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Cuivre cobalt RDC : l’interdiction porte sur 8 % du volume

Cuivre cobalt RDC : la fonderie de la Gécamines à Lubumbashi

L’interdiction d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt décidée par la RDC ne porte que sur une frange de la production. Au premier trimestre 2026, le pays a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre contre 53 926 tonnes de concentrés — moins de 8 % des volumes. Une tribune relayée début septembre avertit qu’une fermeture trop rapide des canaux légaux nourrirait la contrebande. L’argument est solide en théorie ; il s’applique mal à la géographie réelle du cuivre congolais.

Ce que dit l’arrêté du 29 juin 2026

Le texte, révélé par Reuters le 6 août 2026, porte les signatures du ministre des Mines Louis Kabamba Watum, du ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya et du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale Daniel Mukoko Samba.

Son article 7 dispose que « l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt est interdite ». La motivation avancée est « la nécessité d’encourager les opérateurs miniers à commercialiser ou exporter des produits miniers marchands à haute valeur ajoutée ».

Ce n’est pas une première. Kinshasa avait décrété des interdictions comparables en 2013, en 2019 et en 2023, chaque fois assorties de dérogations lorsque la capacité de fusion locale faisait défaut. Le nouvel arrêté abroge celui de 2023 et ses exemptions. Un mécanisme de dérogation subsiste : le ministre des Mines peut accorder, à sa discrétion, des autorisations temporaires d’un an.

Sur la date d’entrée en vigueur, les sources divergent et nous n’avons pas pu trancher. Reuters, qui a consulté le document, écrit que l’interdiction prend effet immédiatement. EcoMatin, le 7 août, écrit au contraire que l’application intervient trois mois après la signature, soit vers le 29 septembre 2026.

Une mesure qui ne touche qu’une frange

Le chiffre du chapeau situe l’enjeu, et il est décisif.

Le cuivre congolais sort du pays très majoritairement sous forme de cathodes, c’est-à-dire de métal déjà raffiné : 696 725 tonnes au premier trimestre 2026, contre 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre métal.

Le cobalt, lui, est exporté sous forme d’hydroxyde — 51 940 tonnes sur la même période, contenant 17 054 tonnes de métal. C’est un produit intermédiaire déjà transformé, qui n’est pas un « concentré » au sens de l’arrêté.

Christian-Geraud Neema, analyste minier au China-Global South Project cité par Reuters, estime en conséquence que l’interdiction ne devrait pas avoir d’effet sévère sur la plupart des opérateurs. L’exposé serait Kamoa-Kakula, qui exportait encore une partie de son concentré sous exemption — mais le complexe a mis en service une fonderie dimensionnée pour absorber l’essentiel de sa production.

Le groupe Ivanhoe Mines a d’ailleurs publié une clarification le jour de la dépêche : selon lui, une interdiction d’exporter des concentrés non valorisés est appliquée en RDC « depuis près de dix ans », et Kamoa-Kakula fonctionnait depuis 2021 sous dérogations successives.

Le marché a pourtant réagi. Après la dépêche du 6 août, le cuivre à trois mois au London Metal Exchange a progressé de 1,8 %, à 14 369,50 dollars la tonne — son plus haut depuis le record du 29 janvier 2026.

L’alerte sur la contrebande

C’est dans ce contexte qu’une tribune de l’avocat américain Gregory P. Tosi, relayée le 3 septembre par Financial Afrik puis le lendemain par Africtelegraph, avertit du risque de contrebande.

Son raisonnement tient en une proposition : si les canaux légaux d’exportation se ferment plus vite que ne montent en puissance les capacités locales de traitement, une partie du secteur basculera vers l’économie parallèle. Il en tire une recommandation — rendre l’exploitation légale plus rentable que la fraude.

L’argument s’inscrit dans une littérature établie. L’organisation canadienne IMPACT rappelait en mai 2025 que les embargos miniers en RDC ont historiquement gonflé le marché noir plutôt que de l’assécher. Une étude publiée en 2017 dans le Journal of the Association of Environmental and Resource Economists a montré que la section 1502 de la loi américaine Dodd-Frank, en créant un embargo de fait sur l’étain, le tantale et le tungstène de l’est congolais, avait déplacé les combats vers les zones aurifères non régulées.

Ce que l’argument ne dit pas

Cette littérature porte pourtant sur un autre objet, et le glissement mérite d’être explicité.

La contrebande de l’est congolais concerne les « 3TG » — étain, tantale, tungstène et or — extraits artisanalement dans les Kivus, l’Ituri et le Maniema, écoulés via le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Le Trésor américain rappelait en août 2025 que ces minerais sortent en grande partie par le Rwanda avant d’être raffinés en Chine.

L’arrêté du 29 juin, lui, vise la ceinture cuprifère du sud — Lualaba et Haut-Katanga —, une industrie de grande échelle, capitalistique, opérée par des sociétés cotées, dont la production part par camion vers les ports de Durban, Dar es Salam ou Beira — et de plus en plus vers le marché américain.

On ne fait pas passer 50 000 tonnes de concentré de cuivre en contrebande comme on fait passer un sac de coltan. La transposition d’un raisonnement valable pour l’artisanat minier de l’est à une industrie lourde du sud n’est pas démontrée.

Les risques qui, eux, sont réels

Deux objections tiennent, et elles n’ont rien à voir avec la contrebande.

La première est budgétaire. Le Trésor congolais dépend étroitement de la fiscalité minière : selon le ministère des Mines, 96 % des recettes extractives proviennent du secteur minier contre 4 % du pétrole, sur 5,84 milliards de dollars de revenus extractifs en 2023. Toute mesure qui ralentit les exportations pèse directement sur les recettes.

La seconde est le séquençage, et c’est la plus sérieuse. Une fonderie de cuivre ou une raffinerie de cobalt demande plusieurs années, des capitaux importants et une alimentation électrique fiable — celle qui fait précisément défaut au Katanga. Interdire une exportation avant que la capacité de substitution n’existe revient à bloquer un volume plutôt qu’à le transformer.

Le vrai test

Un point d’attention documentaire mérite d’être signalé : la source initiale de cette alerte présente la RDC comme figurant « parmi les principaux producteurs africains de cuivre ». C’est une sous-estimation notable — le pays est le deuxième producteur mondial.

Sur le fond, l’arrêté pose une bonne question avec un instrument étroit. Le cuivre congolais est déjà raffiné à plus de 92 % avant de sortir du pays : l’interdiction ne déplace donc pas le curseur de la valeur ajoutée, elle ferme une porte déjà presque close.

Ce qui déplacerait vraiment ce curseur — la transformation en fils, en tubes, en composants — ne relève pas d’un arrêté d’interdiction. Il relève d’une politique industrielle, d’un réseau électrique et d’un marché. Aucun des trois ne se décrète.

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