Atiku Abubakar figurait toujours, le 6 novembre 2026, sur le portail des candidats de la commission électorale nigériane, au lendemain du jugement qui a annulé sa désignation par l’African Democratic Congress (ADC), selon la presse locale. La décision, rendue par la Federal High Court (Haute Cour fédérale) d’Abuja, est de première instance : l’ADC dit en avoir fait appel et demande sa suspension. D’après les comptes rendus publiés, elle tranche un litige sur la direction du parti, et non l’éligibilité personnelle de l’ancien vice-président, à dix semaines de la présidentielle du 16 janvier 2027.
Atiku Abubakar est-il encore candidat ?
Son nom n’avait pas été retiré le 6 novembre. Ce jour-là, Mohammed Kudu Haruna, commissaire national de l’Independent National Electoral Commission (INEC, la commission électorale), a déclaré à Daily Trust que l’institution n’avait pas reçu la copie certifiée du jugement et n’en avait pas délibéré. Obtenir une telle copie prend en général environ une semaine, a-t-il précisé. Le même jour, Daily Trust constatait que les noms d’Atiku Abubakar et de son colistier Rotimi Amaechi restaient sur le portail.
Cette présence ne vaut pas confirmation. L’INEC avait publié le 12 septembre 2026 sa liste définitive de 18 candidats, selon Nairametrics, et rien n’indique encore ce qu’elle fera du jugement. Selon Premium Times, le juge lui a enjoint de ne pas reconnaître les décisions de la réunion du comité exécutif national du 27 juillet 2025 ni les actes qui ont suivi, investitures comprises.
Un litige sur la direction de l’ADC, pas sur l’éligibilité du candidat
Le demandeur est Nafiu Bala Gombe, ancien vice-président national du parti pour le Nord-Est selon Premium Times. Il soutenait qu’après la démission de l’ancien président du parti Ralph Nwosu, la direction lui revenait, et, d’après Reuters, que les dirigeants en place n’avaient pas été élus par une convention nationale.
Selon Premium Times, le juge Peter Lifu a accueilli ses prétentions et fait droit à ses demandes. Le comité intérimaire conduit par l’ancien président du Sénat David Mark, qui a organisé la primaire présidentielle, est déclaré illégal, et Rauf Aregbesola perd le secrétariat national. La désignation d’Atiku Abubakar est annulée, comme, d’après le même média, celle de tous les candidats soumis par le parti à l’INEC pour 2027.
Le texte du jugement n’a pas été publié : tout ce qui précède vient de comptes rendus de presse, pas du document. Aucun compte rendu consulté ne met en cause ses qualifications personnelles ni ne mentionne de candidat de remplacement.
Appel annoncé comme déposé, suspension en attente
Phrank Shaibu, directeur de la communication stratégique du conseil de campagne présidentielle de l’ADC, a affirmé le 6 novembre que le parti avait fait appel, demandé un sursis à exécution et notifié l’INEC, selon Daily Trust et Blueprint. « La demande de sursis n’a pas encore été tranchée », écrit-il. Ce dépôt n’est affirmé que par le camp d’Atiku Abubakar : ni acte ni numéro de dossier n’a été retrouvé. Premium Times relevait qu’aucune ordonnance de suspension n’avait pu être vérifiée.
Les juristes sont divisés, et tous n’ont pas lu le jugement. Pour Realwan Okpanachi, membre de l’équipe juridique de l’ADC, « leurs investitures sont intactes », a-t-il dit à BusinessDay. L’avocat Abdul Gobir, qui dit ne pas avoir vu le jugement, estime que, si les comptes rendus sont exacts, les candidats ne peuvent plus être tenus pour régulièrement investis, mais que ce jugement « ne peut pas tenir » s’il défait une décision antérieure favorable à David Mark. À l’inverse, Lukman Fagbemi, conseil du demandeur, soutient que les actes de l’ADC depuis le 27 juillet 2025 sont annulés, selon Premium Times.
Un autre avocat, S.O. Yahaya, conteste qu’un tribunal puisse défaire la décision d’un juge de même rang, en l’occurrence celle que Musa Liman aurait rendue le 2 juillet 2026 en faveur de la direction contestée. Selon Premium Times, le camp de David Mark interroge lui aussi le rapport entre les deux décisions, celle de Musa Liman relevant d’une « affaire de direction distincte ». Ce jugement n’a pas pu être consulté.
Reste le calendrier : pour les litiges préélectoraux, l’article 285 de la Constitution prévoit 14 jours pour faire appel et 60 jours pour juger l’appel. Son application à ce conflit de direction n’est pas établie, alors que 72 jours séparent le jugement du scrutin.
Le précédent de juillet, à lire avec prudence
Le 15 juin 2026, le même juge avait ordonné à l’INEC de radier l’ADC et quatre autres partis, dans une affaire distincte. La Cour d’appel a annulé cette décision à l’unanimité le 28 juillet 2026, selon l’International Centre for Investigative Reporting (ICIR). Elle a jugé que l’auteur de cette action, le National Forum of Former Legislators, n’avait pas la personnalité juridique, et a reproché au juge d’avoir poursuivi malgré une ordonnance du 22 mai suspendant la procédure.
Ce précédent ne dit rien de l’issue du nouvel appel : le demandeur et le fond ne sont pas les mêmes. Sur le conflit de direction lui-même, la Cour suprême avait renvoyé les parties devant la Haute Cour le 30 avril 2026 sans désigner le dirigeant légitime, selon Peoples Gazette.
Une campagne qui se joue aussi au tribunal
Dans une déclaration publiée le 6 novembre depuis Sokoto, Atiku Abubakar a affirmé : « Je suis dans cette course. Je ne vais nulle part. » Il accuse le gouvernement de Bola Tinubu d’utiliser les tribunaux contre l’opposition : « Bola ne peut pas utiliser les tribunaux pour échapper au jugement des Nigérians dans les urnes. » Selon Premium Times, cette déclaration n’apporte aucune preuve reliant l’administration à l’affaire.
Le pouvoir dément. Felix Morka, secrétaire national à l’information de l’All Progressives Congress (APC, parti au pouvoir), assure que l’APC n’est « ni partie ni interlocuteur » dans cette affaire. Aucun élément consulté n’établit une intervention du pouvoir dans la procédure.
Selon Africanews, un scrutin sans Atiku Abubakar ne compterait aucun grand candidat originaire du Nord, alors que Peter Obi, l’autre figure de l’opposition, se présente sous les couleurs du Nigeria Democratic Congress (NDC). Les électeurs ont surtout besoin de documents : le jugement écrit, la décision sur le sursis, l’arrêt d’appel et la position de l’INEC. Ce sont ces pièces, pas les accusations croisées, qui diront qui figure sur le bulletin.