Le cas de Mariam Soumah, âgée de 23 ans, a provoqué une vague de réactions, notamment de la part de l’ONU, d’organisations non gouvernementales et de responsables diplomatiques guinéens, qui contestent une séparation qualifiée d’abusive.
Voilà près de neuf mois que Mariam Soumah, une Guinéenne âgée de 23 ans, affirme vivre loin de sa fille Sabina. Rentrée de force en Guinée, la jeune mère se trouve aujourd’hui à Conakry, tandis que son bébé est toujours placé dans un orphelinat au Bélarus, contre sa volonté.
Selon son témoignage et celui d’organisations de défense des droits humains qui suivent le dossier, Mariam Soumah a été expulsée du Bélarus sans son enfant il y a plusieurs mois. Cette affaire a suscité de vives réactions, notamment de la part des Nations unies, d’ONG internationales et de représentants diplomatiques guinéens, qui dénoncent une séparation jugée abusive.
«Je les ai suppliés»
Accueillie par des proches à Conakry, Mariam raconte son histoire, la voix chargée d’émotion. «Je les ai suppliés de ne pas le faire», confie-t-elle lors d’un entretien, en faisant défiler sur son téléphone les rares photos de Sabina, qui a célébré son premier anniversaire en novembre dernier. À l’origine, Mariam cherchait à quitter la Guinée, où une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. Vivant de petits emplois à Conakry, elle a choisi de rejoindre le Bélarus avec l’espoir de gagner ensuite l’Union européenne, une voie de plus en plus empruntée par des migrants africains.
L’Union européenne accuse d’ailleurs le régime d’Alexandre Loukachenko d’encourager ces flux migratoires afin de faire pression sur les États membres, dans un contexte de tensions diplomatiques avec l’Occident.

Un visa étudiant et de faux espoirs
Comme beaucoup d’autres migrants, Mariam affirme avoir été convaincue via internet de se rendre au Bélarus grâce à un visa étudiant. Elle pensait ainsi éviter les routes migratoires jugées plus dangereuses. «Je ne voulais pas traverser la mer illégalement. En regardant la carte, j’ai vu que le Bélarus était entouré de pays Schengen», explique-t-elle. Le drame débute alors qu’elle tente de renouveler son visa. Enceinte d’un compatriote lui aussi en route vers l’Europe, Mariam accouche prématurément, deux mois avant terme. À sa naissance, en novembre 2024, Sabina ne pèse que 600 grammes. Placée en soins intensifs, elle est sauvée par les équipes médicales bélarusses.
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Interdite de voir son bébé
Peu après l’accouchement, Mariam se voit refuser l’accès à sa fille, à moins de régler des frais médicaux élevés. Elle est ensuite arrêtée pour dépassement de visa, puis placée en détention avant d’être expulsée du pays sans son enfant. «J’ai dit que je ne partirais pas sans mon bébé. J’ai demandé qu’on la laisse se rétablir pour qu’on rentre ensemble. Ils ont refusé», témoigne-t-elle.
Une fillette placée en orphelinat
Depuis son expulsion en août 2024, Mariam n’a pu voir Sabina qu’à travers deux courts appels vidéo. L’enfant est aujourd’hui hébergée dans un orphelinat à Minsk. Des experts de l’ONU ont qualifié cette séparation forcée d’«extrêmement préoccupante». L’ambassade de Guinée à Moscou, en charge du Bélarus, affirme suivre le dossier et avoir demandé des explications aux autorités locales, restées silencieuses.
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Factures, détention et expulsion forcée
Mariam raconte également avoir reçu une facture médicale d’environ 28 000 euros, condition posée pour pouvoir revoir sa fille. Malgré ses tentatives répétées, elle affirme s’être vu systématiquement refuser l’accès à l’hôpital. En juillet 2025, elle est incarcérée pour infraction aux règles migratoires. «Ils ont tout simplement séparé la mère de l’enfant», dénonce Enira Bronitskaïa, militante des droits des migrants au sein de l’ONG Human Constanta. Selon elle, une telle mesure est illégale en l’absence d’une décision officielle retirant les droits parentaux.
Finalement, Mariam est menottée et conduite à l’aéroport, où elle est embarquée de force sur un vol à destination d’Istanbul, avec interdiction de revenir. Depuis la Turquie, elle appelle celle qui l’a élevée en Guinée. «J’arrive, mais je n’ai rien, même pas mon enfant», lui dit-elle en larmes.
Notre Afrik avec AFP








