La directrice générale de l’Alliance du vaccin a annoncé à Abuja un engagement de plus de 500 millions de dollars sur cinq ans pour la vaccination au Nigeria. Ramené à l’année, cela représente environ 100 millions — contre 261 millions de dollars décaissés par Gavi pour le seul exercice 2025. L’annonce, présentée comme une continuité, acte en réalité l’amorce d’un retrait.
Ce que Gavi a annoncé au Nigeria
Sania Nishtar, directrice générale de Gavi, a été reçue au palais présidentiel d’Abuja par le président Bola Tinubu, en présence du ministre coordonnateur de la Santé, Muhammad Ali Pate, et du ministre des Finances, Taiwo Oyedele.
« Nous allons vacciner toute une génération d’enfants dans ce grand pays », a-t-elle déclaré, en promettant plus de 500 millions de dollars sur cinq ans. Elle a rappelé que l’alliance avait investi 2,4 milliards de dollars au Nigeria en vingt ans, et souligné que cet engagement intervenait malgré un recul général de l’aide publique au développement.
Approuvée dans le cadre du programme Gavi 6.0, l’enveloppe quinquennale est présentée comme un instrument de prévisibilité budgétaire. Elle doit financer cinq priorités : l’accélération de la vaccination systématique, la poursuite de l’éradication de la poliomyélite, l’extension de la vaccination contre le papillomavirus, le renforcement des soins de santé primaires et l’amélioration du financement vaccinal de long terme.
L’arithmétique qui change la lecture
Plus de 500 millions de dollars sur cinq ans représentent une moyenne d’environ 100 millions par an. Or l’Agence Ecofin rapporte que Gavi avait décaissé 261 millions de dollars au Nigeria sur la seule année 2025.
L’écart n’est pas marginal : il correspondrait à une réduction de l’ordre de 60 % du soutien annuel. Ce chiffre de 261 millions n’a pas été recoupé sur une source primaire de Gavi, et c’est lui qui fonde toute la lecture : nous le donnons avec sa provenance plutôt que de bâtir un constat définitif dessus.
La cause du resserrement, elle, est documentée. L’alliance a perdu son premier bailleur de fonds, les États-Unis, dans un contexte de contraction globale de l’aide au développement. Gavi ajuste ses engagements pays en conséquence, en lissant l’effort sur cinq ans plutôt qu’en annonçant une coupe.
Ce que l’alliance demande en retour
C’est peut-être le volet le plus significatif du déplacement. Sania Nishtar a exhorté le gouvernement fédéral à garantir le versement en temps voulu de sa contribution de contrepartie pour 2026 et au-delà, afin de prévenir les ruptures de stock et les flambées épidémiques.
Elle a recommandé d’inscrire le cofinancement dans le cadre de dépenses à moyen terme du Nigeria, pour rendre la ressource prévisible, et proposé que les États fédérés commencent à contribuer au financement des vaccins aux côtés du gouvernement fédéral.
Sur la répartition actuelle, elle a précisé que Gavi couvre 70 % du coût des vaccins et le Nigeria 30 %, décrivant le partenariat comme une relation entre égaux plutôt qu’une charité. Ce ratio est appelé à évoluer : c’est le mécanisme même de la transition Gavi, qui prévoit un transfert progressif de la charge vers les budgets nationaux à mesure que les pays s’enrichissent. Le Nigeria illustre la limite de ce critère — son économie est l’une des plus grandes du continent, mais le revenu moyen masque une pauvreté élevée et de fortes inégalités territoriales.
Une usine ne finance pas les tournées de vaccination
La directrice générale a également rappelé l’existence de l’African Vaccine Manufacturing Accelerator, instrument de 1,2 milliard de dollars destiné à soutenir la production commerciale de vaccins sur le continent. Bola Tinubu s’en est félicité, y voyant un moyen de doter l’Afrique de capacités propres.
L’objection est directe. Une usine ne finance ni les tournées de vaccination, ni les chaînes du froid, ni les agents qui vont chercher les enfants dans les villages du Nord. Produire un vaccin et l’administrer à un enfant du Borno relèvent de deux économies distinctes, et la seconde — la logistique dite du « dernier kilomètre » — est la plus coûteuse et la moins financée. C’est un débat que l’écart entre annonces et effets mesurables traverse régulièrement.
Ce qui est réellement en jeu
Le Nigeria a mené récemment ce que Sania Nishtar présente comme la plus vaste campagne de vaccination jamais conduite au monde, touchant 102 millions d’enfants. Ce chiffre est une déclaration rapportée par la presse nigériane, pas une donnée indépendante — mais c’est bien cette capacité opérationnelle qui est désormais exposée.
Le pays concentre une part importante des enfants « zéro dose » du continent, ceux qui n’ont reçu aucun vaccin. Ils se trouvent majoritairement dans les zones les plus difficiles d’accès du Nord, où l’insécurité s’ajoute aux contraintes logistiques. Ce sont les plus coûteux à atteindre, et les premiers à sortir des programmes quand les budgets se resserrent.
L’année 2026 étant une année pré-électorale au Nigeria — Bola Tinubu l’a lui-même relevé pendant l’audience —, la question du cofinancement fédéral et de son inscription budgétaire prendra une dimension politique. La responsabilité est partagée : à Gavi d’organiser une transition réaliste, à Abuja de transformer un engagement extérieur exceptionnel en financement national permanent. L’indicateur qui comptera n’est pas la date de fin de l’aide, mais le maintien des taux de vaccination. Les règles d’éligibilité et de transition de l’alliance sont publiques et permettent de suivre ce calendrier.








