Le 20 octobre 2026, au lendemain du refus d’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, de faire voter en l’état le budget rectificatif, les eurobonds du Sénégal ont tous reculé de plus d’un point. La souche en euros échéant en 2037 a perdu 2,166 points, à 48,931 % de sa valeur nominale, selon les données Tradeweb citées par Reuters. Une baisse nette sur des titres qui cotaient déjà autour de la moitié de leur valeur : pas un krach, mais un risque de retard que le marché a facturé.
Le contenu du veto, ses exigences sur les fonds spéciaux et les chiffres du texte sont détaillés dans notre article sur les conditions posées par Ousmane Sonko. Celui-ci s’en tient à ce que les marchés ont réellement fait.
Eurobonds Sénégal : la séance du 20 octobre, souche par souche
Le Sénégal a cinq eurobonds en circulation, selon le recensement du site spécialisé African Eurobonds :
- 4,75 % en euros, échéance mars 2028, 1 milliard d’euros ;
- 7,75 % en dollars, échéance juin 2031, 1,05 milliard de dollars ;
- 6,25 % en dollars, échéance mai 2033, 1,1 milliard de dollars ;
- 5,375 % en euros, échéance juin 2037, 775 millions d’euros ;
- 6,75 % en dollars, échéance mars 2048, 1 milliard de dollars.
Selon Reuters, toutes ont cédé plus d’un point le 20 octobre, les échéances longues reculant le plus. Pour la souche 2037, la perte représente environ 4 % de son prix en une séance, selon un calcul de la rédaction. Selon Bloomberg, cité par le site Briefs, l’obligation 2031 a perdu 2,10 points à 49,99 cents par dollar en milieu d’après-midi à Londres, et les souches 2033 et 2048 jusqu’à 2 points.
Toujours selon Bloomberg, les titres en dollars ont connu leur plus forte baisse depuis début septembre et sont repassés sous 50 cents pour la première fois depuis le 1er septembre. Samir Gadio, responsable de la stratégie Afrique chez Standard Chartered, y voit une incertitude accrue sur l’adoption des budgets. Pour Carlos de Sousa, gérant chez Vontobel Asset Management, des ajustements de l’ampleur que requiert le Sénégal ne sont jamais faciles et supposent un consensus politique qui semble manquer.
Des titres déjà cotés comme une dette en restructuration
Le niveau de départ explique la modestie relative du choc. À la clôture du 19 octobre, les cinq souches s’échangeaient entre 51 et 54 % du nominal, comme le relevait notre article sur le calendrier de restructuration voulu par Washington. À ces prix, les investisseurs ne raisonnent plus en rendement mais en taux de récupération : ce qui leur sera rendu après l’échange de titres.
Une baisse de deux points ne change pas ce que l’État doit à ses créanciers. Elle traduit une révision de ce que les porteurs espèrent récupérer, et surtout de la date à laquelle ils l’obtiendront. Le prix intègre la décote attendue, l’allongement des échéances et le risque de retard.
Le 21 octobre, un rebond à confirmer
Les cours de clôture indicatifs publiés par African Eurobonds pour le 21 octobre vont, prix acheteur et vendeur, de 51,875 à 52,75 pour la 2028, de 50,00 à 51,25 pour la 2031, de 49,75 à 50,875 pour la 2033, de 50,00 à 51,125 pour la 2037 et de 49,75 à 51,00 pour la 2048.
Sur la 2037, cela suggère une légère reprise par rapport au point bas rapporté par Reuters la veille. Les fournisseurs de données et les heures de relevé diffèrent toutefois : la comparaison reste indicative. Aucune cotation publique du 22 octobre ni aucun prix récent des contrats d’assurance contre le défaut (CDS) n’a été trouvé dans les sources ouvertes consultées.
Le marché régional UMOA : 55 milliards levés le 23 octobre
Exclue du traitement de la dette, la dette en francs CFA (FCFA) passe par le marché de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), où le Trésor se finance auprès des banques de la sous-région. Lors de la dernière adjudication avant le veto, le 9 octobre 2026, le Sénégal a reçu environ 84,4 milliards de FCFA de soumissions et en a retenu 74,4 milliards, selon les résultats de l’agence UMOA-Titres (totaux calculés par la rédaction à partir des trois tranches).
Les rendements moyens pondérés ont atteint 7,87 % sur les bons à 12 mois, 8,16 % sur les obligations à 3 ans et 7,82 % sur celles à 5 ans. La tranche à 3 ans n’a attiré que 13,5 milliards de soumissions, dont 6,5 milliards retenus.
Le 23 octobre 2026, la nouvelle émission de 50 milliards de FCFA, en bons à 12 mois et en obligations à 3 et 5 ans, a reçu environ 69,4 milliards de soumissions, et le Trésor en a retenu 55 milliards, selon les résultats d’UMOA-Titres (totaux calculés par la rédaction à partir des trois tranches). Les rendements moyens pondérés sont montés à 8,06 % sur les bons à 12 mois et à 8,24 % sur les obligations à 5 ans, contre 7,87 % et 7,82 % le 9 octobre. La tranche à 3 ans n’a attiré qu’environ 9 milliards de soumissions, dont 474 millions retenus, à 8,01 %. Les banques régionales ont continué de prêter au Sénégal après le veto, mais plus cher sur les échéances à 12 mois et à 5 ans.
Perspective : un calendrier qui glisse, un risque de retard
À l’Assemblée, le calendrier se décale. Le 20 octobre, le groupe Pastef-Les Patriotes a fait état de compromis mais d’aucun consensus « global et solide » avec le gouvernement ; la plénière prévue le 23 octobre a été reportée à la semaine suivante, à la demande du gouvernement et sans date fixée, selon Le Soleil. La commission des finances, qui devait reprendre l’examen le 22 octobre à 15 heures, l’a renvoyé au vendredi 23 octobre à 9 heures, selon un communiqué de sa présidence relayé par la presse dakaroise.
Selon Reuters, sans adoption du budget rectificatif, le programme du Fonds monétaire international (FMI) qui sous-tend la restructuration pourrait être retardé. Chaque semaine perdue au Parlement repousse l’échange de titres et la valeur que les porteurs d’eurobonds peuvent espérer. C’est ce délai, plus qu’une rupture, que le marché a facturé le 20 octobre.








