À quoi sert de parler d’émergence quand se soigner reste, pour des millions d’Africains, un parcours d’obstacles ? Les 23 et 24 octobre, Bruxelles accueillera une douzième édition du Rebranding Africa Forum qui propose de regarder la santé autrement : non plus comme une charge à supporter, mais comme une souveraineté à construire.
Il suffit parfois d’une ordonnance pour mesurer la distance entre les ambitions africaines et la vie ordinaire. Un médicament introuvable. Un examen à refaire dans une autre ville. Une famille qui rassemble de l’argent avant même de savoir ce dont souffre un proche. Ces scènes, familières dans bien des pays, disent davantage sur nos systèmes de santé qu’une avalanche de statistiques.
C’est à elles que l’on pense en découvrant le thème du 12e Rebranding Africa Forum (RAF) : « Systèmes de santé en Afrique : innover pour soigner, soigner pour développer ». Les 23 et 24 octobre à Bruxelles, le rendez-vous porté par Paule-Renée Etogo-Ebongué réunira responsables politiques, médecins, assureurs, banquiers, industriels et entrepreneurs du numérique. Une belle affiche. Mais à quoi servira-t-elle pour celui qui attend des soins ?
Le ministre ivoirien de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre Dimba, est attendu sur un terrain brûlant : comment passer de la promesse d’une couverture sanitaire universelle à une véritable souveraineté pharmaceutique ? La pandémie a laissé une leçon difficile à oublier : lorsqu’il faut acheter en urgence vaccins ou médicaments, ceux qui ne produisent pas dépendent des autres. Le pharmacien industriel Didier Ngambe Mouliom, fondateur de l’Institut africain des médicaments, rappellera peut-être que la souveraineté commence aussi dans les laboratoires et les usines. Encore faut-il que les politiques publiques accompagnent cette ambition.
RAF 2026 : qui payera la facture ?
Reste à payer la facture de cette ambition. À Bruxelles, le Dr Georges A. Donkor, président de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), côtoiera Manuel Moses, directeur général d’ATIDI, et Constant N’Zi, directeur général du groupe African Guarantee Fund (AGF). Le Dr Basile Tchakounté, secrétaire général du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE), participera également aux échanges. Derrière les mots « financement », « assurance » et « garantie », une préoccupation très concrète : qui investira dans des soins accessibles, comment mobiliser les capitaux privés et empêcher que la maladie soit un accélérateur de pauvreté ?
Autre promesse à examiner sans naïveté : le numérique. La télémédecine peut rapprocher un spécialiste d’un village éloigné ; l’intelligence artificielle peut faciliter certains diagnostics. Encore faut-il de l’électricité, une connexion fiable, des équipements et des soignants formés. Une application, même brillante, ne remplace ni un infirmier ni un dispensaire. L’innovation ne prendra véritablement son sens que si elle réduit les inégalités d’accès aux soins, plutôt que de créer une médecine à deux vitesses.
Le RAF prévoit des échanges directs avec les décideurs, des rencontres entre investisseurs et porteurs de projets, ainsi qu’une vitrine pour les startups de la santé. Le lendemain, une place sera faite aux arts et aux savoirs africains, à travers le programme « Africa Legacy ». Ce dialogue entre héritage et innovation a son sens, pourvu que la tradition s’accompagne de rigueur scientifique.
Il serait injuste de demander à deux journées de débats de réparer des décennies de fragilités. Mais il est légitime d’en attendre autre chose que des photographies de famille. Des partenaires identifiés, des projets finançables, des engagements suivis : voilà ce qui donnerait au rendez-vous de Bruxelles une portée au-delà des salles de conférence.
Au fond, la question n’est pas de savoir si l’Afrique est capable d’innover pour soigner. Elle le fait déjà, souvent avec peu de moyens. La vraie question est de savoir si elle saura organiser, financer et généraliser ces solutions. C’est sur cette réponse, et non sur l’éclat de son affiche, que l’on jugera ce douzième RAF.
Simon Pierre Etoundi








