Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé le 24 juin 2026 un nouveau programme de 42 mois en faveur de la Mauritanie, d’un montant d’environ 95,8 millions de dollars, au titre de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit. Combiné à la clôture de la Facilité pour la résilience et la durabilité, l’accord autorise un décaissement immédiat d’environ 105,6 millions de dollars et accompagne le pays jusqu’à fin 2029. Derrière le chiffre, ce que signe le FMI avec Nouakchott, c’est surtout un calendrier de réformes.
Un programme dans la continuité, pas dans l’urgence
Contrairement à de nombreux accords conclus dans l’urgence d’une crise de balance des paiements, celui-ci prolonge un cycle jugé réussi. Le Conseil a salué un programme précédent qui s’est traduit par « une croissance non extractive robuste » et le maintien des réserves de change. La Mauritanie n’arrive donc pas en demandeur acculé mais en élève régulier — une posture qui améliore sa capacité de négociation.
Le pouvoir de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani aurait pu achever le cycle engagé en 2023 et réduire son exposition aux conditionnalités. Nouakchott a au contraire demandé l’annulation des anciens accords pour ouvrir immédiatement un nouveau cycle — un choix de continuité sous surveillance.
Mauritanie-FMI : trois piliers, et ce qu’ils révèlent
Le représentant résident du FMI, Younes Zouhair, en détaille l’architecture : stabilité macroéconomique, capital humain et inclusion, gouvernance des entreprises publiques. Le premier pilier est classique. Le deuxième traduit une inflexion : le Fonds intègre désormais explicitement la dimension sociale, réponse aux critiques historiques sur les ajustements structurels. Le troisième est le plus politique — la gouvernance des sociétés d’État, qui concentrent l’exploitation des ressources minières et énergétiques.
Concrètement, le gouvernement s’engage à appliquer une règle budgétaire isolant les dépenses des fluctuations des matières premières, à renforcer la flexibilité du taux de change, à enregistrer fiscalement les entreprises de la zone franche de Nouadhibou et à rendre opérationnelle l’Autorité nationale de lutte contre la corruption, dont les six membres n’ont été nommés qu’en avril 2026, avec plusieurs mois de retard.
Le paradoxe de la croissance extractive
Les chiffres éclairent l’enjeu. La croissance mauritanienne s’est établie à 4,0 % en 2025 et devrait atteindre environ 4,8 % en 2026 — mais portée par l’extractif, tandis que le non-extractif ralentit autour de 4,4 %. Le gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, exploité avec le Sénégal, et le minerai de fer tirent les statistiques, pendant que l’économie qui emploie réellement la population marque le pas. Tout l’enjeu du programme est d’éviter le schéma classique de la rente : des indicateurs flatteurs, une économie réelle atone, des inégalités croissantes.
Le coût de l’ajustement se lit déjà dans les prix
Pour les ménages, l’accord a une traduction immédiate. En avril 2026, le prix de la bouteille de butane a bondi d’environ 66 %, ceux du diesel et de l’essence de 10 % et 15 %. Le FMI accepte une hausse temporaire du déficit pour amortir la transition : le budget rectificatif prévoit environ 3,9 milliards d’ouguiyas de mesures ciblées, calibrées via le registre social de l’agence Taazour, qui couvre les 40 % les plus pauvres. Une hausse du carburant est visible le jour même ; une amélioration de la gouvernance ne l’est qu’après des années.
Un effet de levier plus que des montants
Il faut relativiser l’ampleur financière : 95,8 millions de dollars sur trois ans et demi, c’est modeste pour un pays de près de cinq millions d’habitants. La vraie valeur du programme est ailleurs — dans le « sceau FMI », ce certificat de conformité qui débloque des concours bien plus lourds de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et des bailleurs bilatéraux. Le test viendra des revues semestrielles, où se mesurera la constance des réformes de gouvernance — historiquement le chapitre le plus difficile à tenir. Jusqu’en 2029, Ghazouani sera jugé moins sur les critères du Fonds que sur une question simple : qui bénéficie réellement de la stabilité qu’il promet ?








