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Ali Bongo : le PNF requiert le renvoi de 9 héritiers

Ali Bongo Ondimba, ancien président gabonais, qui défend la mémoire de son père

Dans une déclaration vidéo diffusée le 19 septembre 2026 par GMT TV, l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba est sorti de son silence pour défendre la mémoire de son père, Omar Bongo Ondimba, dans l’affaire française dite des « biens mal acquis ». Fin juillet 2026, le parquet national financier (PNF) a requis le renvoi devant le tribunal correctionnel de neuf enfants de l’ancien chef de l’État, pour recel de détournement de fonds publics et blanchiment. Aucun d’eux n’est jugé à ce stade : la décision revient au juge d’instruction. Ali Bongo lui-même n’est pas visé par ce volet.

Ce qu’a dit Ali Bongo

« Un fils peut accepter que l’on juge l’action politique de son père sans accepter que l’on bafoue sa mémoire », a déclaré l’ancien président, renversé le 30 août 2023 et installé à Londres depuis mai 2025. C’est sa première prise de parole publique depuis plusieurs mois.

Il ne conteste ni la compétence de la justice française, ni le fond de la procédure. Ce qu’il attaque, ce sont les observations que les avocats de l’État gabonais ont soumises à cette justice — observations qui, selon la presse gabonaise, appuient la position du parquet et mettent en cause l’origine des biens de la famille. « Un homme ne se résume pas à un dossier », dit-il d’Omar Bongo, président de 1967 à sa mort en 2009.

La déclaration est aussi politique. Ali Bongo interpelle ses successeurs sur leur promesse de « restauration », revendique une place pour les anciens présidents et annonce une prochaine intervention sur l’avenir du Parti démocratique gabonais, qu’il a dirigé.

Quinze ans de procédure, en quelques dates

L’affaire remonte à une plainte de Transparency International France déposée en 2007 et jugée recevable par la Cour de cassation en 2010. Elle vise les patrimoines détenus en France par plusieurs familles présidentielles d’Afrique centrale. Pour le volet gabonais, l’instruction, close en 2025, a inventorié des biens immobiliers, des comptes et des véhicules.

Fin juillet 2026, le parquet national financier a requis le renvoi de neuf enfants d’Omar Bongo. Deux d’entre eux avaient été mis en examen antérieurement, en juillet 2022 et en juillet 2023. Les avocats de l’État gabonais ont soutenu ces réquisitions.

Ce volet n’est pas isolé : la procédure française concerne aussi d’autres familles dirigeantes de la région, dont celle de Guinée équatoriale, où Teodorín Obiang a été condamné définitivement en France.

La contradiction que ses adversaires exploitent

Les répliques sont venues en vingt-quatre heures, et elles portent toutes sur le même point : c’est sous la présidence d’Ali Bongo que l’État gabonais est devenu partie civile dans ce dossier.

Sur la date, les sources divergent. Le journaliste Maixent Georges Ntoutoume-Ndong situe la constitution de partie civile en janvier 2011 ; d’autres médias la rattachent à une décision de la cour d’appel de Paris du 14 mars 2023. Les deux lectures peuvent se compléter — une demande en 2011, une recevabilité confirmée en 2023 — et dans les deux cas, la période est celle de la présidence d’Ali Bongo, qui a couru de 2009 à 2023. La conclusion de ses contradicteurs est la même : le pouvoir actuel n’a pas inventé l’affaire, il l’a trouvée sur son bureau.

L’ancien cadre du parti Ali Akbar Onanga Y’Obegue apporte une nuance utile : le statut de partie civile permet à l’État de défendre ses intérêts patrimoniaux sans l’obliger à reprendre à son compte toutes les accusations visant Omar Bongo. Ce sont les arguments d’aujourd’hui, et non la présence de l’État dans la procédure, qu’il conteste.

Les autres réactions sont plus dures. Serge Abessolo oppose à Ali Bongo son propre bilan de quatorze années au pouvoir et l’interroge sur la place qu’occupaient plusieurs enfants d’Omar Bongo sous son règne. Marc Ona Essangui, figure de la société civile et ancien lanceur d’alerte sur ce dossier, parle d’amnésie ou de tentative maladroite de manipuler l’opinion, et rappelle que le dossier est entre les mains de la justice française.

Ce que la séquence révèle du Gabon d’aujourd’hui

Trois choses, qui sont une lecture de la rédaction. D’abord un retour : après deux ans de silence, Ali Bongo reprend la parole sur le seul terrain — la mémoire du père — où il peut mobiliser une part de l’électorat sans affronter frontalement le nouveau pouvoir. L’annonce d’une intervention sur l’avenir de son ancien parti confirme que ce retour est politique.

Ensuite une contradiction qu’il ne peut pas dénouer : l’État qu’il accuse de déshonorer son père est celui qu’il a lui-même engagé dans la procédure, et les mises en examen de deux de ses frère et sœur datent de son mandat.

Enfin un rappel : quelle que soit l’issue à Paris, l’affaire des biens mal acquis a déjà produit son effet politique majeur en fournissant au pouvoir issu du coup d’État de 2023 une légitimité de rupture avec le système précédent. Ce récit se nourrit d’autres dossiers, comme les 1 700 milliards de FCFA de débets réclamés par la Cour des comptes. Le gouvernement n’a pas eu besoin de répondre à Ali Bongo : la séquence sert son propos.

Reste la question que ces procédures posent partout, et qui n’a presque jamais de réponse : que deviennent les avoirs, et qui en bénéficie ? En Gambie, 112 victimes seulement ont été indemnisées sur 1 009 après la vente de biens de l’ancien président. Le procès, si le juge suit les réquisitions du parquet, dira ce que la justice retient. La mémoire d’Omar Bongo, elle, se juge au Gabon — et c’est là qu’Ali Bongo a choisi de plaider.

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