Le 20 octobre 2026, dans une adresse aux militants diffusée depuis la France et publiée par Gabon Media Time (GMT), l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba a affirmé être toujours le président du Parti démocratique gabonais (PDG) et a contesté la direction de Blaise Louembé. Dans des propos rapportés le 27 octobre par GMT, celui-ci renvoie le différend au 13e congrès ordinaire du parti, convoqué les 27, 28 et 29 novembre 2026.
Ce qu’Ali Bongo a déclaré le 20 octobre 2026
L’intervention a été publiée le 20 octobre 2026 au soir par le média en ligne GMT, qui la présente comme une « adresse aux militants », sans en préciser le support. L’Union la dit faite depuis la France ; l’agence Anadolu la situe à Paris. Le 19 septembre 2026, dans une déclaration sur les biens mal acquis visant les héritiers d’Omar Bongo, l’ancien chef de l’État avait annoncé cette intervention sur le parti.
« Je n’avais ni démissionné, ni autorisé une direction en dehors de nos règles », déclare-t-il, selon GMT. Il dit avoir été reconduit à la tête du parti lors du congrès de décembre 2022. Il conteste toutes les décisions prises depuis une réunion tenue le 7 mars 2024 à sa résidence, qui devait selon lui seulement assurer la continuité du parti.
Il revient aussi sur sa déclaration du 18 septembre 2024, qui annonçait son retrait de la vie politique : « Ces mots, je les ai prononcés dans ces circonstances-là, c’est-à-dire sous la contrainte ». Il affirme qu’il se trouvait alors en résidence surveillée. Les autorités n’ont pas commenté ces propos dans les sources consultées. « Aujourd’hui je suis libre, et ma parole aussi », ajoute-t-il, avant d’affirmer : « Je ne renonce pas à la vie politique. »
Il entend conduire lui-même la suite : « C’est en ma qualité de président du PDG que je conduirai cette réorganisation. » Il réclame un congrès « inclusif ». Il dit avoir invité Blaise Louembé et deux responsables à une rencontre à Paris au début du mois d’octobre : « Ils ne sont pas venus. Ils n’ont pas répondu à mon appel. » La direction n’a pas commenté cette invitation dans les sources consultées.
Une mise en demeure, aucune action en justice signalée
Ali Bongo Ondimba dit avoir adressé une mise en demeure à la direction actuelle, sans que GMT en donne la date. Une lettre de mise en demeure datée du 20 février 2026, dont le site Gabonreview a rendu compte le 27 février 2026, donnait quinze jours à Blaise Louembé, à la secrétaire générale Angélique Ngoma et aux membres du « prétendu directoire » pour quitter la direction. Elle leur demandait de restituer les biens, locaux, documents et ressources du parti, sous peine de poursuites pénales et civiles.
Rien n’établit que l’acte évoqué en octobre soit le même. Dans les articles examinés jusqu’au 28 octobre 2026, aucune action devant une juridiction n’est signalée. L’ancien président dit lui-même vouloir l’éviter : « Le droit est de mon côté. Mais je ne veux pas voir le PDG se déchirer devant les tribunaux. »
La direction du PDG s’en remet au congrès de novembre
Selon Anadolu, les dirigeants du PDG n’avaient pas réagi à la déclaration au 25 octobre 2026 ; leur position publique tient donc, dans les sources consultées, en une phrase. Le 27 octobre 2026, GMT rapporte, d’après des propos relayés par la presse, la position du président du parti : « Je m’en remets au congrès du parti prévu les 27, 28 et 29 novembre prochain. » Ni la date, ni la forme, ni le lieu de ces propos ne sont précisés.
Le calendrier avait été adopté le 22 octobre 2026 au siège du parti à Libreville, lors d’une réunion présidée par Blaise Louembé, selon Digital News GA.
La légitimité de l’actuel président repose sur le 13e congrès extraordinaire du 30 janvier 2025, qui l’a élu par acclamation, selon Gabonreview. Ce congrès s’était tenu quatre mois et demi après la déclaration de retrait de septembre 2024. Il a remplacé le titre de « président fondateur » par celui de « président du parti » et supprimé les prérogatives qui y étaient attachées. Il a aussi déclaré l’adhésion au PDG incompatible avec l’appartenance à une autre formation politique.
Deux lectures des statuts s’opposent donc. Pour Ali Bongo, la lettre de février 2026 tenait ce congrès pour « frappé de nullité absolue ». Pour la direction, c’est au congrès de trancher. Aucune juridiction ne s’est prononcée, et les procès-verbaux des réunions contestées n’ont pas été rendus publics.
Un appareil réduit, mais un parti en règle
Le PDG a perdu le pouvoir avec le coup d’État du 30 août 2023. Aux législatives de septembre et octobre 2025, il est arrivé deuxième, loin derrière l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Les résultats provisoires d’octobre 2025 lui donnaient 16 sièges sur 145.
Le 1er novembre 2025, la Cour constitutionnelle a proclamé les résultats de 137 sièges : 101 pour l’UDB et 17 pour le PDG, selon le suivi de l’institut international IDEA. Des élections partielles ont suivi dans les circonscriptions annulées.
La loi n° 016/2025 sur les partis exige notamment 10 000 adhérents répartis dans les neuf provinces. Au 9 avril 2026, seuls quatre partis sur 104 avaient déposé un dossier complet, dont l’UDB et le PDG, selon l’Agence gabonaise de presse (AGP) citée par GMT.
C’est cet appareil, et sa ligne politique, que visait déjà la mise en demeure de février 2026. Dans cette lettre, Ali Bongo reprochait aussi à la direction une « soumission totale aux intérêts d’Oligui Nguema ». La direction n’a pas répondu sur ce point dans les sources consultées.
Novembre, un test de légitimité
Selon GMT, le congrès devra trancher la légitimité de la direction, la conformité de ses décisions aux statuts et le positionnement du PDG, notamment son éventuel statut de parti d’opposition. La présence d’Ali Bongo Ondimba ou de ses soutiens reste incertaine.
L’ancien président mène aussi d’autres contestations, comme celle du gel de ses comptes chez BGFIBank Gabon. Si les règles d’accréditation et de vote du congrès ne sont pas acceptées par les deux camps, le conflit sur la propriété du PDG pourrait se déplacer devant les tribunaux.