Dans son rapport pays Gabon 2026, publié le 21 septembre 2026, la Banque africaine de développement (BAD) évalue la dette publique gabonaise à 78,9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025 et le déficit budgétaire à 5,3 % du PIB, contre 3,8 % en 2024. Elle attend une reprise « modérée », autour de 3 % de croissance en 2026 et 3,1 % en 2027. Son message tient dans le titre du document : « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Gabon dans un monde fragmenté ».
Rapport pays Gabon : une économie « résiliente, mais fragilisée »
La BAD décrit un pays qui « demeure l’une des économies les plus riches d’Afrique » par habitant, mais reste « fortement dépendant des secteurs extractifs, exposé aux chocs externes et confronté à une pauvreté persistante, un chômage élevé et des inégalités ». Selon les reprises du rapport par Gabonreview, la croissance a ralenti à 2,7 % en 2025, contre 3,4 % en 2024, sous l’effet du recul du pétrole (−2,9 %), des mines (−2,1 %) et du bois (−23,7 %).
La reprise viendrait du hors-pétrole : construction, agriculture, huile de palme, aviculture, agroalimentaire, industrie manufacturière et services. L’inflation est attendue à 3,1 % en 2026. Le chiffre de croissance 2026 diffère selon les reprises du rapport : 3,0 % pour Gabonreview et Infos Gabon, 2,7 % pour d’autres médias, soit le même niveau que la croissance réalisée en 2025. Le document de la BAD tranchera.
Le coût de la dette dérape déjà
Les chiffres du gouvernement illustrent la pression décrite par la BAD. Selon le Conseil des ministres du 18 septembre 2026, les charges financières de la dette ont atteint 504,4 milliards de FCFA en 2025, pour une prévision initiale de 349,5 milliards : un taux d’exécution de 144,3 %, soit environ 155 milliards de FCFA de plus que prévu.
Le projet de budget 2027 prolonge la tendance. Les charges financières y sont projetées à 667,3 milliards de FCFA, contre 487,6 milliards dans la projection rectifiée pour 2026, soit près de 180 milliards de plus en un an. Les charges de trésorerie et de financement atteindraient 2 022,4 milliards de FCFA, dont 1 879,5 milliards d’amortissement de dette et 142,9 milliards d’apurement d’arriérés. Chaque milliard absorbé par le service de la dette est un milliard qui ne va ni aux routes, ni aux écoles, ni aux hôpitaux.
Crédit rare et cher pour les entreprises
Le rapport pointe un système financier « encore sous-optimal ». Selon la BAD, les ressources bancaires à long terme ne représentaient qu’environ 1 % des prêts en 2025, et les taux d’intérêt pouvaient atteindre environ 16,5 % au premier trimestre 2025. À ce niveau, financer une usine, une exploitation agricole ou une infrastructure amortie sur quinze ou vingt ans devient très difficile.
La Caisse des dépôts et consignations et le Fonds gabonais d’investissements stratégiques sont cités comme des outils de financement long, mais la BAD relève leurs capacités insuffisantes et le risque de fragmentation lié à la multiplication des fonds sectoriels.
Les recommandations de la BAD
Contre la vie chère, première préoccupation des Gabonais, la Banque préconise « un contrôle effectif des mesures de la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) », le « renforcement de la DGCCRF et des Comités provinciaux des prix » et « l’exécution urgente du Plan d’urgence avicole ». Sur les finances publiques : « renforcer la discipline budgétaire et améliorer la gestion de la dette », restaurer les équilibres macroéconomiques et réduire la perception du risque, qui renchérit le coût de l’emprunt pour l’État comme pour les entreprises.
Pour financer le plan national de développement 2026-2030, la BAD recommande de diversifier les sources : mobilisation des recettes intérieures (le ratio impôts/PIB reste inférieur à la moyenne africaine selon la Banque), partenariats public-privé, garanties, obligations vertes et bleues, crédits carbone et marchés financiers régionaux. Elle propose aussi une table ronde des bailleurs ouverte à des partenaires non traditionnels. Le projet de budget 2027 va dans ce sens en prévoyant de restreindre l’octroi d’avantages fiscaux et douaniers.
Ce sont des recommandations, pas des décisions imposées au gouvernement. Leur portée dépendra de ce que Libreville en fera, dans un contexte où la Cour des comptes réclame par ailleurs d’importantes sommes non recouvrées.
À lire aussi : Dette publique du Gabon : cap sur 94,3 % du PIB en 2027 et Gabon : la Cour des comptes réclame 1 700 milliards de FCFA.
Sources
- Banque africaine de développement, Rapport pays 2026 – Gabon, « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Gabon dans un monde fragmenté », 21 septembre 2026.
- Banque africaine de développement, Revue des gouverneurs 2026.
- Gabonreview, 23 et 24 septembre 2026 ; Infos Gabon, 25 septembre 2026 ; Africtelegraph, 25 septembre 2026.
- Présidence de la République gabonaise, communiqué du Conseil des ministres du 18 septembre 2026 (exécution 2025 et projet de budget 2027).








