Le gouvernement burkinabè a suspendu 247 nouvelles associations pour «non-renouvellement de leurs instances», selon un arrêté signé par le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo.
Cette décision s’inscrit dans une série de mesures engagées depuis la mi-avril 2026 par les autorités de transition dirigées par Ibrahim Traoré, visant à renforcer le contrôle du secteur associatif.
Les suspensions concernent officiellement des organisations n’ayant pas renouvelé leurs organes dirigeants conformément aux obligations administratives en vigueur.
Une série de sanctions contre la société civile
Depuis le 15 avril 2026, plusieurs vagues de dissolutions et de suspensions ont touché des centaines d’associations. Le 15 avril, 118 organisations avaient été déclarées «réputées dissoutes», dont plusieurs actives dans la défense des droits humains.
Le 21 avril, 359 autres associations avaient ensuite été suspendues pour les mêmes motifs administratifs. Le 5 mai, un nouvel arrêté avait déjà visé 205 structures supplémentaires.
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Avec cette nouvelle décision, le nombre total d’associations mises hors d’état de fonctionner depuis la mi-avril dépasse largement le millier, selon plusieurs estimations locales.
Le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo avait justifié cette politique en affirmant que certaines structures disposaient de financements et de programmes d’activités jugés opaques.
Une nouvelle loi au cœur des critiques
Ces décisions reposent sur la loi n°011-2025/ALT du 17 juillet 2025 relative à la liberté d’association, promulguée sous la transition militaire.
Le texte maintient formellement la liberté d’association, mais impose de nouvelles obligations strictes : déclaration régulière, transmission des rapports financiers, conformité administrative et renouvellement des instances dirigeantes.
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La loi interdit également à une même personne de présider plus de deux associations et impose une spécialisation sur un seul domaine d’activité. Les autorités défendent une logique de transparence, de contrôle des financements extérieurs et de sécurisation du secteur associatif.
Cependant, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un durcissement de l’espace civique. Human Rights Watch estime que ces mesures pourraient servir à accentuer la pression sur la société civile indépendante.
Un mouvement observé dans la sous-région
Le Burkina Faso n’est pas le seul pays ouest-africain à réformer son cadre juridique associatif. Au Bénin, une loi adoptée en 2025 a également renforcé les exigences de transparence et les possibilités de suspension administrative des organisations.
Dans les deux cas, les critiques portent sur l’usage de critères administratifs comme levier de sanction, au risque de réduire l’autonomie des associations face à l’État.