Au Cameroun, le prix du carburant ne bouge pas, mais sa facture publique grimpe : le ministre des Finances a chiffré à 57 milliards de francs CFA (FCFA) le soutien de septembre 2026. Avec un gasoil importé à 984 FCFA le litre, la rédaction estime la charge de novembre entre 54 et 87 milliards, hypothèses à l’appui. À ce rythme, l’enveloppe prévue pour 2026 ne couvre que quelques mois, et la différence retombe sur le budget.
Ce que mesure la ligne de 439,83 FCFA
Selon la structure des prix de novembre 2026 de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), détaillée par Investir au Cameroun, le coût d’importation du gasoil atteint 984,46 FCFA le litre pour un prix à la pompe de 828 FCFA à Douala. La ligne « soutien/remboursement État » s’établit à 439,83 FCFA. Elle est de 204,98 FCFA pour le super et de 722,34 FCFA pour le pétrole lampant.
Cette ligne est un ajustement de la formule tarifaire, pas une dépense décaissée : le média précise que ces montants unitaires ne permettent pas de déterminer ce que supportent réellement les finances publiques. Elle n’est pas non plus l’écart entre 984 et 828 FCFA, soit 156,46 FCFA, car le prix final intègre ensuite prélèvements et distribution.
Elle joue en revanche le rôle de variable d’ajustement. De juillet à novembre 2026, le coût d’importation et la ligne de soutien ont augmenté exactement du même montant, 330,61 FCFA le litre. Toute la hausse s’est logée dans cette ligne.
57 milliards en septembre, 48 en moyenne : les seuls chiffres officiels
Dans un entretien à Investir au Cameroun publié le 14 octobre 2026, Louis Paul Motaze, ministre des Finances, a donné deux repères. Le soutien a coûté 57 milliards de FCFA en septembre : « Je parle d’un seul mois, pas de l’année ». Il a ajouté que ce n’était pas 57 milliards chaque mois, en évoquant une moyenne de 48 milliards. Il n’a précisé ni la période, ni le cumul, ni les montants réellement payés.
Pour novembre, aucun chiffre public n’existe. Le calcul suivant est une estimation de la rédaction, sur les derniers volumes par produit retrouvés, ceux de 2020 dans l’annuaire du ministère de l’Eau et de l’Énergie : 940 329 mètres cubes de gasoil, 711 404 de super et 116 291 de pétrole lampant.
- Hypothèse basse : ces volumes, ramenés à un mois et multipliés par les lignes de novembre, donnent environ 54 milliards de FCFA.
- Hypothèse haute : le même calcul sur les lignes de septembre donne environ 35 milliards, contre 57 annoncés par le ministre. En conservant pour novembre cet écart inexpliqué de 62 %, on arrive vers 87 milliards.
Cet écart peut tenir à la consommation, à des réexportations, à d’autres produits ou à des arriérés. Rien n’est établi : la fourchette reste théorique sans volumes récents.
Prix du carburant : une enveloppe déjà trop courte
La loi de finances 2026 reposait sur un baril à 65,88 dollars et ne comporte, dans son exposé des motifs, aucune ligne explicite pour le soutien aux carburants.
Le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029, en juillet 2026, retient 310 milliards de subventions énergétiques pour 2026, électricité comprise. Selon EcoMatin, la part des carburants est de 253,74 milliards, avec un baril désormais attendu à 82 dollars.
Le calcul est simple : 253,74 milliards représentent environ cinq mois de soutien à 48 milliards, quatre mois et demi à 57 milliards, et moins de trois mois à 87 milliards. Le cumul depuis janvier n’est pas publié. Le Fonds monétaire international (FMI) situait ce coût à environ 4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2022, à moins de 1 % en 2024, et jugeait la subvention nulle de fait en 2025.
Qui paie la différence ?
Le budget d’abord, et l’emprunt avec lui. Selon EcoMatin, l’État comptait en juillet 2026 solliciter 253,7 milliards de FCFA auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement,, sans confirmation trouvée que ces fonds ont été obtenus. Le FMI, après sa mission de septembre 2026, attend une dégradation du déficit au-delà des 2,1 % du PIB de 2025.
Les importateurs peuvent aussi porter une part du coût, le temps d’être remboursés. Le rapport du FMI de mars 2026 mentionne des réformes visant à éliminer à la fois les arriérés qui leur sont dus et leurs gains exceptionnels, sans chiffrer ni les uns ni les autres.
L’automobiliste, enfin, paie encore des prélèvements dans ses 828 FCFA : 65 FCFA de taxe spéciale sur les produits pétroliers et trois autres lignes fixes, soit 189,88 FCFA au total. Le coût net pour le Trésor est donc inférieur au coût brut, sans qu’on sache de combien.
Qui en profite vraiment ?
Nous n’avons trouvé aucune étude récente ventilant le bénéfice entre ménages, transporteurs et entreprises. Un gros acheteur de gasoil reçoit un avantage direct ; un ménage sans véhicule n’en voit la trace que si les tarifs de transport restent contenus. Devant le FMI, les autorités ont fait valoir que des prix volatils pèseraient jusqu’aux classes moyennes.
Une part peut aussi sortir du pays. Selon le régulateur tchadien, relayé par Défis Actuels, le Cameroun a fourni plus de 60 % des approvisionnements de N’Djamena en juillet 2026, soit 13 millions de litres. Rien n’établit à quel prix ces volumes ont été cédés, ni qu’ils sortent du cadre légal.
Ce que décidera le budget 2027
Les prix n’ont pas changé depuis le 3 février 2024. Pour absorber la seule ligne de novembre, le gasoil devrait passer de 828 à environ 1 268 FCFA, soit 53 % de hausse (calcul de la rédaction). Le ministre n’a rien décidé, mais ne ferme pas la porte : « Je ne peux pas jurer que nous ne le ferons jamais. »
La Banque des États de l’Afrique centrale attend 3 388,3 milliards de FCFA de subventions et transferts dans sa zone en 2026, sans ventilation par pays. Quant à l’accord Sonara-Dangote, son prix n’étant pas public, il ne permet de chiffrer aucun allègement.
Le FMI, dont le conseil d’administration doit examiner le dossier camerounais en décembre 2026, défend un mécanisme d’ajustement automatique des prix. Le projet de loi de finances 2027 dira si Yaoundé choisit la pompe ou l’emprunt.