de situer leur poids parmi les entrées de devises. Les recettes de voyages atteignent 115,26 MMDH à fin septembre 2026 (+12,1 %), les exportations de phosphates et dérivés 74,65 MMDH (+0,2 %). Le flux net d’investissements directs étrangers (IDE) progresse fortement, à 35,25 MMDH (+58,4 %), mais reste environ trois fois inférieur aux envois de la diaspora.
Ces flux n’ont pas la même nature. Les recettes de voyages rémunèrent des services vendus à des visiteurs, alors que les transferts sont des envois sans contrepartie commerciale, versés pour l’essentiel à des ménages et non à l’État. Ils comptent pourtant dans l’équilibre extérieur : les importations de biens ont atteint 707,99 MMDH (+17 %) et les exportations 384,05 MMDH (+10,7 %), d’où un déficit commercial de 323,94 MMDH, en hausse de 25,4 %. Selon notre calcul, les transferts MRE en couvrent à eux seuls 31,8 %.
Rapportés à la richesse nationale, ces envois représentaient 7,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2024, selon un diagnostic du Fonds international de développement agricole (FIDA). Libération cite une estimation de 7,2 % pour 2025 attribuée au Fonds monétaire international (FMI). Le même diagnostic du FIDA indique qu’un tiers des envois vient de France et deux tiers de l’Union européenne : la conjoncture européenne se transmet donc directement aux ménages marocains. Pour l’autre grande source de devises, notre article sur les arrivées touristiques au Maroc sur huit mois détaille la fréquentation.
À quoi sert l’argent envoyé
La source la plus détaillée reste l’enquête nationale sur la migration internationale 2018-2019 du Haut-Commissariat au Plan (HCP), exploitée dans une étude publiée en décembre 2022. Le HCP y estimait à 5,4 millions le nombre de MRE en 2020, dont 83,4 % avaient envoyé de l’argent dans les douze mois précédant l’enquête. Les trois quarts des sommes envoyées (75,2 %) finançaient des dépenses courantes, dont l’alimentation et l’habillement (31,3 %).
L’épargne ne captait que 3,3 % des montants et l’investissement 1,3 %. Seuls 2,9 % des migrants déclaraient avoir réalisé un projet d’investissement au Maroc. Ces données datent de plusieurs années et ne mesurent pas les usages des 103 MMDH de 2026. Elles rappellent toutefois qu’un envoi qui paie des soins ou une scolarité crée déjà de la valeur sociale, même s’il ne finance pas d’entreprise.
Combien coûte un envoi d’argent vers le Maroc
Pour les familles, une part de chaque envoi disparaît en frais et en marge de change. La base Remittance Prices Worldwide de la Banque mondiale mesure ce coût pour un envoi équivalent à 200 dollars. Au troisième trimestre 2025, dernière mesure publiée pour le corridor France-Maroc, il atteignait en moyenne 7,39 %, soit environ 10,35 euros ou 14,78 dollars par envoi, dont 1,33 % de marge de change.
La moyenne cache des écarts considérables. Sur ce corridor, la base de la Banque mondiale relevait moins de 1 % pour l’offre en ligne la moins chère, celle d’une banque marocaine, et plus de 45 % pour certaines offres d’une banque française au guichet ou par téléphone. Les Nations unies visent, dans l’objectif de développement durable 10.c, un coût inférieur à 3 % d’ici 2030. Le corridor français en reste loin.
Le FIDA relève aussi que deux tiers des transferts internationaux passant par des circuits réglementés sont encore envoyés en espèces. Ordre de grandeur indicatif, calculé par la rédaction : sur un flux annuel d’environ 122 MMDH, chaque point de coût en moins laisserait de l’ordre de 1,2 MMDH aux ménages. Le calcul reste approximatif, car les gros envois coûtent proportionnellement moins cher que l’envoi type de 200 dollars. Qui capte la valeur ? D’abord les familles, puis les banques et opérateurs de transfert, rémunérés par les commissions et par l’écart de change, une question qui se pose dans les mêmes termes pour la diaspora sénégalaise.
Une ressource qui finance le déséquilibre extérieur
Le Maroc est le troisième pays africain destinataire de ces envois, derrière l’Égypte et le Nigeria, selon le FIDA. La hausse de 2026 renforce un appui devenu structurel pour une économie dont le déficit commercial s’élargit, alors que le budget de l’État reste contraint, comme l’a montré le projet de loi de finances 2027. Elle ne dit rien, en revanche, de la part de ces fonds qui devient de l’investissement productif.
Le prochain point d’étape viendra avec les indicateurs à fin octobre 2026, attendus à la fin de novembre 2026 au rythme habituel de l’Office des changes. Ils diront si l’élan de l’été tient sur l’automne, et si l’année 2026 dépasse nettement les 122,02 MMDH de 2025.








