Les recettes fiscales du Sénégal ont atteint 2 865,5 milliards de francs CFA (FCFA) sur les sept premiers mois de 2026, soit 414,7 milliards de plus qu’à fin juillet 2025 (+16,9 %), selon le point mensuel de conjoncture de juillet 2026 de la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE). Ce n’est pas une hausse d’impôts votée pour 2026, contrairement à ce qui a circulé le 27 octobre 2026 : c’est un constat d’encaissement. Et il coexiste avec un objectif annuel que le budget rectificatif vient d’abaisser de 453,3 milliards.
Ce que mesure le chiffre de 414,7 milliards
Le chiffre compare deux périodes réalisées : janvier-juillet 2026 contre janvier-juillet 2025. La DPEE, rattachée au ministère chargé des Finances, l’attribue à « la bonne tenue des recouvrements », et non à de nouveaux taux. Ses ressources globales, provisoires, s’élèvent à 3 043,0 milliards (+17,1 %), dont 139,8 milliards de recettes non fiscales et 37,8 milliards de dons.
Révélées par le quotidien Libération et reprises par PressAfrik le 27 octobre 2026, ces données ont été présentées ailleurs comme « 414,7 milliards d’impôts en plus pour 2026 », lecture que la DPEE ne permet pas.
Qui paie : salariés, entreprises, consommateurs
Quatre impôts portent l’essentiel de la hausse, selon la DPEE :
- l’impôt sur le revenu des personnes physiques : 548,5 milliards (+28,9 %, soit +123,0 milliards) ;
- l’impôt sur les sociétés (IS) : 650,5 milliards (+15,8 %, soit +88,8 milliards) ;
- la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) intérieure : 343,1 milliards (+25,7 %, soit +70,2 milliards) ;
- les impôts sur le commerce extérieur : 332,6 milliards (+14,6 %, soit +42,6 milliards).
Ces quatre lignes expliquent environ 325 milliards des 414,7 milliards supplémentaires (calcul de la rédaction). Les recettes des nouvelles mesures du Plan de redressement économique et social (PRES) sont comptées pour 155,7 milliards à fin juillet. Deux postes reculent : le fonds de sécurisation des importations de produits pétroliers (FSIPP), à 47,6 milliards (-30,9 %), et les dividendes versés à l’État, à 32,2 milliards (-62,0 %).
Pour les ménages, la progression de l’impôt sur le revenu et de la TVA intérieure est le signal le plus direct. Dans une économie dont la croissance est désormais prévue à 2,7 % pour 2026, de tels rythmes traduisent surtout un recouvrement plus serré et une assiette élargie, plus qu’un surcroît d’activité. La part exacte de chacun de ces effets n’est pas publiée.
Recettes fiscales du Sénégal : un objectif annuel abaissé
L’apparente contradiction se lève avec un second document officiel. L’annexe « Voies et moyens » du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, publiée par la Direction générale du Budget, ramène les recettes fiscales attendues de 5 384,80 milliards dans la loi de finances initiale (LFI) à 4 931,54 milliards, soit 453,26 milliards de moins (-8,42 %). Les recettes totales de l’État passent de 6 188,79 à 5 848,65 milliards.
Le document explique cette révision par des moins-values sur les recettes du PRES, « estimées à 451,4 milliards FCFA à fin décembre 2026 », et par le choc pétrolier. Autrement dit, les nouvelles taxes rapportent moins que prévu, même si les impôts existants rentrent mieux.
Rapportées à l’objectif rectifié, les recettes de fin juillet en représentent environ 58 %, pour 58 % de l’année écoulée. Rapportées à l’objectif initial, elles n’en représentent qu’environ 53 % (calculs de la rédaction, sans correction de la saisonnalité). Le rythme est donc conforme à la prévision abaissée, pas à l’ambition de départ.
La composition change aussi. Les impôts sur les salaires sont réduits de 342,77 milliards dans le PLFR, tandis que les impôts sur les revenus et bénéfices sont relevés de 661,66 à 854,00 milliards. L’IS y passe de 479,54 à 650,00 milliards pour toute l’année 2026 : un montant que la DPEE dit déjà atteint à fin juillet. Les périmètres des deux documents peuvent différer, mais l’écart suggère que l’objectif d’IS reste prudent.
Un budget rectificatif toujours bloqué
Le texte n’est pas adopté au 28 octobre 2026. Rejeté en commission des finances le 23 octobre, selon la presse sénégalaise, il a été renvoyé en commission le 27 octobre à la demande du gouvernement, après la suspension de son examen en séance, selon Renseignement Économique. Le désaccord porte notamment sur une réduction d’environ 555 milliards des investissements publics, à laquelle la majorité Pastef s’oppose.
Les conditions posées par Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, ont été détaillées dans notre article sur le veto de Pastef sur la LFR 2026 et le budget 2027, et leur effet sur la dette cotée dans notre analyse de la réaction des eurobonds du Sénégal. Le PLFR contient par ailleurs des mesures fiscales nouvelles, dont une contribution sur les opérateurs de monnaie électronique, sans lien avec les 414,7 milliards déjà encaissés.
La dette absorbe une part de l’effort
La même note de la DPEE montre où va l’argent. À fin juillet 2026, les charges d’intérêt de la dette atteignent 695,5 milliards, en hausse de 12,8 %, soit environ 79 milliards de plus qu’un an plus tôt : près d’un cinquième des recettes fiscales supplémentaires (calcul de la rédaction). Pour contenir la dépense totale à 3 567,0 milliards (-0,4 %), l’État a réduit les transferts et subventions de 15,6 %, soit 171,1 milliards.
Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé le 1er septembre 2026 un accord au niveau des services pour une facilité élargie de crédit d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Le communiqué demande de « renforcer la mobilisation des ressources intérieures », prévoit une stratégie de recettes à moyen terme en 2027 et note l’intention des autorités de solliciter un traitement de la dette. L’accord attend encore le feu vert du conseil d’administration du FMI.
Ce que le Sénégal doit encore prouver
La hausse des encaissements est réelle, mais ne suffit pas à tenir le budget initial, et une partie de chaque franc supplémentaire part dans les intérêts. Le prochain test sera le vote de la LFR, puis les points mensuels de la DPEE d’août à décembre : ils diront si le rythme de 58 % tient jusqu’à la fin de l’exercice, et si les mesures du PRES finissent par rapporter ce que l’État en attendait.








