Sur les eurobonds, la Côte d’Ivoire garde une avance nette sur le Kenya : le 6 novembre 2026, le marché lui demandait 7,53 % sur dix ans en dollars, contre 9,67 % à Nairobi, soit 2,14 points d’écart selon les courbes du site spécialisé African Eurobonds. Cet écart s’accorde avec trois à quatre crans de différence chez les agences de notation. Mais contrairement à ce qu’a écrit une dépêche du 5 novembre, il ne se creusait pas en ce début de mois : il a reculé depuis le 26 octobre.
Eurobonds de la Côte d’Ivoire et du Kenya : ce que disent les chiffres
La dépêche, publiée par Africtelegraph, affirmait que la séance du 4 novembre avait actualisé l’avantage d’Abidjan. Elle ne donnait ni rendement ivoirien, ni écart, ni fournisseur de données. Or une comparaison sérieuse exige la même devise et la même durée. African Eurobonds publie justement chaque jour des courbes ajustées sur les prix de clôture de chaque émetteur, en dollars, ce qui permet de lire un rendement à durée identique.
- 12 octobre : Kenya 9,87 %, Côte d’Ivoire 7,88 %, écart de 1,99 point.
- 26 octobre : 10,34 % et 7,83 %, écart de 2,51 points.
- 3 novembre : 10,04 % et 7,61 %, écart de 2,43 points.
- 4 novembre : 9,75 % et 7,52 %, écart de 2,23 points.
- 6 novembre : 9,67 % et 7,53 %, écart de 2,14 points.
Les écarts sont calculés par NotreAfrik à partir des paramètres publiés par le site ; nos calculs reproduisent ses valeurs affichées pour le 2 novembre. La séance du 4 novembre a donc réduit l’écart, parce que le rendement kényan a baissé plus vite que l’ivoirien. L’écart s’était d’abord élargi à la mi-octobre, quand les titres kényans se sont dégradés.
Un signal à manier sans fausse précision
Ces rendements sont des sorties de modèle, pas des transactions, et le site le précise. Pour le Kenya, la courbe repose sur onze obligations, mais avec une erreur moyenne d’environ 43 points de base, contre 7 pour les six titres ivoiriens en dollars. Un écart de quelques dixièmes de point sur quelques jours ne prouve donc pas grand-chose.
La Banque centrale du Kenya (CBK, Central Bank of Kenya) permet de recouper le côté kényan. Son bulletin hebdomadaire du 23 octobre 2026 montre le titre kényan 2036 passer de 9,545 % le 9 octobre à 9,948 % le 22 octobre, une hausse comparable à celle de la courbe. Sur douze mois, son graphique suggère un mouvement plus long : l’écart entre une série ivoirienne et l’obligation kényane 2028, de quelques dixièmes de point fin 2025, approchait 1,5 point en octobre 2026. Il s’agit d’une lecture à l’œil, sur des maturités différentes, et elle s’arrête au 22 octobre.
Trois à quatre crans d’écart chez les agences
Les notations confirment la hiérarchie. Selon le portail officiel de l’économie ivoirienne, la Côte d’Ivoire est notée BB perspective stable par S&P Global Ratings, et Ba2 stable par Moody’s, confirmé le 13 mars 2026. Fitch Ratings l’a relevée à BB stable le 13 décembre 2025, puis a confirmé cette note le 12 juin 2026. Le Kenya reste plus bas : Moody’s l’a relevé de Caa1 à B3 stable le 27 janvier 2026, Fitch le note B- stable et S&P B stable.
L’écart atteint donc trois crans chez S&P et quatre chez Moody’s et Fitch. Nous n’avons trouvé aucune action de notation plus récente, sans pouvoir consulter directement les sites des agences. Rendement et note ne mesurent pas la même chose : l’un bouge chaque jour, l’autre exprime une opinion sur la solvabilité à intervalles réguliers.
Le GAFI a-t-il fait baisser le coût ivoirien ?
Le Groupe d’action financière (GAFI) a retiré la Côte d’Ivoire de sa liste grise le 30 octobre 2026, et beaucoup en attendent une dette moins chère. Les courbes ne permettent pas de le démontrer. Le rendement ivoirien à dix ans a perdu environ 10 points de base entre le 30 octobre et le 6 novembre, quand le kényan en perdait 37. Il avait surtout reculé avant la décision, entre le 26 et le 29 octobre, en même temps que celui du Kenya, ce qui évoque un mouvement de marché plus large.
Les émissions de février 2026 donnaient déjà la mesure. Abidjan a levé 1,3 milliard de dollars à 15 ans, pour un coût annoncé de 5,39 % en euros après couverture de change. Nairobi a placé 2,25 milliards de dollars avec des coupons de 7,875 % et 8,70 %, pour des rendements de 8,1 % et 8,95 % selon l’agence Ecofin. Ces chiffres ne se comparent pas directement, faute de même devise et de même durée, mais ils vont dans le même sens.
Qui paie l’écart ?
Deux points de plus, c’est une rémunération supplémentaire pour les créanciers, payée sur le budget de l’État emprunteur. L’enjeu est immédiat pour Nairobi : le ministère kényan des Finances prévoit jusqu’à 815 millions de dollars d’eurobond au deuxième trimestre de l’exercice 2026-2027, selon son plan de financement publié en août et rapporté par MSA Securities. Sur ce montant, 2,14 points représentent environ 17 millions de dollars d’intérêts par an, à titre d’ordre de grandeur et si l’écart se retrouvait tel quel à l’émission.
Le Kenya n’est pas pour autant en crise de paiement. La CBK affichait le 22 octobre 14,7 milliards de dollars de réserves, soit 5,9 mois d’importations, et une croissance de 5,1 % au deuxième trimestre. Les investisseurs regardent plutôt ses déficits, jugés sensibles aux conditions de financement par Moody’s en janvier, l’absence d’accord annoncé avec le Fonds monétaire international (FMI) depuis la fin du précédent programme, et le scrutin général d’août 2027. Rien, dans nos sources, ne relie toutefois la hausse d’octobre à un événement précis.
La Côte d’Ivoire, membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, profite d’un autre cadre monétaire, mais son avance reste réversible : elle tient à une date, une méthode et des taux mondiaux qui bougent. D’autres signatures de la région, comme l’eurobond gabonais à échéance 2034, rappellent que le marché révise vite ses prix. Le vrai test pour Abidjan sera de transformer cet écart en moindre charge d’intérêts dans le budget, et non en dette supplémentaire.