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Prix cacao Cameroun : 2 900 FCFA contre 1 200 à Abidjan

Prix cacao Cameroun : écabossage dans une plantation du Mbam-et-Inoubou

Le prix du cacao au Cameroun s’est négocié entre 2 750 et 2 900 FCFA le kilogramme le 31 août 2026 dans les bassins de production. Le lendemain, Abidjan fixait son prix bord champ à 1 200 FCFA pour la campagne 2026-2027. Même fève, même semaine, un écart de plus du double. Mais la comparaison ne dit pas ce qu’elle semble dire : il y a dix-huit mois, le rapport était exactement inversé.

Trois chiffres camerounais, et il faut les distinguer

Selon les relevés de l’Office national du cacao et du café (ONCC), la fourchette bord champ s’établissait le 31 août 2026 entre 2 750 et 2 900 FCFA le kilogramme. Elle marque une progression sur les 2 700 à 2 750 FCFA constatés le 15 juillet, date de clôture de la campagne précédente. La saison 2026-2027 a été lancée le 6 août à Yaoundé.

Une précision s’impose ici, car plusieurs reprises la manquent. Au 2 septembre, l’ONCC affichait aussi un indicateur FOB à 3 517 FCFA le kilogramme et un indicateur CIF à 3 601 FCFA. Ce sont des références portuaires, à l’embarquement et à destination — pas ce que touche le planteur. Les chiffres proches de 3 600 ou 3 650 FCFA qui circulent depuis le 1er septembre relèvent de cette famille d’indicateurs, non du prix payé au producteur.

Le Cameroun fonctionne en marché libéralisé : les prix bord champ ne sont pas fixés par l’État mais résultent de la négociation entre producteurs et acheteurs, avec publication quotidienne de mercuriales par l’ONCC et le Système d’information des filières.

Ce que la comparaison avec Abidjan ne dit pas

C’est le point décisif, et il inverse la lecture spontanée.

Le prix libre camerounais n’est pas structurellement plus élevé que le prix administré ivoirien. Il est plus volatil — et il monte aujourd’hui parce qu’il est descendu très bas hier.

La trajectoire de la campagne 2025-2026 est éloquente. Après un pic au-dessus de 4 000 FCFA le kilogramme fin 2024, les cours camerounais se sont repliés : environ 2 425 à 2 525 FCFA au port de Douala en janvier 2026, puis 1 200 à 1 450 FCFA dans les bassins de production entre mars et avril, avant une remontée autour de 1 650 à 1 700 FCFA début juin.

Le seuil des 2 000 FCFA n’a été franchi que le 22 juin 2026 — à trois semaines de la clôture, alors que l’essentiel des fèves avait déjà été vendu à des prix nettement inférieurs.

Pendant ce temps, le prix bord champ ivoirien était garanti à 2 800 FCFA pour la campagne 2025-2026.

Autrement dit : au printemps 2026, le planteur camerounais touchait 1 200 à 1 450 FCFA quand son voisin ivoirien encaissait 2 800 FCFA. Le rapport était l’exact inverse de celui d’aujourd’hui.

Quand la prévision officielle est démentie par le marché

Au lancement de la campagne 2025-2026, les autorités camerounaises anticipaient des prix compris entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme, en s’appuyant sur les performances des saisons précédentes — 6 000 FCFA en 2023-2024, jusqu’à 5 400 FCFA en 2024-2025.

Le marché en a décidé autrement. Le décrochage s’explique par le retour à l’excédent mondial après plusieurs saisons de déficit structurel, et par les perspectives d’augmentation de la production.

Une prévision démentie n’engage à rien dans un système libéralisé. Elle engage un budget dans un système administré — c’est précisément ce qu’a invoqué le ministre ivoirien de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, le 1er septembre, en justifiant le maintien à 1 200 FCFA par la nécessité d’un prix « financièrement et budgétairement soutenable ».

Volume et valeur : deux baisses, deux chiffres

Un indicateur assombrit le tableau camerounais, et il n’apparaît pas dans le prix au kilo.

La valeur cumulée des exportations de fèves à l’embarquement au port de Douala s’est établie à 400,9 milliards de FCFA sur la campagne 2025-2026, contre 1 074,6 milliards la saison précédente — un recul de 673 milliards, soit 63 %.

Ce chiffre ne contredit pas la baisse de 34,65 % des exportations que NotreAfrik documentait le 1er septembre : celle-ci porte sur les volumes (125 469 tonnes contre 192 012), celle-là sur la valeur. Moins de fèves, et des fèves moins chères : les deux effets se multiplient. La production commercialisée, elle, a reculé de 19,9 %, à 247 914 tonnes.

La campagne s’est en outre achevée avec 40 446 tonnes de fèves invendues, contre 13 946 une saison plus tôt — près de trois fois plus. Ces stocks alimenteront les circuits de commercialisation pendant les premiers mois de la nouvelle campagne, et intensifient la concurrence entre acheteurs, ce qui soutient mécaniquement les prix actuels.

Un prix élevé sur un volume réduit ne compense pas un prix bas sur un volume normal.

Les deux systèmes, ce qu’ils font réellement

La comparaison permet de sortir du débat idéologique entre libéralisation et régulation.

Le système ivoirien est un mécanisme de lissage. Le Conseil du café-cacao vend par anticipation plusieurs mois avant la campagne, puis fixe un prix bord champ que ces ventes permettent de couvrir. Le planteur est protégé d’un effondrement — il a touché 2 800 FCFA quand le marché s’effondrait — et privé d’un redressement : il touche 1 200 FCFA aujourd’hui alors que les cours se redressent.

Le système camerounais transmet le signal de marché sans amortisseur. Le planteur encaisse les hausses intégralement et les baisses intégralement. Il a perdu au printemps ce qu’il gagne à l’automne.

Aucun des deux ne détermine à lui seul le revenu annuel du producteur. Ce qui le détermine, c’est le prix moyen pondéré par les volumes effectivement vendus sur l’ensemble de la campagne — donnée qu’aucune des deux administrations ne publie sous cette forme.

Le paradoxe que ni Yaoundé ni Abidjan n’a tranché

Le lancement de la campagne camerounaise a placé la rémunération des producteurs au centre des discussions. Le Forum national sur la rémunération des cacaoculteurs, réuni à Yaoundé début août sous la présidence du ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, a rassemblé administrations, organisations professionnelles, producteurs, exportateurs et transformateurs.

La question dépasse le prix affiché. Le Cameroun transforme une part croissante de sa production, portée par des industriels installés à Douala. Mais un prix de la fève élevé renchérit mécaniquement leur matière première : contraints de s’aligner sur les offres des exportateurs, ils voient leur marge se réduire quand le planteur gagne.

C’est le paradoxe que la filière africaine n’a pas résolu. Un prix qui rémunère le planteur pénalise le chocolatier local ; un prix qui favorise la transformation appauvrit le producteur. Arbitrer entre les deux suppose une politique explicite — ni Yaoundé ni Abidjan ne l’a formulée.

Une échéance va rendre l’arbitrage plus difficile encore. Le règlement européen contre la déforestation entre en application le 30 décembre 2026 pour les grands et moyens opérateurs. La Côte d’Ivoire y répond par un système national de traçabilité rendu obligatoire au 1er septembre. Le Cameroun, dont la filière est plus atomisée, aborde cette échéance avec un dispositif moins avancé.

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