L’ouguiya, la monnaie de la Mauritanie, a 53 ans. Créée en 1973 pour remplacer le franc CFA, au taux d’une ouguiya pour cinq francs CFA, elle n’a jamais été abandonnée, et le retour au franc CFA n’a jamais été à l’ordre du jour. Son histoire fait l’objet d’un ouvrage de deux universitaires mauritaniens, présenté à Nouakchott et rapporté le 29 septembre 2026 par Le360 Afrique.
Ses auteurs, Abdel Wedoud ould Cheikh, professeur de sociologie, et Mohamed Fall ould Bah, professeur d’économie, y racontent la création et la survie de la monnaie nationale. L’ouguiya y est présentée comme l’un des deux grands acquis de la Mauritanie indépendante, avec la nationalisation des Mines de fer de Mauritanie (Miferma), devenues la Société nationale industrielle et minière (SNIM).
1973 : quitter l’Union monétaire ouest-africaine
Au début des années 1970, la Mauritanie appartient à l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) : son franc CFA est émis par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Selon l’histoire de l’UMOA publiée par la BCEAO, Nouakchott notifie son retrait avec un préavis de six mois à compter du 1er janvier 1973. Les négociations sur la circulation fiduciaire et les avoirs extérieurs à transférer sont difficiles ; une convention est signée à Paris en juin 1973.
La nouvelle Banque centrale de Mauritanie (BCM) émet l’ouguiya le même mois. Son premier gouverneur, Ahmed Daddah, témoin du processus, a rappelé lors de la présentation du livre les « divergences sur le choix du nom de la nouvelle monnaie », et les conseils du président Moktar ould Daddah pour trouver un nom consensuel.
« C’est surtout une question de mémoire. En Mauritanie, il n’existait pas une monnaie unifiée. La Mauritanie a créé sa propre monnaie, avec beaucoup de difficultés », a expliqué Abdel Wedoud ould Cheikh. Pour Abdallah Awah, professeur d’économie, il s’agissait d’« un cas unique dans l’espace francophone ouest-africain à l’époque ».
Un nom saharien, une monnaie divisée par cinq
Le nom renvoie à une histoire plus ancienne que l’État : « ouguiya » est la prononciation hassanya de l’arabe uqiyya, l’once, une unité de poids. Autre singularité, l’ouguiya ne se divise pas en cent, mais en cinq khoums, « cinquième » en arabe. Avec l’ariary malgache, c’est l’une des deux seules monnaies en circulation dont la subdivision n’est pas décimale.
Le choix avait une logique pratique : une ouguiya valant cinq francs CFA, un khoums valait exactement un franc, ce qui permettait de convertir toutes les sommes sans arrondi. Aujourd’hui, le khoums n’a pratiquement plus de pouvoir d’achat et ses pièces ne circulent plus.
2018 : un zéro en moins
Annoncée le 5 décembre 2017 par la BCM, une réforme a remplacé l’ancienne ouguiya par une nouvelle au 1er janvier 2018, au taux d’une nouvelle pour dix anciennes. Le code international est passé de MRO à MRU, et de nouveaux billets en polymère, de 50 à 1 000 ouguiyas, ont été mis en circulation. La lutte contre l’inflation et la contrefaçon figurait parmi les motifs avancés.
Une redénomination ne change pas le pouvoir d’achat : un salaire de 100 000 anciennes ouguiyas devient 10 000 nouvelles, un produit à 1 000 en coûte 100. Les anciens billets et pièces ont circulé en parallèle jusqu’au 30 juin 2018, et la validité des anciennes pièces a été prolongée jusqu’au 30 novembre. En juin 2023, la BCM a émis un billet commémoratif de 50 ouguiyas pour le cinquantenaire de la monnaie.
L’ouguiya face aux échecs voisins
Abdel Wedoud ould Cheikh rappelle les cas du Mali et de la Guinée, qui avaient eux aussi lancé leur propre monnaie. Le Mali avait créé le franc malien en 1962 avant de réintégrer l’UMOA en 1984 ; la Guinée a conservé la sienne, au prix de plusieurs réformes et de périodes d’inflation. La Mauritanie suit une troisième voie : elle est sortie, et n’est jamais revenue.
Cela ne veut pas dire que l’expérience a été facile. Une monnaie nationale rend au pays la maîtrise de sa politique monétaire, mais l’oblige à absorber seul les chocs : dépréciation, inflation, besoins en devises d’une économie qui dépend du fer, de l’or, de la pêche et des importations alimentaires. La Mauritanie reste d’ailleurs engagée dans un programme avec le Fonds monétaire international.
Pour les pays d’Afrique de l’Ouest qui débattent de l’avenir du franc CFA, la leçon mauritanienne est institutionnelle plus que symbolique. Quitter une monnaie est une décision ; en faire vivre une pendant un demi-siècle exige une banque centrale crédible, des réserves, une politique budgétaire compatible, et la confiance quotidienne des utilisateurs.
Sources
- Le360 Afrique, « Mauritanie. L’ouguiya, miroir d’un pan d’histoire de l’Afrique de l’Ouest à travers la monnaie », 29 septembre 2026 : afrique.le360.ma.
- BCEAO, Histoire de l’Union monétaire ouest-africaine, volume II (retrait de la Mauritanie, 1973).
- Wikipédia, « Ouguiya (1973-2017) » et « Mauritanian ouguiya », renvoyant aux pages de la Banque centrale de Mauritanie (bcm.mr).
- Financial Afrik, « Mauritanie : circulation de la nouvelle monnaie », 2 janvier 2018 ; Le360 Afrique, « Mauritanie : les pièces de l’ancienne ouguiya valides jusqu’au 30 novembre », 14 juillet 2018.
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