Côte d’Ivoire : hors liste grise du GAFI, pas de l’UE

Château de la Muette à Paris, siège de l'OCDE qui abrite le secrétariat du GAFI, auteur de la liste grise

La Côte d’Ivoire n’est plus sur la liste grise du GAFI. Le 30 octobre 2026, à l’issue de sa réunion plénière à Paris, le Groupe d’action financière l’a retirée de sa liste des juridictions sous surveillance renforcée, où elle figurait depuis octobre 2024. La décision allège un signal de risque qui pesait sur les banques et les transferts, mais elle ne retire pas le pays de la liste européenne des pays tiers à haut risque.

Quatre sorties de la liste grise du GAFI, aucune entrée

La plénière a retiré quatre juridictions de la surveillance renforcée : la Bulgarie, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo (RDC) et Monaco, selon la dépêche de l’Agence France-Presse et le résumé publié par le site spécialisé AML UAE. Aucun pays n’a été ajouté. La liste passe de 22 à 18 juridictions. En Afrique, l’Angola, le Cameroun, le Kenya et le Soudan du Sud y restent.

Pour la RDC, inscrite en octobre 2022, la sortie clôt quatre ans de suivi, un dossier où la Belgique avait apporté son appui. L’Algérie, inscrite en même temps que la Côte d’Ivoire en octobre 2024, avait quitté la liste dès la plénière de juin 2026, avec la Namibie.

L’inscription ivoirienne découlait de l’évaluation mutuelle menée par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), publiée en 2023. Le pays y est resté 24 mois. Le gouvernement s’était engagé au plus haut niveau politique, en octobre 2024, à corriger les lacunes relevées.

Six chantiers, une visite sur place

Le plan d’action convenu avec le GAFI portait sur six points, selon le résumé de la déclaration publique repris par AML UAE. Il fallait renforcer la coopération internationale dans les enquêtes et instaurer une supervision fondée sur les risques pour les banques et les professions non financières. Il fallait aussi rendre accessibles les informations sur les bénéficiaires effectifs des sociétés et mieux exploiter le renseignement financier de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF). Les deux derniers points visaient une hausse durable des enquêtes et des poursuites, et des sanctions financières ciblées plus solides.

Le calendrier s’est resserré en 2026. Le 19 juin, la plénière a jugé le plan « substantiellement achevé » et décidé d’une visite sur place. Le 9 septembre 2026, le porte-parole du gouvernement la disait réalisée « récemment », selon Connectionivoirienne ; ses dates exactes n’ont pas été publiées. Elle a confirmé, pour le GAFI, la réalité des progrès déclarés.

Les autorités ivoiriennes affirment que le nombre de recommandations du GAFI jugées conformes ou largement conformes est passé de 18 à 30 sur 40 depuis l’évaluation, selon La Nouvelle Tribune. Ce chiffre n’a pas été recoupé avec les rapports de suivi publiés. Le ministre des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a réagi le 30 octobre : « Cette sortie de la liste grise n’est pas une fin en soi », a-t-il déclaré à l’Agence ivoirienne de presse, appelant à « consolider les acquis ».

Ce que cela change pour les banques et les transferts

Le GAFI n’impose pas de vigilance renforcée envers les pays de sa liste grise. En pratique, beaucoup de banques étrangères ajoutent des contrôles sur les flux concernés : justificatifs supplémentaires, délais, relations de correspondance plus prudentes. C’est le même mécanisme que celui du label de personne politiquement exposée, qui freine les capitaux sans rien interdire. La sortie retire ce signal, mais aucune donnée publique ne mesure encore son effet sur les relations bancaires de la place d’Abidjan.

Qui capte la valeur ? D’abord les banques et les grandes entreprises, les mieux outillées pour fournir les documents de conformité. Rien n’oblige une banque à répercuter sur ses commissions une baisse de ses coûts de contrôle. Pour la diaspora, le critère concret reste le coût total d’un envoi, frais et marge de change compris. Aucune mesure postérieure au 30 octobre 2026 n’existe : toute baisse attribuée à la décision serait aujourd’hui une supposition.

La dette ivoirienne n’avait pas attendu

L’inscription n’a pas fermé l’accès aux marchés. Le 18 février 2026, en pleine surveillance renforcée, l’État a levé 1,3 milliard de dollars en euro-obligations à 15 ans. Le rendement atteignait 5,39 % en euros après couverture du risque de change, et le carnet d’ordres 6,3 milliards de dollars, selon Daba Finance. L’effet attendu de la sortie porte donc plutôt sur le prix de la dette que sur l’accès au financement.

Interrogé par Radio France Internationale (RFI), Séraphin Yao Prao, professeur titulaire d’économie, s’attend à un relèvement de la note souveraine. Aucune agence de notation n’avait annoncé de changement au 1er novembre 2026. Le Plan national de développement 2026-2030 vise à mobiliser 170 milliards d’euros, dont 70 % auprès du secteur privé, toujours selon RFI.

Bruxelles et les poursuites, les deux épreuves restantes

Le premier obstacle se trouve à Bruxelles. La Commission européenne a ajouté la Côte d’Ivoire à sa liste des pays tiers à haut risque par le règlement délégué (UE) 2025/1184, en vigueur depuis le 5 août 2025, comme NotreAfrik l’avait relevé lors de l’ajout de cinq pays africains. Tant qu’un nouvel acte ne l’en retire pas, les banques européennes doivent appliquer des mesures de vigilance renforcée aux opérations liées au pays. Aucun calendrier de révision n’a été annoncé.

Reste l’efficacité, cœur de la méthode du GAFI. Le procureur du Pôle pénal économique et financier (PPEF) faisait état début juin 2026 de plus de 1 000 dossiers de blanchiment ouverts, selon La Nouvelle Tribune. Mariame Ibrahim Touré, experte en lutte contre le blanchiment et ancienne membre du GIABA, évoque sur RFI plus de 2 millions d’euros d’amendes. Aucune statistique officielle consolidée sur les condamnations et les avoirs confisqués n’a été publiée : ce sont pourtant ces chiffres que le prochain cycle d’évaluation du GIABA examinera.

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