Le cuivre de la RDC a représenté près d’un quart des importations américaines de métal raffiné en juillet 2026, plaçant Kinshasa au deuxième rang des fournisseurs des États-Unis, devant le Canada et le Pérou. Les 225 094 tonnes importées ce mois-là constituent un record mensuel historique. Mais ce pic doit être lu avec précaution : il s’explique largement par des livraisons anticipées avant une surtaxe douanière redoutée.
Les chiffres, et ce qu’ils recouvrent
Selon les données du département américain du Commerce rapportées le 3 septembre 2026 par Reuters, les États-Unis ont importé 225 094 tonnes de cuivre raffiné et d’alliages en juillet — en hausse de 78 % sur juin et de 8 % sur juillet 2025.
Sur les sept premiers mois de 2026, les importations américaines totalisent 1,12 million de tonnes, en progression de 4,2 % sur un an.
La République démocratique du Congo se hisse au deuxième rang des fournisseurs. Le Chili reste largement en tête. En 2025, les États-Unis avaient importé environ 1,63 million de tonnes de cuivre raffiné, dont 187 000 tonnes de RDC — déjà un deuxième rang, mais loin derrière les 876 000 tonnes chiliennes.
La réserve qu’il faut poser d’emblée
Reuters l’indique explicitement, et c’est la clé de lecture du dossier : la flambée de juillet a été alimentée par l’anticipation d’une évolution de la politique douanière américaine sur le cuivre.
Des négociants ont accéléré leurs livraisons pour faire entrer le métal avant l’entrée en vigueur d’une surtaxe redoutée. Un tel mouvement gonfle mécaniquement un mois, puis se dégonfle.
Le record de juillet mesure donc autant une anticipation fiscale qu’une réorientation commerciale. La distinction entre l’effet conjoncturel et la tendance de fond n’est pas un détail méthodologique : elle décide de ce qu’on peut conclure.
La stratégie congolaise, elle, est réelle
Sous le pic conjoncturel, un mouvement engagé depuis 2025 existe bel et bien.
En décembre 2025, Kinshasa et Washington ont signé un partenariat stratégique sur les minerais critiques. L’objectif congolais est double : réduire la domination des acteurs chinois dans le secteur minier national et diversifier ses débouchés.
Le dispositif est piloté par la Gécamines, entreprise publique, via sa filiale Gécamines Trading. La logique consiste à commercialiser directement le cuivre issu des participations minoritaires de l’État dans les grands projets — notamment Kamoto Copper Company, opérée par Glencore, et Tenke Fungurume.
L’ambition affichée porte sur des droits de commercialisation pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt par an. Le partenariat associe le négociant Mercuria Energy Group, avec l’appui de la US International Development Finance Corporation.
Vendre plutôt qu’attendre un dividende
Ce point mérite d’être souligné, car il touche à une limite bien identifiée de l’actionnariat public dans les mines.
L’objectif n’est pas seulement de vendre ailleurs. Il est de transformer des participations passives en revenus directs.
Une minorité passive perçoit des dividendes hypothétiques, soumis aux décisions de l’opérateur majoritaire et aux aléas comptables. Un vendeur de métal encaisse une marge commerciale, immédiatement et indépendamment du résultat déclaré de la mine. C’est une différence de nature, pas de degré.
Les opérations concrètes
Plusieurs transactions ont suivi l’accord de décembre. L’américain Virtus Minerals a racheté Chemaf SA en mars 2026. Orion Critical Minerals, soutenu par Washington, vise des participations dans les mines de Mutanda et Kamoto. Ces mouvements interviennent alors que Kinshasa vient par ailleurs d’interdire l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt.
Sur le plan commercial global, le ministre congolais Julien Paluku avance que les exportations vers les États-Unis seraient passées de 280 millions de dollars en 2020 à 1,2 milliard en 2026 — une progression de près de 329 %. La réadmission de la RDC à l’AGOA figure parmi les acquis cités.
Kinshasa diversifie par ailleurs au-delà de Washington : un accord de partenariat économique global avec les Émirats arabes unis doit ouvrir l’accès de près de 6 000 produits congolais au marché émirati.
Ce que Kinshasa met dans la balance
Un élément du dossier mérite d’être exposé sans détour, car il en éclaire la nature.
La RDC a proposé à Washington un accès privilégié à certains projets miniers et d’infrastructures, en échange d’un appui diplomatique et sécuritaire face à l’instabilité persistante dans l’est du pays.
L’ambassadeur américain Ian McCary a de son côté fixé trois priorités à la relation bilatérale : la paix, la sécurité et les investissements.
Le minerai n’est donc pas seulement une marchandise dans cette négociation. Il est un instrument diplomatique. Cela explique la rapidité avec laquelle le dossier avance — et pose la question de ce que vaudra l’accord si la situation sécuritaire évolue, dans un sens ou dans l’autre.
Ce qu’il faudra regarder
Les chiffres d’août et de septembre trancheront la première question. Si les volumes retombent nettement, le pic de juillet aura été un effet d’anticipation ; s’ils se maintiennent au-dessus de la moyenne, la réorientation sera confirmée.
La seconde question porte sur les tonnages effectivement commercialisés par Gécamines Trading. Un droit de commercialisation de 500 000 tonnes est une autorisation, pas un flux. C’est le volume réellement vendu, et la marge qu’il dégage, qui diront si l’État congolais a changé de position dans sa propre filière.
La troisième est politique. Un accord minier adossé à une contrepartie sécuritaire vaut ce que vaut cette contrepartie. Elle n’est écrite nulle part.








