Au Cameroun, près de 28 % des femmes enceintes sont porteuses du virus de l’hépatite B, et environ 11,2 % de la population vit avec lui, 17,7 % dans l’Extrême-Nord, selon le ministère de la Santé publique. Contre l’hépatite B, le Cameroun a introduit le 20 février 2025 une dose de vaccin gratuite dans les 24 heures suivant la naissance, pour les nouveau-nés de mères porteuses. Le 21 septembre 2026, à New York, le ministre de la Santé publique a porté ce combat devant ses pairs, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies.
Ce que le Cameroun a porté à New York
Selon un communiqué du ministère de la Santé publique daté du 23 septembre 2026, le ministre Manaouda Malachie a participé à la cinquième réunion annuelle du Groupe des amis des Nations unies pour l’élimination des hépatites. Le Cameroun y a soutenu un projet de résolution internationale et proposé qu’une réunion de haut niveau des Nations unies sur les hépatites se tienne en 2028. L’idée : des cibles mesurables, un mécanisme de redevabilité, un financement durable et un meilleur accès aux produits de santé.
Le ministre y a posé un principe : aucune personne ne devrait renoncer au diagnostic ou au traitement pour des raisons financières. Yaoundé veut intégrer progressivement la prise en charge des hépatites dans la Couverture santé universelle.
Hépatite B au Cameroun : pourquoi tout se joue à la naissance
Le virus se transmet de la mère à l’enfant pendant l’accouchement, et plus l’infection survient tôt, plus le risque qu’elle devienne chronique est élevé. Une infection chronique peut rester silencieuse pendant des années, avant la cirrhose ou le cancer du foie. Vacciner à la naissance, c’est donc aussi prévenir des cancers futurs.
Le vaccin contre l’hépatite B figure dans le Programme élargi de vaccination (PEV) camerounais depuis 2005, dans le vaccin pentavalent administré à partir de six semaines. Trop tard pour un enfant né d’une mère porteuse : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une dose à la naissance, idéalement dans les 24 premières heures. La dose camerounaise est financée sur budget national, selon Gavi, l’Alliance du vaccin.
En l’annonçant en février 2025, Manaouda Malachie entendait « réduire de manière significative la prévalence chez les femmes enceintes — estimée à 28 % — et le risque élevé de transmission mère-enfant », en « préparant le terrain à une vaccination systématique à la naissance pour tous les enfants nés au Cameroun ».
L’Afrique concentre 68 % des nouvelles infections
Le rapport mondial 2026 de l’OMS sur les hépatites estime qu’environ 240 millions de personnes vivaient en 2024 avec une infection chronique par le virus de l’hépatite B, et qu’environ 900 000 nouvelles infections chroniques sont survenues cette année-là. La Région africaine de l’OMS en représentait 68 %. L’hépatite B aurait causé environ 1,1 million de décès en 2024.
La dose de naissance reste l’exception sur le continent : sa couverture n’était que de 17 % dans la Région africaine en 2024, et 20 des 47 pays de la région ne l’avaient toujours pas introduite en 2025, selon l’OMS. D’où l’intérêt de l’exemple camerounais, une intervention financée par l’État lui-même. Sur le financement des vaccins par les bailleurs, lire aussi notre article sur Gavi au Nigeria.
Dépistage et traitement : les chiffres du ministère
Le dépistage progresse : 312 280 femmes enceintes dépistées en 2024, 404 192 en 2025, selon le ministère. Dans la population générale, le nombre de personnes testées est passé de 245 296 à 336 400. Ces chiffres sont des volumes, pas des taux de couverture : sans le nombre total de grossesses, ils ne disent pas quelle part des femmes est atteinte.
La prophylaxie antivirale destinée aux femmes enceintes porteuses est désormais gratuite, et le réseau de centres de traitement agréés est passé de 21 à 65. Depuis 2022, l’État subventionne les traitements, dont le coût a été réduit de 82 % pour l’hépatite C et de 60 % pour l’hépatite B. En 2023, le ministère avait détecté plus de 12 000 nouveaux cas d’hépatite B et près de 3 800 d’hépatite C.
Le vrai test : la maternité
Introduire une dose ne suffit pas. Il faut des vaccins disponibles, une chaîne du froid, des sages-femmes formées, des moyens d’atteindre les naissances à domicile, et des données prouvant que la dose a été administrée à temps. Le dépistage prénatal conditionne tout le reste : on ne protège pas l’enfant d’une mère dont on ignore le statut.
L’indicateur décisif reste à publier : la part des nouveau-nés qui reçoivent effectivement la dose dans les 24 heures. L’accès aux antiviraux, lui, pose la question de la production africaine de médicaments, que nous avons traitée dans notre article sur la production locale.
Sources
- Ministère de la Santé publique du Cameroun, communiqué du 23 septembre 2026 sur la 5e réunion annuelle du Groupe des amis des Nations unies pour l’élimination des hépatites (New York, 21 septembre 2026).
- CamerounWeb, « Hépatites : le Cameroun porte à New York un combat qui commence à la naissance », septembre 2026.
- Gavi / VaccinesWork, « Lutte contre l’hépatite B : le Cameroun choisit d’intervenir dès la naissance », 3 avril 2025 ; « L’hépatite, l’épidémie cachée du Cameroun », 4 octobre 2022.
- Ministère de la Santé publique, déclaration du 29 juillet 2024 ; Journal du Cameroun, 30 juillet 2024.
- OMS, Global Hepatitis Report 2026.








