Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
Réserver ma place

El Niño 2026 : l’OMM prévoit 3,8 °C, crues et sécheresse

El Niño 2026 : image satellite du Zambèze près de Kazungula en mars 2024, végétation desséchée pendant l'épisode précédent

L’épisode El Niño 2026-2027 coupe l’Afrique en deux : pluies et crues attendues dans la Corne, sécheresse en Afrique australe à partir de novembre. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la surface du Pacifique tropical pourrait atteindre 3,8 °C au-dessus de la normale entre novembre 2026 et janvier 2027. Le 21 octobre 2026 à Genève, l’OMM et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) ont appelé à agir avant les dégâts.

El Niño 2026 : ce que prévoit l’OMM, et ce qui reste incertain

La secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, a déclaré que l’épisode « pourrait être sans précédent » en intensité. C’est un conditionnel, fondé sur la mise à jour climatique saisonnière mondiale de l’organisation : les 3,8 °C sont une projection d’anomalie de l’océan, pas une mesure, et pas une hausse de la température de la planète. Le pic est attendu vers décembre 2026, avec des effets au-delà.

L’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) va dans le même sens avec un autre indicateur. Dans sa discussion du 8 octobre 2026, elle relève un indice Niño-3.4 à +2,1 °C et juge probable un épisode « fort à très fort » jusqu’en janvier-mars 2027. Elle donne 83 % de chances qu’octobre-décembre atteigne un niveau historique. Les deux agences ne mesurent pas la même chose : leurs chiffres ne s’additionnent pas. Et l’intensité dans le Pacifique ne dit pas, à elle seule, l’ampleur des dégâts dans un pays donné.

Corne de l’Afrique : la saison des pluies d’octobre à décembre sous surveillance

En Afrique de l’Est, l’OMM juge plus probables des pluies supérieures à la normale pendant la saison d’octobre à décembre. Le Centre de prévision et d’applications climatiques (ICPAC) de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a annoncé mi-septembre une probabilité de 90 % de pluies renforcées sur le sud de l’Éthiopie, selon le Centre climatique de la Croix-Rouge, qui cite aussi le centre-sud de la Somalie et le nord-est du Kenya.

Le calendrier est serré. Selon le compte rendu de l’Office des Nations unies à Genève, Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence, a jugé « critiques » les deux semaines suivant le 21 octobre. La Somalie, l’Éthiopie et le Kenya doivent recevoir fonds et fournitures avant les fortes pluies, tant que les routes sont praticables.

Afrique australe : le maïs et les semis de novembre en première ligne

Au sud, le risque est inverse. L’OMM prévoit des conditions plus sèches à partir de novembre, avec des effets sur les récoltes, l’eau et les revenus. La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge (FICR) donne 70 % de chances que les déficits de pluie d’octobre à décembre dépassent ceux de toutes les années El Niño depuis 1950 dans le sud de l’Angola, le sud du Malawi, le centre-sud du Mozambique, le sud de la Zambie et au Zimbabwe.

Pour un agriculteur de ces zones, la question est simple : semer ou attendre. La priorité affichée par l’OCHA est de distribuer des semences et de protéger le bétail avant la fermeture des fenêtres de semis. Si les pluies manquent à ce moment-là, la perte ne se verra qu’au printemps 2027, quand la récolte s’avérera insuffisante et que les prix des céréales monteront.

Le précédent est récent. Lors de l’épisode 2023-2024, le Malawi a proclamé l’état de catastrophe dans 23 de ses 28 districts le 23 mars 2024 et le Zimbabwe a déclaré la sécheresse catastrophe nationale le 3 avril 2024, en chiffrant ses besoins à 2 milliards de dollars. En août 2024, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) évaluait à 68 millions le nombre de personnes touchées dans la région.

Qui paie l’action anticipative, et combien

Face au choc, l’ONU a ouvert le guichet de l’action anticipative : financer avant les dégâts plutôt qu’après. Tom Fletcher a annoncé plus de 50 millions de dollars du Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires (CERF) pour onze pays, dont le Tchad, l’Éthiopie, la Somalie, le Soudan du Sud et le Salvador ; les six autres n’ont pas été nommés publiquement. Le 18 juin 2026, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) avaient lancé un appel de 202 millions de dollars pour 8,8 millions de personnes dans 22 pays, dont 12 africains.

Ces sommes restent faibles face à la facture annoncée. Selon Tom Fletcher, la Banque africaine de développement (BAD) estime que l’épisode coûtera aux pays africains entre 10 et 20 milliards de dollars et réduira leur produit intérieur brut de 1 à 2 %. L’enveloppe du CERF représente environ 0,5 % de l’estimation basse (calcul de la rédaction, sur des périmètres différents). La FAO et le PAM affirment qu’un dollar investi en amont peut éviter « jusqu’à » 7 dollars de pertes et de coûts de réponse.

El Niño est un phénomène naturel, mais il frappe des États aux budgets tendus et à la part faible dans le réchauffement. Une allocation annoncée n’est pas un versement : les documents publics ne détaillent ni décaissements ni opérations financées. Au Burundi, le PAM alertait déjà fin septembre sur un million de personnes exposées à El Niño, et au Soudan du Sud sur 7,8 millions de personnes menacées par la crise alimentaire.

Ce qui se joue d’ici mars 2027

Le texte de l’OMM sur El Niño et l’action humanitaire résume le pari : le choc est prévisible, ses pires conséquences ne le sont pas forcément. Les prochains bulletins de l’ICPAC et des services nationaux diront où les pluies tombent et où elles manquent. L’Afrique a des outils, comme l’assurance climatique paramétrique dont Madagascar paie les primes, mais leur échelle reste loin des milliards évoqués par la BAD.

Le test viendra en deux temps. Dans la Corne, il se mesurera en familles mises à l’abri avant les crues de novembre. En Afrique australe, il se lira dans les récoltes du premier semestre 2027 et dans le prix du maïs au marché. Sans relais des États, des banques de développement et des bailleurs, la facture retombera, comme en 2024, sur les ménages ruraux et les budgets nationaux.

Articles similaires

Get the app