L’Export-Import Bank des États-Unis a approuvé le 11 septembre 2026 un prêt direct de 99,6 millions de dollars à Africell, pour équiper son réseau angolais. Washington présente l’opération comme une pièce de sa stratégie pour écarter Huawei des réseaux africains — le groupe chinois fournit 52 % des infrastructures 5G du continent selon Counterpoint Research. Mais le prêt finance des équipements « américains et européens », et pour une raison simple : il n’existe plus de grand équipementier américain de réseaux d’accès mobile.
Ce que finance réellement le prêt
Il s’agit d’un prêt direct de l’EXIM, l’agence de crédit à l’exportation du gouvernement fédéral, destiné à financer l’achat par un client étranger de biens américains : ici des équipements de réseau mobile de dernière génération et, selon la couverture de l’opération, des matériels HP, Nokia, Dell et Oracle comparables à ceux déjà déployés dans le centre de données d’Africell en Angola.
L’opérateur a confirmé le 14 septembre que les fonds iraient spécifiquement au réseau angolais, où il est entré en 2022 après avoir remporté la quatrième licence du pays, et où il revendique une part de marché significative face à Unitel, l’opérateur dominant. Certaines reprises ont rattaché le prêt à la RDC : Africell n’a cité sa croissance congolaise que comme contexte.
Une précision s’impose sur l’identité de l’entreprise, souvent présentée comme « le seul opérateur détenu par des intérêts américains en Afrique ». La formule renvoie au domicile juridique de la holding. Le fondateur et PDG, Ziad Dalloul, est libanais ; le siège opérationnel est à Londres ; la maison mère est Lintel Holdings. Ce n’est pas un opérateur américain au sens courant du terme.
Africell, l’Angola et le corridor de Lobito
Ce que le communiqué de l’EXIM ajoute, et que la couverture a peu relevé, c’est l’ancrage géographique de l’opération. Le prêt s’inscrit dans un effort commercial américain plus large portant sur l’électricité, les transports et les communications en Angola et dans les pays voisins — un ensemble doté de plus de cinq milliards de dollars d’engagements sur le corridor de Lobito.
Ce chemin de fer relie le port angolais à la ceinture cuprifère congolaise et zambienne. C’est par lui que transitent désormais le cuivre et le cobalt achetés par Trafigura et Mercuria. Africell a d’ailleurs coproduit en 2025, avec le soutien du département d’État, un documentaire intitulé Lobito Bound.
Autrement dit : la connectivité le long du corridor est pensée comme une composante d’infrastructure du dispositif minier américain en Afrique centrale. Ce n’est pas un dossier télécoms isolé.
Ce n’est pas non plus le premier soutien public américain à l’opérateur : en 2018, l’Overseas Private Investment Corporation, devenue depuis la DFC, lui avait déjà prêté 100 millions de dollars.
Trois ordres de grandeur qui ramènent l’opération à sa taille
Le marché. Huawei et ZTE ont fourni plus de la moitié des équipements 4G et 5G du continent, sur des réseaux dont le renouvellement se chiffre en dizaines de milliards de dollars. 99,6 millions équipent un réseau national de taille moyenne, pas un continent.
L’industrie. Il n’existe plus de grand équipementier américain de réseaux d’accès mobile. Les alternatives à Huawei et ZTE s’appellent Nokia, Ericsson ou Samsung — finlandaise, suédoise, coréenne. Un prêt d’export-crédit américain qui autorise l’achat « américain et européen » financera donc vraisemblablement des antennes européennes et des serveurs américains. La technologie américaine vantée se trouve surtout dans le cœur de réseau, le cloud et la sécurité.
L’opérateur. Africell est un acteur de niche : quatre marchés, dont deux petits — Gambie et Sierra Leone —, une sortie d’Ouganda en 2021, et une position de challenger en Angola comme en RDC. Les décomptes divergent d’ailleurs sur sa taille : environ 15 millions de clients selon Reuters, plus de 16 selon d’autres sources ; de 1 500 à 10 000 employés selon que l’on compte ou non la sous-traitance.
Un signal, pas une offensive
L’intérêt de l’opération est donc moins industriel que démonstratif : montrer qu’un opérateur peut construire un réseau africain sans Huawei, et le faire précisément là où les États-Unis ont des intérêts miniers.
Pendant ce temps, Huawei signe en Guinée équatoriale avec GETESA, étend son partenariat avec Ethio Telecom à l’intelligence artificielle, au cloud et à la cybersécurité, et vend au Malawi des stations solaires compactes pour les zones rurales. Le groupe, sous sanctions américaines depuis 2019, est accusé par Washington de pouvoir faciliter l’espionnage — accusation qu’il rejette. L’ambassade de Chine à Washington répond que les investissements chinois « ont contribué à la croissance africaine ».
La concurrence s’est déplacée des antennes vers les données. Sur ce terrain, un prêt de 100 millions de dollars est un signal, pas une offensive.
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