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Prix de l’essence au Nigeria : 1 400 nairas malgré Dangote

Pompiste servant de l'essence à une voiture, illustration du prix de l'essence au Nigeria

Au premier trimestre 2026, le Nigeria a dépensé 87,4 milliards de nairas pour importer de l’essence, contre 2 270 milliards un an plus tôt : une baisse de 96 %, selon des données du Bureau national des statistiques (NBS) relayées par Bénin Web TV. La raffinerie Dangote en est la cause. Pourtant, le prix de l’essence au Nigeria atteint environ 1 400 nairas le litre à Lagos et à Abuja en septembre 2026, contre 1 200 un mois plus tôt.

L’Agence Ecofin en tire la leçon dans une analyse du 22 septembre 2026 : raffiner chez soi réduit les importations, pas l’exposition au cours mondial du pétrole. D’autant que 40 % du brut traité par la raffinerie est lui-même importé.

Ce que la raffinerie Dangote a changé

Le paradoxe nigérian était connu : premier producteur de brut du continent, le pays importait l’essentiel de ses carburants, faute de raffineries publiques en état de marche. La raffinerie de Lekki, propriété du groupe d’Aliko Dangote, a été mise en service en mai 2023, a produit du diesel et du kérosène à partir de janvier 2024, puis de l’essence à partir de septembre 2024. Elle revendique aujourd’hui une capacité de 700 000 barils par jour, contre 650 000 dans sa conception initiale.

Selon l’Economist Intelligence Unit (EIU), elle couvrait près de 80 % de la demande nigériane d’essence en avril 2026. D’après l’Energy Information Administration (EIA) américaine, citée par Sikafinance, le Nigeria exportait au deuxième trimestre 2026 environ 350 000 barils par jour de produits raffinés, contre 46 000 en 2023, et n’en importait plus que moins de 130 000, contre environ 400 000 auparavant.

La balance commerciale et la pression sur les devises en profitent, et l’approvisionnement intérieur, longtemps rythmé par les pénuries, s’est stabilisé. Le Nigeria n’a pas pour autant cessé toute importation de carburant.

Pourquoi le prix de l’essence ne baisse pas au Nigeria

En mars 2026, le prix de sortie de la raffinerie était de 1 075 nairas le litre d’essence et de 1 430 nairas pour le diesel, selon RFI. Dangote l’a depuis relevé à 1 350 nairas. À la pompe, le litre dépasse 1 400 nairas à Lagos et Abuja et atteint 1 500 nairas dans le nord ; le diesel dépasse 2 000 nairas.

Première raison : le brut. La raffinerie l’achète au prix international, qu’il vienne du delta du Niger ou de l’étranger. Selon Ecofin, 40 % de son approvisionnement est importé, des États-Unis, d’Angola et du Brésil. Quand le Brent tourne autour de 99 dollars le baril en moyenne depuis février 2026, le coût de la matière suit.

Deuxième raison : la fin de la subvention générale à l’essence, décidée en 2023. L’État ne paie plus la différence entre prix mondial et prix intérieur ; le prix à la pompe reflète désormais le coût du brut, du raffinage, de la distribution et du change. La dépréciation du naira transmet chaque mouvement du dollar au consommateur. Payer une partie du brut en nairas réduit le risque de change, mais pas la valeur du baril, qui reste fixée sur le marché mondial.

Troisième raison : le poids d’un seul acteur. Dans une tribune du 22 septembre 2026, Al Jazeera estime que « la révolution du raffinage a un problème de monopole » : un raffineur privé fixe le prix de gros pour 230 millions d’habitants. Dangote se présente comme une raffinerie marchande (« merchant refinery »), libre de vendre là où les conditions sont les meilleures, au Nigeria, en Afrique ou en Europe.

Souveraineté industrielle, pas essence bon marché

Le régulateur, la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority (NMDPRA), a longtemps oscillé entre autoriser des importations concurrentes et protéger la production locale. Dangote conteste le maintien de licences d’importation ; les défenseurs de la concurrence y voient une garantie contre la dépendance à un fournisseur unique.

La raffinerie a aussi connu des tensions avec les producteurs et les autorités sur la disponibilité du brut nigérian, malgré un accord de 2024 avec la compagnie nationale NNPC portant sur 385 000 barils par jour. Tant que le pays ne fournit pas lui-même assez de brut à Lekki, le Nigeria importe moins d’essence mais davantage de pétrole brut.

Le bilan tient en une phrase. Dangote a supprimé le paradoxe le plus coûteux du Nigeria, exporter du brut et importer son essence ; il n’a pas supprimé le lien entre le prix à la pompe et le cours mondial. La souveraineté énergétique n’est pas la gratuité.

Sources

  • Agence Ecofin, « Nigeria : la raffinerie Dangote réduit les importations, mais pas la dépendance aux cours du pétrole », 22 septembre 2026.
  • Bénin Web TV, « Nigeria : le chiffre fou qui montre l’impact de la raffinerie Dangote », 10 juin 2026 (données NBS).
  • Sikafinance, « Nigeria : la raffinerie Dangote multiplie par 7 les exportations de produits pétroliers », août 2026 (données EIA).
  • Al Jazeera, tribune « Nigeria’s refining revolution has a monopoly problem », 22 septembre 2026.
  • RFI via allAfrica, 16 mars 2026 et 17 septembre 2024.
  • Economist Intelligence Unit, analyse 2026 ; Dangote Petroleum Refinery ; Financial Times, septembre 2026.

À lire aussi : Nigeria : faute de brut local, Dangote facture désormais ses carburants en dollars ; Carburants Afrique : 0,02 $ à 3,24 $ (GlobalPetrolPrices) ; Raffinerie Dangote : 1,6 milliard $ au lieu des 5 annoncés.

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