Solaire en Algérie : 300 MWc à El Oued, 99 % de gaz

Centrale hybride gaz-solaire de Hassi R'mel, dans le désert algérien, symbole du solaire en Algérie face à la domination du gaz

Le 26 octobre 2026, l’Algérie a inauguré à El Foulia, dans la commune de Guemar (wilaya d’El Oued), une centrale photovoltaïque de 300 mégawatts-crête (MWc), la plus puissante du pays. Le solaire en Algérie franchit un palier, mais l’électricité nationale reste produite à près de 99 % au gaz naturel. L’enjeu de ces panneaux est donc aussi de laisser plus de gaz disponible pour l’exportation.

Ce que l’on sait de la centrale d’El Foulia

La centrale a été inaugurée par le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, selon l’Algérie Presse Service (APS). Les autorités la présentent comme la première du pays et la deuxième d’Afrique par la capacité, un classement que la rédaction n’a pas pu vérifier et qui dépend du périmètre retenu, centrale unique ou complexe de plusieurs centrales.

Selon El Khabar, le site s’étend sur 600 hectares et compte 650 000 panneaux répartis en 69 champs solaires, réalisés en 22 mois. Le maître d’ouvrage est Sonelgaz, l’entreprise publique d’électricité et de gaz, dont les équipes des énergies renouvelables ont présenté le projet au ministre. Le ministre a parlé d’un partenaire chinois ; Algérie Eco et la base de données Global Energy Monitor nomment la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC).

L’inauguration ne date pas la mise en service. Le ministre a indiqué à TSA que la centrale produisait déjà depuis l’été 2026 pour absorber les pics de consommation. En mars 2026, le ministère la donnait achevée à 76 %. Ni le coût du chantier ni la production annuelle attendue n’ont été publiés.

Solaire en Algérie : un programme en retard sur ses annonces

El Foulia appartient à la première phase du programme national : 21 centrales dans 14 wilayas, pour 3 200 MW. Elle est la troisième grande centrale de l’année, après Tendla (El Meghaïer) et El Ghrous (Biskra), de 200 MW chacune, mises en service au printemps 2026. L’objectif de long terme est de 15 000 MW de solaire à l’horizon 2035.

Le rythme reste inférieur aux promesses. Le 5 mars 2026, Khalil Hedna, directeur de l’information et de la communication du ministère, annonçait 1 480 MW de mises en service pour l’année. Fin octobre, les trois grandes centrales totalisent 700 MW ; le ministre évoque 760 MWc déjà en service. Deux autres centrales d’El Oued, de 200 et 100 MW, sont annoncées pour le premier trimestre 2027.

Selon un calcul de la rédaction, atteindre 15 000 MW en 2035 suppose d’installer plus de 1 500 MW par an pendant neuf ans. C’est plus du double de 2026, pourtant année record. Le point de départ est d’ailleurs incertain : l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) comptait 437 MW de photovoltaïque fin 2025, l’Association africaine de l’industrie solaire (AFSIA) en recense 2,87 GW, dont 1,7 GW d’installations commerciales et industrielles. Aucune source ne réconcilie ces périmètres.

Le vrai enjeu : le gaz brûlé au lieu d’être vendu

Selon les données de l’organisme Ember, le gaz a fourni 98,6 % de l’électricité algérienne en 2024, et le solaire à peine 1 %. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) retient 99 % dans son rapport « Electricity 2026 », cité par Ecofin. Chaque mètre cube brûlé dans une turbine est un mètre cube qui ne part pas vers l’Europe.

La pression monte. Selon les données de la Joint Organisations Data Initiative (JODI) reprises par Algérie360, la consommation intérieure de gaz a atteint 33,1 milliards de mètres cubes entre janvier et juillet 2026, en hausse de 7 %. Le marché national absorbe environ 53 % de la production. Cette tension pèse déjà sur les choix d’investissement, comme le montrait notre article sur les 71,6 milliards de dollars prévus pour les hydrocarbures face au gaz consommé.

Ni Sonelgaz ni le ministère n’ont chiffré le gaz économisé par El Foulia. À titre indicatif, et sous des hypothèses que la rédaction assume (1 700 à 1 900 kWh produits par kWc dans le Souf, 0,2 à 0,25 m³ de gaz par kWh thermique), la centrale produirait de l’ordre de 500 à 570 gigawattheures par an. Elle éviterait ainsi 100 à 140 millions de m³ de gaz, moins de 0,5 % de ce que le pays a consommé sur les seuls sept premiers mois de 2026.

Si la demande augmente au même moment, le solaire sert d’abord de nouveaux besoins au lieu d’effacer des turbines. L’AIE prévoit d’ailleurs une hausse de la production électrique au gaz de plus de 3,6 % par an en moyenne entre 2026 et 2030, selon Ecofin : le solaire freine la croissance du gaz sans la faire baisser.

Qui finance, qui fabrique

Les centrales du programme sont commandées par Sonelgaz, entreprise publique, à des constructeurs retenus par appels d’offres. Les coûts unitaires ne sont pas publiés, ce qui empêche de comparer le prix du kilowattheure solaire à celui du gaz vendu à l’étranger. C’est pourtant ce calcul qui justifie le programme.

La valeur industrielle reste largement importée. Selon Ember, cité par Algérie360, l’Algérie a importé 2,1 GW de panneaux chinois en 2025, contre 0,35 GW un an plus tôt, sur fond d’une vague africaine d’importations déjà observée dans toute l’Afrique. Une usine du fabricant chinois LONGi n’en est qu’au stade de « discussions avancées ». L’origine des 650 000 panneaux d’El Foulia n’est pas publiée.

Le ministre insiste, lui, sur une exploitation confiée à des compétences nationales, un atout pour la maintenance dans le sable du Souf.

La suite se mesurera en kilowattheures

El Foulia marque un vrai saut d’échelle pour un pays qui partait de très bas, dans un continent où le photovoltaïque a progressé de 54 % en 2025. Mais une centrale se juge à sa production annuelle, à son coût et au gaz réellement libéré, trois données que les annonces officielles ne fournissent pas encore.

Le prochain jalon est fixé : 2 440 MWc attendus en 2027, selon les chiffres du ministère repris par Algérie Eco. S’il est tenu, le solaire commencera à peser sur la balance gazière. S’il glisse comme l’objectif de 2026, la demande intérieure continuera de grignoter le gaz destiné à l’export plus vite que les panneaux ne le remplacent.

Abonnez vous à notre newsletter

Articles similaires

Get the app