L’interdiction de l’orpaillage à Siguiri, dans le nord-est de la Guinée, s’est accompagnée depuis la fin octobre 2026 du départ de milliers de travailleurs, surtout burkinabè selon des autorités maliennes, vers le Mali. Le Burkina Faso, dont l’agence d’État parle de ressortissants « expulsés », fait état de blessés, « parfois » par balles ; Conakry, dont aucune réponse directe à cette accusation n’a été retrouvée au 7 novembre, avait annoncé le 2 novembre une mesure environnementale exposant les contrevenants aux rigueurs de la loi, « quelle que soit leur nationalité », et des opérations dans le « strict respect des droits humains ». Aucun bilan consolidé n’existe, et les chiffres en circulation ne mesurent pas la même chose.
Ce que Conakry a décidé à Siguiri
Le 2 novembre 2026, cinq ministres ont signé un communiqué conjoint annonçant une « interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or » dans la région administrative de Siguiri. Le texte invoque la destruction des terres agricoles et la pollution de cours d’eau, dont le fleuve Niger et le Tinkisso. Il prévoit un déploiement permanent des forces de sécurité et un contrôle de l’identité et du séjour sur les sites.
Les étrangers en situation irrégulière, ajoute-t-il, « feront l’objet de procédures prévues par la loi » ; le mot « expulsion » n’y figure pas. L’administration locale est aussi visée : 22 responsables ont été radiés par décret le 3 novembre, selon Guinee360, et près de 480 présidents de district et chefs de quartier démis, selon Ouestaf News.
Orpaillage à Siguiri : combien de personnes sont parties ?
On l’ignore. Ni la Guinée, ni l’Organisation internationale pour les migrations, ni le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés n’ont publié de total, à notre connaissance. Voici ce qui existe au 7 novembre 2026.
- Plus de 40 000 personnes recensées à Kourémalé, localité frontalière du Mali, selon la Primature malienne, le 5 novembre, qui parle de « véritable catastrophe humanitaire ». La méthode de comptage n’est pas publiée. L’AMAP écrit pour sa part « plus de 40.000 Burkinabè », sans citer de source.
- Plus de 8 000 personnes enregistrées au même endroit au 2 novembre, selon le maire de Benkadi, Mamby Keïta, cité par Madar.
- Plus de 7 000 personnes concernées par le retour au Burkina Faso, selon le Conseil régional de secours d’urgence du Kadiogo, d’après Minute.bf.
- 3 533 personnes recensées au 5 novembre à Koloko et Bobo-Dioulasso, dont 896 enfants, selon Lefaso.net.
- 3 400 personnes arrivées à Bobo-Dioulasso en 48 cars le 6 novembre vers 21 heures, selon L’Observateur Paalga. Ce chiffre, le plus récent, décrit un convoi, pas un bilan.
Ces nombres ne s’additionnent pas : lieux, dates et nationalités diffèrent. Guinee360 reprend par ailleurs une estimation d’environ 45 000 Burkinabè vivant en Guinée. Studio Tamani a signalé plus de 450 orpailleurs burkinabè et maliens arrivés à Yanfolila le 4 novembre ; ni cette radio ni l’Agence malienne de presse (AMAP) ne nomment le site guinéen qu’ils ont quitté.
Refoulés, expulsés ou partis : la dispute des mots
L’AMAP et l’Agence d’information du Burkina, média d’État, écrivent « expulsés » ; la Primature malienne parle de personnes refoulées. Dans les textes et comptes rendus consultés, Conakry n’emploie aucun de ces termes, et aucune décision d’éloignement n’a été rendue publique à notre connaissance. Les autorités guinéennes ont en revanche interpellé des milliers d’orpailleurs de différentes nationalités, selon l’Agence France-Presse (AFP), sans que la date de ces interpellations soit précisée. Des personnes ont pu partir parce que leur travail disparaissait, par crainte des contrôles ou sous la contrainte : la part de chaque cas n’est pas établie.
Dieudonné Francis Thienobego, président des ressortissants burkinabè en Haute-Guinée, a déclaré à Laguinee.info, le 6 novembre, que la mesure ne visait pas une nationalité et que « même les nationaux ne sont pas épargnés », tout en souhaitant une opération menée « dans le respect des droits humains, de la dignité des personnes et des procédures légales ».
Le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a défendu cette ligne devant les diplomates, le 5 novembre. Il a cité 409 Burkinabè interpellés et remis à leur représentation diplomatique, chiffre que Guinee360 rattache à une vague d’opérations antérieure. « La protection de l’environnement ne peut être sacrifiée au nom de la fraternité africaine », a-t-il dit, selon l’Agence France-Presse (AFP). Les comptes rendus consultés ne rapportent de sa part aucune réponse sur les blessés par balles.
Des accusations graves, aucun bilan indépendant
Le 4 novembre à Bamako, le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, a évoqué « des blessés, parfois des blessés par balles » et jugé que cela laissait penser à des « traitements cruels, inhumains et dégradants », selon Burkina24. Ni le Mali ni le Burkina Faso n’avaient été prévenus, a-t-il ajouté. Le maire de Benkadi a mentionné du gaz lacrymogène et des personnes emprisonnées, selon Madar. L’AMAP écrit que certains blessés soignés à Kourémalé « ont été atteints par des balles réelles », sans dire qui a tiré. Aucune vérification indépendante de ces affirmations n’a été publiée à notre connaissance.
Le bilan humain reste incertain. L’AMAP écrit qu’au moins quatre personnes ont perdu la vie, fait état d’une centaine de malades et rapporte qu’un conseiller de l’ambassade du Burkina Faso au Mali avance neuf morts, sans confirmer ce chiffre. Elle n’indique ni la cause ni les circonstances de ces décès, et ne les impute à personne.
Dès le 2 novembre, le communiqué guinéen assurait que « toutes les dispositions sont prises pour assurer la libre circulation des personnes et de leurs biens » et dénonçait des images « subversives » sur les réseaux sociaux. La ministre de la Famille et de la Solidarité, Pélagie Kaboré, a appelé « au calme et à la retenue », selon Minute.bf.
L’or de Siguiri, une question qui dépasse les orpailleurs
Le cadre régional a changé : le Burkina Faso et le Mali ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le 29 janvier 2025. Sa Commission a alors demandé de maintenir, « jusqu’à nouvel ordre », leur droit de circulation, de résidence et d’établissement sans visa. Nous n’avons pas retrouvé de texte modifiant ce régime, alors que les négociations avec la Confédération des États du Sahel ont été ouvertes en octobre. Aucune source consultée ne dit si ce régime s’applique aux personnes visées par la mesure guinéenne.
Le communiqué réserve l’achat et la vente de l’or de la région aux comptoirs agréés. Aucune donnée publique retrouvée ne chiffre ce que pesait l’orpaillage de Siguiri, alors que la petite mine pèse lourd ailleurs sur le continent.
La réunion malienne du 5 novembre a recommandé de se renseigner auprès de Conakry « pour comprendre ce qui s’est passé », selon Madar, sans qu’un échange soit rapporté à ce jour. Sans décompte partagé ni enquête sur les violences alléguées, chaque capitale gardera ses chiffres et ses mots.








