Partenaire RAF Academy — formations Intelligence Artificielle. Six modules pour professionnels, dès septembre 2026. Découvrir les formations

Niger pétrole : Kafra, 1 puits d’exploration à 3 900 m

Niger pétrole : le forage d'exploration de Kafra Sud-Est 1, dans la région d'Agadez

Les Premiers ministres nigérien et algérien ont lancé le 13 août 2026 à Kafra, dans la région d’Agadez, les opérations de forage du puits « Kafra Sud-Est 1 ». Pour le pétrole du Niger, c’est une frontière nouvelle : le puits est foré jusqu’à 3 900 mètres pour déterminer s’il existe des réserves exploitables — et non pour démarrer une production. Le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine l’a dit lui-même : les campagnes doivent permettre de mieux déterminer les réserves avant l’actualisation des études de faisabilité.

Ce qui a été lancé à Kafra

Le chantier est conduit par SIPEX Niger, filiale du groupe algérien Sonatrach, avec l’appui d’ENAFOR, l’entreprise de forage du même groupe. C’est le premier forage réalisé par une société algérienne dans le nord du Niger.

Le bloc de Kafra couvre 23 737 km², entre les départements d’Iferouane et de Bilma, à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne. L’isolement du site donne la mesure du défi logistique : 1 400 kilomètres de Niamey par la route, 700 kilomètres d’Agadez, 500 kilomètres de la cité minière d’Arlit.

La cérémonie s’est tenue en présence du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, de membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie et du gouvernement — dont le ministre d’État à la Défense, le général Salifou Modi, et le ministre du Pétrole, Hamadou Tini — ainsi que du gouverneur d’Agadez, le général Ibra Boulama Issa.

Exploration n’est pas exploitation

La distinction n’est pas un détail de vocabulaire. Un puits d’exploration a pour objet de vérifier une hypothèse géologique : présence d’hydrocarbures, qualité du réservoir, productivité potentielle. Il peut être sec. S’il ne l’est pas, viennent ensuite les puits de délinéation, l’évaluation des réserves récupérables, l’étude de faisabilité, la décision finale d’investissement, puis le développement — un enchaînement qui se compte en années.

Les termes employés varient selon les sources, certaines parlant d’« exploitation » là où d’autres écrivent « exploration ». Le communiqué de l’Agence nigérienne de presse (ANP) et les propos du chef du gouvernement établissent qu’il s’agit bien d’un puits d’exploration. Aucun chiffre de réserves n’est à ce stade établi par une source officielle : les estimations qui circulent reposent sur des travaux sismiques et des analogies géologiques, et indiquent un potentiel, pas une ressource prouvée.

Ce que le forage de Kafra change pour le pétrole du Niger

Le pétrole nigérien est jusqu’ici une affaire sino-nigérienne. Le contrat portant sur le bloc d’Agadem, dans la région de Diffa, a été conclu avec la Chine en 2008 ; la production a démarré en 2011 avec la raffinerie de Zinder ; les exportations par oléoduc vers le Bénin ont commencé en 2024, non sans tensions sur le corridor d’évacuation.

Kafra introduit un second opérateur étranger, algérien, sur un bloc distinct et dans une logique transfrontalière — le site se trouvant dans le prolongement géologique du bassin algérien. Pour Niamey, l’intérêt dépasse le baril : il s’agit d’élargir le cercle des partenaires techniques et financiers, et de ne plus dépendre d’une seule zone de production ni d’un corridor d’exportation unique.

Un dossier ouvert depuis deux ans

L’événement est présenté comme une reprise d’activités, et c’est exact. En décembre 2024, les autorités d’Agadez avaient lancé l’évaluation de l’étude d’impact environnemental et social actualisée du projet, l’ANP soulignant alors que le passage de l’exploration vers l’exploitation exigeait une évaluation approfondie des conséquences sur les milieux humain et biophysique.

En février 2026, le dossier revient au premier plan lors de la visite du président Abdourahamane Tiani en Algérie : les deux pays annoncent leur volonté d’accélérer le développement du bloc de Kafra, parmi plusieurs projets structurants communs. Le pétrole s’ajoute ainsi au gazoduc transsaharien, à la route transsaharienne, à un projet ferroviaire et au port sec d’Agadez.

Depuis 2024, les autorités nigériennes ont par ailleurs élargi le rôle de la SONIDEP-SA, la société nationale des produits pétroliers, à l’amont — exploration et production — en plus de ses activités historiques de commercialisation. L’objectif affiché est de ne pas rester le seul propriétaire juridique d’une ressource exploitée par d’autres. Il suppose des capitaux : à titre de repère, le ministère du Pétrole indiquait en juin 2026 que CAFRA et Savannah Energy avaient investi respectivement environ 164 et 212 millions de dollars dans l’exploration au Niger.

Le paquet qui accompagne le forage

L’accord ne se limite pas au puits. Ali Mahaman Lamine Zeine a mentionné un programme de formation d’environ 500 jeunes Nigériens dans plusieurs domaines techniques, la construction d’une centrale de 25 mégawatts à Agadez et le renforcement des réseaux de la NIGELEC à Niamey et Agadez. Il a également évoqué un financement de 50 millions de dollars, dont 10 millions sous forme de dons, destiné au réseau routier transsaharien.

Cette dimension est cohérente avec l’insistance affichée sur le contenu local et sur les retombées attendues pour la région d’Agadez. Elle a aussi une vertu pratique pour Niamey : ces éléments-là seront livrés indépendamment du résultat du forage.

Ce que le désert impose

Le Sahara ne pardonne pas l’approximation logistique. Trouver du pétrole n’y est que la première étape : il faut ensuite des routes, des bases, des installations de traitement, des capacités d’évacuation. La taille des réserves déterminera les infrastructures économiquement justifiables — un gisement modeste et isolé peut être techniquement exploitable et commercialement intenable.

Restent les angles que les communiqués officiels ne traitent pas : la consultation des populations d’Iferouane et de Bilma, la gestion de l’eau en zone désertique, le partage des revenus avec la région d’Agadez. La coopération pétrolière avec Alger, elle, s’inscrit dans un mouvement plus large que Sonatrach conduit ailleurs sur le continent.

Ce qu’il faudra surveiller

Trois échéances. Le résultat du puits Kafra Sud-Est 1, qui dira si le bloc a un avenir. Le calendrier effectif de la centrale de 25 MW et du programme de formation, qui dira si le volet développement suit. Et l’actualisation des études de faisabilité, seule étape à partir de laquelle il sera légitime de parler d’exploitation.

Articles similaires

Get the app