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Safaricom Kenya : la Haute Cour annule la vente de 15 %

Un agent M-Pesa à Nairobi, la plateforme de paiement mobile de Safaricom au Kenya

Onze semaines après sa clôture, la plus grosse privatisation de l’histoire du Kenya est déclarée « invalide, nulle et non avenue ». Le mardi 15 septembre 2026, une formation de trois juges de la Haute Cour de Nairobi a jugé inconstitutionnelle la cession par l’État de 15 % de Safaricom — 6 009 814 200 actions à 34 shillings — à Vodafone Kenya, filiale du sud-africain Vodacom, pour 204,3 milliards de shillings, environ 1,58 milliard de dollars. La Cour ordonne la restitution des titres. Le Trésor, qui avait encaissé 244,5 milliards en comptant une avance sur dividendes, pourrait devoir les rendre.

Ce que la Haute Cour reproche à la vente

Saisie début 2026 par plusieurs requérants, dont le journaliste Tony Gachoka et le professeur Fredrick Ogola, la division constitutionnelle et des droits humains a estimé que « les requérants ont prouvé, selon la balance des probabilités, que la cession en question a été entreprise et conclue en violation de la Constitution et de la loi ».

Trois griefs fondent la décision.

L’absence de participation publique. Les consultations tenues n’atteignaient pas le standard constitutionnel : il n’y a pas eu, selon la Cour, de participation « raisonnable, significative et effective ».

La dissimulation. Des documents essentiels et la structure réelle de l’opération ont été tenus à l’écart du public, du Cabinet et du Parlement. Les archives montrent qu’un accord d’achat d’actions à 34 shillings et un accord distinct de cession de droits à dividendes avaient été signés dès le 3 décembre 2025 avec Vodafone Group — avant l’achèvement des procédures d’approbation politique et parlementaire.

La présentation trompeuse. La Cour parle d’une « obscurité inexpliquée » sur l’identité de l’acquéreur et la nature de la transaction, qui a rendu impossible une évaluation objective par le Cabinet.

Une précision de vocabulaire, car l’erreur circule dans plusieurs reprises : la Cour a retenu la balance des probabilités, standard de la procédure civile, et non la preuve « au-delà de tout doute raisonnable », qui est le standard pénal.

Le montage que le jugement suspend

Vodacom avait annoncé les 4 et 5 décembre 2025 l’acquisition d’une participation effective supplémentaire de 20 % dans Safaricom : 15 % rachetés à l’État kényan, 5 % acquis auprès de Vodafone International Holdings.

Le volet public a été approuvé par le Parlement, puis contesté par plusieurs recours constitutionnels. La Haute Cour avait ordonné des mesures conservatoires en mai 2026, levées par la Cour d’appel le 26 juin — ce qui a permis la clôture le 30 juin par un bloc unique de 6 009 814 200 actions à la Bourse de Nairobi. Le même jour, l’État cédait pour 40,2 milliards de shillings une avance sur les dividendes des 20 % qu’il conservait.

Résultat : Vodafone Kenya passait de 40 % à 55 % de Safaricom, l’État de 35 % à 20 %, le flottant restant à 25 %. Vodacom a consolidé Safaricom dans ses comptes et, le 27 juillet, relevé ses objectifs de croissance à moyen terme et sa politique de distribution, portée à au moins 65 % du résultat.

Deux chiffres circulent et ne désignent pas la même chose : 204,3 milliards de shillings correspondent aux seules actions ; 244,5 milliards ajoutent l’avance sur dividendes. Les « 2,1 milliards de dollars » que citent certains médias renvoient au montage global annoncé en décembre 2025, qui incluait les 5 % rachetés à Vodafone.

Pourquoi Safaricom n’est pas un actif ordinaire

Première capitalisation du Kenya, plus de 62 millions de clients, environ 65 % de part de marché, une marge d’excédent brut d’exploitation de 57,3 % au semestre clos fin septembre 2025.

Et surtout M-Pesa, la plateforme de paiement mobile qui traite plus de 100 millions de transactions par jour et par laquelle passe une part majeure de l’économie kényane. C’est ce caractère stratégique qu’invoquaient les requérants : céder le contrôle d’une telle infrastructure sans débat public, soutenaient-ils, n’est pas une opération patrimoniale ordinaire.

Un choc budgétaire différé

Pour le Trésor, la difficulté est d’abord comptable. Les 244,5 milliards de shillings avaient été inscrits comme recettes de privatisation, destinés à financer des dépenses d’infrastructures dans un contexte de dette publique très élevée et de programme avec le Fonds monétaire international. Ils ont, pour l’essentiel, été dépensés ou engagés.

Si l’annulation est confirmée, l’État devra restituer le produit de la vente à Vodacom — qui récupérerait ses fonds mais perdrait le contrôle majoritaire — ou négocier une régularisation. La Cour ne se prononce pas, dans les extraits publiés, sur le sort des sommes versées : c’est la question qui dominera l’appel.

Vodacom a annoncé faire appel et demandé un sursis à exécution. Le coup porte aussi au programme kényan de privatisations, dont cette opération était la vitrine.

Un point que nous n’avons pas pu trancher : la composition exacte de la formation. Les deux premiers juges, Francis Gikonyo et Roseline Aburili, sont concordants d’une source à l’autre ; la troisième est nommée Tabitha Wanyama par certains médias, Tabitha Ouya par d’autres. Nous n’avons pas eu accès au jugement pour arbitrer.

À lire également : Dette publique Sénégal : 25 583 milliards, 128,6 % du PIB.

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