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Gaz GTA : 18,5 cargaisons, 32 millions $ pour la Mauritanie

Un méthanier au large de Dakar, image d'illustration du gaz GTA exporté par le Sénégal et la Mauritanie

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a reçu le 16 octobre 2026 à Dakar Mohamed Ould Abdel Vetah, nommé six jours plus tôt ministre mauritanien de l’Énergie et du Pétrole. Toile de fond : le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à cheval sur la frontière maritime, qui a chargé 18,5 cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) au premier semestre 2026. Le champ tourne à plein régime ; les recettes des deux États, elles, restent modestes tant que les compagnies récupèrent leurs coûts.

Gaz GTA : une audience, pas un accord

L’événement est plus protocolaire que ne le laissent entendre certains titres. Le chef de l’État sénégalais a reçu en audience le ministre mauritanien, selon une note de la présidence relayée par l’Agence de presse africaine et Le Soleil. Aucun communiqué conjoint, aucun accord signé ni calendrier n’ont été rendus publics. La présidence inscrit la rencontre dans la « politique de souveraineté énergétique que conduit le chef de l’État ».

Le profil du visiteur donne son sens à l’audience. Mohamed Ould Abdel Vetah a été nommé le 10 octobre 2026 dans le gouvernement reconduit du Premier ministre El Moctar Ould Djay, selon l’Agence mauritanienne d’information. Il dirigeait depuis 2022 l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, et avait déjà été ministre du Pétrole à partir d’août 2016, période où les deux pays ont bâti le cadre juridique de GTA. Cette visite prolonge une série d’échanges : protocole sur le contenu local signé le 13 janvier 2025 à Nouakchott, message du président Faye porté le 25 juin 2026 par son ministre de l’Énergie, El Hadji Abdourahmane Diouf, qui déclarait alors que les deux États devaient aligner leurs positions.

Un champ qui tourne à plein régime

Sur le plan industriel, GTA fonctionne. Le gisement a démarré sa production le 31 décembre 2024, et bp a annoncé le chargement de la première cargaison de GNL le 17 avril 2025. Selon le rapport de Kosmos Energy pour le deuxième trimestre 2026, publié le 3 août, la phase 1 est « pleinement montée en régime » : neuf cargaisons sur le trimestre, 18,5 sur le semestre, un objectif annuel maintenu à 32 à 36 cargaisons, et un rythme équivalent à environ 2,65 millions de tonnes par an. Les capacités annoncées varient selon les sources, de 2,3 millions de tonnes (bp) à 2,4 (APA) : un rythme trimestriel annualisé n’est pas une production annuelle constatée.

Le consortium réunit bp, opérateur (56,3 %), Kosmos Energy (26,7 %), la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen, 10 %) et la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH, 7 %), selon une étude publiée en juin 2026 par Papa Daouda Diene et Andrew Bauer pour le Natural Resource Governance Institute. Kosmos prévoit une baisse de plus de 50 % de ses coûts opérationnels nets par baril équivalent en 2026.

Qui touche quoi

C’est sur le partage de la valeur que le bât blesse. Le gaz de GTA est vendu à BP Gas Marketing, une filiale de l’opérateur, et l’étude de juin 2026 estime que l’indexation du prix ne peut pas être vérifiée de manière indépendante. Côté sénégalais, le contrat de partage de production plafonne la récupération des coûts à 75 % des revenus ; la part de l’État dans le « profit oil », le revenu restant après récupération des coûts, va de 35 % à 55 % selon les volumes, et s’ajoute à un impôt sur les sociétés de 25 %.

Concrètement, les compagnies se remboursent d’abord. Selon des données de la SMH rapportées le 28 octobre 2025 par le site mauritanien Aqlame, les recettes directes de l’État mauritanien tirées de GTA atteindraient environ 32 millions de dollars en 2025, pour des exportations du projet estimées à 475,7 millions. La Banque centrale de Mauritanie chiffre de son côté les exportations de gaz de 2025 à 237 millions de dollars : estimation et constat ne portent pas sur le même périmètre, et aucun de ces chiffres n’est une recette encaissée vérifiée.

Au Sénégal, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives recense 75,87 milliards de francs CFA de recettes pétrolières au premier semestre 2025, sans isoler GTA ; les deux tiers environ viennent du champ pétrolier de Sangomar. L’étude de juin 2026 évalue les recettes de l’État sénégalais sur toute la phase 1 à environ 4,1 milliards de dollars en valeur nominale, et prévient que Petrosen pourrait ne rien percevoir pendant un temps : la société nationale a emprunté 290 millions de dollars à bp, à 6,5 % sur sept ans, et 145 millions à Kosmos pour financer sa quote-part. Kosmos confirme l’existence de ces avances.

Coûts contestés et phase 2 en suspens

Le poids de la récupération des coûts explique la vigilance des deux capitales. En 2024, Dakar et Nouakchott ont lancé des audits de coûts. Selon Le360, l’auditeur mandaté par la Mauritanie a émis des réserves sur plusieurs centaines de millions de dollars de dépenses ; un audit sénégalais des coûts pétroliers 2012-2021 relève environ 1,07 milliard de dollars d’exceptions, selon l’étude de juin 2026. Le coût de la phase initiale, estimé à 4,6 milliards de dollars au départ, atteindrait environ 5,9 milliards selon Rystad Energy. Aucune décision de justice n’établit de surfacturation. Le 12 mars 2026, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait jugé certaines clauses du contrat « unilatérales et injustes » et annoncé des discussions avec bp, dont le résultat n’a pas été rendu public.

La phase 2 reste incertaine : aucune décision finale d’investissement n’a été prise. La priorité affichée est la phase dite 1+, qui doit fournir du gaz domestique. Côté sénégalais, une centrale est en construction près de Saint-Louis, et le réseau gazier national cherche encore 348 milliards de francs CFA ; côté mauritanien, un accord de 25 ans avec un électricien saoudien porte sur une centrale de 230 mégawatts à N’Diago. Kosmos vise la signature d’un accord de principe sur les ventes de gaz domestique en 2026. Tant que les coûts ne sont pas récupérés et que les audits ne sont pas soldés, la convergence de Dakar et de Nouakchott porte autant sur ce qu’ils attendent de bp que sur ce qu’ils ont déjà encaissé.

Sources

  • APA, « Sénégal-Mauritanie : Diomaye Faye reçoit le ministre de l’Énergie », 17 octobre 2026 ; Le Soleil via AllAfrica, 17 octobre 2026 ; AMI, 10 octobre 2026.
  • Kosmos Energy, résultats du deuxième trimestre 2026, 3 août 2026 ; bp Sénégal, 17 avril 2025.
  • P. D. Diene et A. Bauer, « Le Sénégal face à ses premiers revenus pétroliers et gaziers », Natural Resource Governance Institute, juin 2026.
  • Aqlame, 28 octobre 2025 et 6 août 2026 ; Le Soleil (ITIE), 2026 ; Le360 Afrique, 3 mai 2024 ; Seneweb, 12 mars 2026.
  • APA, 13 janvier 2025 et 25 juin 2026.

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