Le règlement méthane de l’Union européenne (UE) entre dans sa phase décisive : à partir du 1er janvier 2027, les importateurs européens de pétrole et de gaz devront démontrer que leurs fournisseurs mesurent, déclarent et font vérifier leurs émissions de méthane selon des règles équivalentes à celles de l’UE. Le Nigeria et l’Algérie, deux des grands fournisseurs de l’Europe, ont demandé un moratoire en juin 2026 aux côtés des États-Unis et du Qatar. Selon l’Agence Ecofin, la France a demandé à son tour, le 18 septembre 2026, un report au 1er janvier 2028.
Règlement méthane : quatre paliers jusqu’en 2030
Le règlement (UE) 2024/1787 sur la réduction des émissions de méthane dans le secteur de l’énergie est en vigueur depuis le 4 août 2024. Ses obligations sur les importations montent en puissance par étapes, selon le texte et la Commission européenne :
- Depuis le 5 mai 2025 : les importateurs transmettent chaque année des informations sur l’origine et les pratiques de mesure et de réduction du méthane.
- 1er janvier 2027 : pour les contrats conclus ou renouvelés depuis le 4 août 2024, preuve que la production est soumise à un système de mesure, déclaration et vérification (MRV) équivalent aux exigences européennes.
- 5 août 2028 : déclaration de l’intensité méthane de la production importée.
- 5 août 2030 : respect de valeurs maximales d’intensité méthane pour les contrats conclus ou renouvelés après cette date.
L’obligation juridique pèse sur l’importateur européen, pas directement sur le producteur africain. Mais pour continuer à vendre, celui-ci doit fournir à son client les données dont il a besoin. Pour les contrats antérieurs au 4 août 2024, le texte prévoit surtout une obligation de « tous les efforts raisonnables ».
Pas d’embargo automatique, mais une pression commerciale
La Commission européenne précise que le non-respect du règlement n’entraîne pas une interdiction automatique de mise sur le marché : l’exécution repose sur des sanctions fixées par les États membres (amendes, astreintes). Le 20 juillet 2026, elle a publié deux recommandations, l’une proposant des clauses contractuelles modèles facultatives, l’autre des orientations sur l’application des sanctions.
Écrire que le gaz africain non conforme sera interdit en Europe dès 2027 serait donc inexact. En pratique, un importateur cherchera à réduire son exposition au risque, et la pression se transmettra aux fournisseurs. Pour le pétrole et le gaz, la Commission reconnaît aussi comme voie de conformité le standard OGMP 2.0 au niveau 5, avec vérification des données.
Le front de juin : Abuja et Alger avec Washington et Doha
Le 23 juin 2026, les ministres de l’Énergie de quatre fournisseurs de l’UE ont écrit à Bruxelles : l’Américain Chris Wright, secrétaire à l’Énergie, le Qatari Saad Al-Kaabi, le Nigérian Ekperikpe Ekpo et l’Algérien Mohamed Arkab. Ils réclamaient un moratoire, la protection des contrats existants et la suspension des sanctions, jugeant que « des éléments techniques essentiels du règlement demeurent absents, non définis ou peu clairs ». Selon eux, « la quasi-totalité des importations de pétrole et une part significative des importations de gaz » seraient non conformes en 2027.
Ces estimations viennent des industriels et des gouvernements concernés : le cabinet Wood Mackenzie juge, selon Le360 Afrique, que près de la moitié des importations gazières de l’UE pourraient avoir du mal à se conformer. Douze États membres ont demandé en juin des recommandations de mise en œuvre.
Pour l’Algérie, qui livre l’Espagne et l’Italie par gazoducs et par gaz naturel liquéfié (GNL), chaque exigence nouvelle touche directement la compétitivité de son gaz. Pour le Nigeria, exportateur de GNL, la difficulté tient à la traçabilité : un gaz issu de plusieurs champs, agrégé, liquéfié puis parfois revendu est plus difficile à attribuer à une origine précise.
Mesurer devient une condition d’accès au marché
Le changement de fond est que le méthane devient une donnée commerciale. Un producteur peut être performant sur le terrain et rester vulnérable s’il ne dispose ni d’instruments de mesure, ni de données par installation, ni de vérification indépendante. Le règlement prévoit en outre une base de données de transparence sur les pays producteurs, leurs réglementations et leurs émissions : les écarts entre fournisseurs deviendront visibles, donc négociables.
La contrainte peut aussi se financer en partie : une fuite de méthane est une fuite de produit vendable, et la Commission souligne qu’une part importante des mesures de réduction a un coût faible, voire nul une fois le gaz récupéré. Les projets gaziers en préparation ailleurs sur le continent, au Mozambique, au Sénégal, en Mauritanie ou en Tanzanie, ont intérêt à intégrer ces exigences dès leur conception.
Le report demandé par Paris n’est pas acquis. Pour les producteurs africains, le calendrier reste celui du texte : quatre ans avant les seuils de 2030, et quelques mois avant l’échéance de 2027.
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Sources
- Règlement (UE) 2024/1787 du 13 juin 2024 sur la réduction des émissions de méthane dans le secteur de l’énergie (articles 27 à 30).
- Commission européenne, questions-réponses sur les exigences applicables aux importations (2026) ; recommandations (UE) 2026/1834 et 2026/1835 du 20 juillet 2026.
- Agence Ecofin, « Pétrole et gaz : le nouveau défi du méthane pour les exportateurs africains vers l’Europe », 23 septembre 2026.
- Département américain de l’Énergie, communiqué du 25 juin 2026 (lettre du 23 juin 2026) ; El Watan, 25 juin 2026 ; TSA, 30 juin 2026.
- Agence Europe, 25 juin 2026 ; Le360 Afrique, 27 juin 2026 ; Financial Afrik, 30 juin 2026.