Le pétrole du Niger profite peu à ses deux alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali et le Burkina Faso. La seule raffinerie du pays, la Société de raffinage de Zinder (SORAZ), produit environ 20 000 barils d’essence et de gasoil par jour depuis 2011, et ne couvre plus sa propre demande intérieure. Bamako et Ouagadougou continuent donc de dépendre des ports côtiers pour leur carburant.
Une raffinerie trop petite pour trois pays
Sur le papier, la solidarité énergétique entre les trois pays qui ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) semblait évidente : Niamey a du pétrole, et Bamako subit depuis septembre 2025 un blocus jihadiste sur ses importations de carburant. Dans les faits, l’apport nigérien reste marginal, parce que le goulot d’étranglement est industriel.
En mars 2025, le Niger a connu une pénurie d’essence inédite. La Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP), chargée de l’approvisionnement du pays, expliquait alors que la SORAZ ne lui livrait qu’entre 23 et 25 camions-citernes d’essence par jour, alors qu’il en aurait fallu entre 45 et 50. Niamey consommait à elle seule 25 à 26 citernes par jour. Un pays qui ne suffit pas à ses propres besoins peut difficilement approvisionner ses voisins.
Des livraisons symboliques au Mali
Le Niger a pourtant fait des gestes. En avril 2024, un accord de partenariat prévoyait la vente au Mali de 150 millions de litres de gasoil sur douze mois, à un tarif préférentiel, pour alimenter les centrales électriques maliennes. NotreAfrik n’a pas pu établir si ces volumes ont été entièrement livrés. Le 22 novembre 2025, 82 camions-citernes offerts par le Niger sont arrivés à Bamako : la première opération d’envergure de l’AES face au blocus.
Ces volumes restent modestes au regard des besoins : selon APA News, le Mali a importé 2,665 milliards de litres de produits pétroliers en 2024. Le Burkina Faso, lui, reste largement approvisionné par les corridors côtiers, et sa situation est peu documentée dans les sources disponibles.
Pétrole du Niger : routes, insécurité et absence de contrat
En septembre 2026, le directeur général de la SONIDEP, le colonel Ali Seibou Hassane, aurait identifié trois obstacles aux livraisons vers le Mali et le Burkina Faso, selon le site Mines Actu Burkina : l’état des routes, l’insécurité sur les corridors et l’absence d’une convention commerciale claire entre les pays. Selon ces propos rapportés, le seul transport par camion pourrait coûter environ 120 FCFA par litre sur certains trajets vers Bamako, avant l’assurance, le stockage et les marges.
Le litre d’essence est moins cher au Niger qu’au Mali ou au Burkina Faso. Mais sur des centaines de kilomètres de routes dégradées et exposées aux attaques, cet avantage fond. Le problème est donc moins l’existence du pétrole que sa circulation.
Le brut part vers le Bénin
Il faut aussi distinguer le brut des produits raffinés. L’essentiel du pétrole d’Agadem est évacué brut par l’oléoduc Niger-Bénin jusqu’à Sèmè, pour l’exportation internationale. Ce brut rapporte des recettes à Niamey, mais il ne peut pas remplir directement les réservoirs de Bamako ou de Ouagadougou : il faudrait d’abord le raffiner. La China National Petroleum Corporation (CNPC) joue par ailleurs un rôle central dans l’exploitation, et une partie des revenus pétroliers sert à rembourser les financements mobilisés pour développer le secteur.
Les projets existent. Le Niger a évoqué en 2024 une raffinerie de gasoil destinée aux trois pays de l’AES, et il a signé le 15 août 2026 avec le groupe canadien Zimar un accord pour une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso, cinq fois la capacité de la SORAZ. Mais ce projet prendra des années.
D’ici là, le vrai test est simple : une convention commerciale signée, des corridors sécurisés, des stocks suffisants et un prix réellement compétitif à Bamako et Ouagadougou. Sans cela, le pétrole nigérien restera une ressource nationale importante, pas encore une ressource énergétique commune de l’AES.
Sources
- AFP, via Le360 Afrique, « Le Niger, producteur d’or noir, confronté à une pénurie inédite d’essence », mars 2025 : afrique.le360.ma
- Le360 Afrique, « Le Niger s’apprête à livrer 150 millions de litres de gasoil au Mali », avril 2024.
- AllAfrica, « Mali – Le Niger offre et convoie 82 citernes de carburant à Bamako », 24 novembre 2025.
- Mines Actu Burkina, déclarations du directeur général de la SONIDEP, 23 septembre 2026.
- APA News, importations de produits pétroliers du Mali en 2024.
- Africtelegraph, 29 septembre 2026.
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