Mine d’or de Doropo : sept banques prêtent la moitié du coût

Usine de traitement de la mine d'Essakane au Burkina Faso, installation comparable à celle prévue pour la mine d'or de Doropo

Le 3 novembre 2026 à Abidjan, sept banques installées en Côte d’Ivoire ont signé avec le groupe australien Resolute Mining un crédit de 148 milliards de francs CFA, soit environ 260 millions de dollars, pour construire la mine d’or de Doropo, dans la région du Bounkani. La somme couvre environ la moitié d’un budget de 516 millions de dollars, mais ce n’est ni une première, ni un versement immédiat. Reste à savoir qui, de l’exploitant, de l’État ou des prêteurs, captera la valeur de cet or.

Mine d’or de Doropo : ce que sept banques ont signé

Selon le site financier Sikafinance, le groupe réunit la Banque nationale d’investissement (BNI), Bank of Africa (BOA), BGFI Bank, AFG Bank, NSIA Banque, Bridge Bank et la Banque de l’Union (BDU). Kouadio Douley Daniel, secrétaire général de la BNI, y représentait les prêteurs, et Karl Akueson, vice-président chargé de l’expansion, le groupe minier. Ni l’arrangeur ni la part de chaque banque ne sont précisés.

La formule « banques ivoiriennes » mérite une précision. La BNI est une banque publique ivoirienne, mais BOA et BGFI sont des filiales de groupes marocain et gabonais. Le crédit est signé à Abidjan ; cela ne dit pas où iront in fine les intérêts.

La signature n’a pas surpris les marchés. Dans son rapport du 30 juillet 2026, Resolute annonçait déjà 155 millions de dollars de lignes auprès de Bank of Africa, AFG, NSIA Banque et Bridge Bank, plus 105 millions attendus d’autres banques locales. Le 29 octobre, il faisait état de 260 millions de dollars en place. Aucun communiqué boursier propre à la cérémonie du 3 novembre n’a été retrouvé : les montants et les banques concordent, mais Resolute n’a pas écrit noir sur blanc que ces 260 millions sont les 148 milliards d’Abidjan.

148 milliards promis, environ 17 milliards tirés

Un crédit signé n’est pas de l’argent dépensé. Au 30 septembre 2026, 29 millions de dollars avaient été tirés, soit environ 17 milliards de francs CFA au taux implicite de l’opération. Le solde doit être mobilisé en 2026 et 2027, au rythme du chantier.

Quelque 315 millions de dollars, soit 61 % du budget, sont engagés par contrats ; 93 millions ont été dépensés sur les neuf premiers mois de 2026 ; 29 millions proviennent des lignes bancaires à fin septembre. Resolute prévoit de compléter par sa trésorerie et ses flux d’exploitation.

Le groupe décrit des conditions « attractives » : sûretés minimales et aucun engagement financier (covenant). C’est confortable pour l’emprunteur, moins pour des prêteurs exposés à une mine qui ne doit produire qu’en 2028. Le taux, la durée et les tranches ne sont pas publiés.

Le calendrier a d’ailleurs bougé : première coulée au premier semestre 2028 dans l’étude de décembre 2025, au second semestre dans le rapport du 30 juillet 2026, de nouveau au premier semestre fin octobre. Lors de la conférence aux investisseurs, selon la transcription publiée par Investing.com, le directeur général Chris Eger a aussi dit que le groupe devrait repenser le financement de ses activités si l’or retombait à 3 000 dollars l’once. C’est pourtant le cours central de son étude.

Un record, pas une première

L’idée d’un financement local inédit ne tient pas. Le 28 juillet 2023, la Société des Mines de Lafigué, détenue à 80 % par Endeavour Mining, avait signé un crédit syndiqué de 100,5 milliards de francs CFA arrangé par Ecobank Development Corporation, selon Orishas Finance. Abidjan.net parle d’ailleurs pour Doropo d’une « mobilisation record de capitaux domestiques », pas d’une première.

Sékou Sanogo, directeur général adjoint de NSIA Banque, y voit, selon Abidjan.net, une façon de contribuer « à ce que la valeur créée profite durablement à l’économie ivoirienne ». Mais un prêteur n’est pas un propriétaire : il touche des intérêts, pas la hausse de l’or. La filière ivoirienne cherche d’ailleurs à retenir d’autres maillons, comme le montrent les laboratoires d’analyses de l’or.

6 % ou 8 % : la redevance, premier test du partage

La part de l’État dépend d’abord du Code minier de 2014, qui lui réserve 10 % gratuits dans la société d’exploitation et jusqu’à 15 % supplémentaires payants. La répartition effective du capital de Doropo Gold Mine SA n’apparaît dans aucun document consulté, pas plus que la convention minière.

La redevance a changé. Selon l’agence Ecofin, l’annexe fiscale de la loi de finances 2025 a relevé le barème de deux points, jusqu’à 8 % au-dessus de 2 000 dollars l’once ; Reuters a rapporté le 16 décembre 2025 que des miniers payaient 8 %. Or l’étude de faisabilité de Resolute, datée du 15 décembre 2025, retient une provision de 6 % et annonce plus de 420 millions de dollars de redevances et de contributions sociales à 3 000 dollars l’once.

Ce montant correspond à environ 6,5 % d’un chiffre d’affaires théorique de 6,6 milliards de dollars (169 000 onces par an sur treize ans), selon notre calcul. Si 8 % s’appliquaient, l’écart serait de l’ordre de 130 millions de dollars sur la vie de la mine, à cours constant. Les documents consultés ne disent pas quel taux paiera Doropo.

Qui capte la valeur de l’or de Doropo ?

En l’état des documents publics, le partage se lit ainsi, et il reste incomplet :

  • L’exploitant et ses actionnaires : l’étude affiche une valeur actuelle nette après impôt de 1,46 milliard de dollars à 3 000 dollars l’once, et d’environ 2,8 milliards à 4 200 dollars, sur la base de 100 % du projet.
  • Les banques : des intérêts à un taux non publié, sur une dette en cours de tirage.
  • L’État : redevance, impôts et, s’ils sont confirmés, ses 10 %.
  • Le Bounkani : plus de 1 500 travailleurs attendus au pic du chantier, puis plus de 400 emplois permanents, selon Resolute. Ce sont des projections, pas des postes créés.

Le crédit d’Abidjan montre que la place sait porter un grand ticket minier. Il ne dit pas encore combien de valeur restera au pays : comme pour les barils de Sèmè au Bénin, la réponse se trouve dans des contrats. Trois données trancheraient : le capital de la société d’exploitation, le taux de redevance appliqué et le coût du crédit.

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