Rebranding Africa Forum 2026 23 & 24 octobre 2026 · Bruxelles « Systèmes de santé en Afrique :
Innover pour soigner,
Soigner pour développer. »
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Médicament en Afrique : qui capte la valeur ? 690 sites

Officine au Sénégal : la valeur du médicament en Afrique se joue de la molécule au comptoir

Le grand format NotreAfrik — Qui capte la valeur ? Médicament en Afrique (volet 1/6). Acheter la santé, produire la valeur. Les États de la Région africaine de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) importent entre 70 et 100 % de leurs médicaments finis, et 99 % de leurs vaccins. Une boîte de médicaments soigne un patient, mais elle rémunère aussi toute une série d’acteurs, de la recherche à l’officine. Pour l’Afrique, la souveraineté pharmaceutique commence par une question : qui maîtrise cette chaîne, et qui capte la valeur du médicament en Afrique ?

Ce que la boîte ne dit pas

Sur une boîte de médicaments, on lit tout de suite le nom du laboratoire. Il est beaucoup plus difficile de savoir où elle a été fabriquée. Où le principe actif a-t-il été produit ? À qui appartient le procédé ? Qui a financé le stock ? Qui décide du prix, du fournisseur et du marché visé ? Le pays où la boîte est vendue n’a pas forcément la main sur ces décisions.

C’est cet écart entre consommer et décider que NotreAfrik veut explorer. Après le café, notre question reste la même : qui capte la valeur ? Appliquée au médicament, elle touche à la fois l’économie, la sécurité des approvisionnements et la vie des patients.

Une dépendance mesurable, à condition de la mesurer précisément

L’ampleur du problème est connue, mais ses chiffres demandent de la rigueur. Dans son cadre stratégique pour la production locale 2025-2035, présenté à son Comité régional à Brazzaville en août 2024, le bureau de l’OMS pour l’Afrique indique que les États de sa Région africaine importent entre 70 et 100 % de leurs produits pharmaceutiques finis, 99 % de leurs vaccins et entre 90 et 100 % de leurs principes actifs et de leurs dispositifs médicaux. Cette région ne couvre pas tout le continent : l’Égypte, la Libye, la Tunisie, le Maroc, le Soudan, la Somalie et Djibouti relèvent du bureau de la Méditerranée orientale. Ces repères sont datés ; ils ne donnent pas une photographie statistique de 2026.

Un chiffre très repris dans la presse, selon lequel l’Afrique importerait « 70 à 90 % de ses médicaments », ne figure pas ici. Il porte sur les dépenses pharmaceutiques de l’Afrique subsaharienne en 2019, et non sur une part actuelle des volumes à l’échelle du continent.

La dépendance ne se limite pas, de toute façon, à un passage de frontière. Un médicament conditionné localement peut dépendre d’un principe actif importé, d’une licence détenue ailleurs ou d’un équipement entretenu par un fournisseur étranger. À l’inverse, importer certains composants peut faire partie d’une stratégie industrielle cohérente, si le pays développe les compétences et les capacités qui lui permettront de diversifier ses fournisseurs.

La souveraineté se construit étage par étage

Il faut donc regarder ce que produit réellement une usine, les droits qu’elle détient et les marchés qu’elle peut servir. Formuler un comprimé, fabriquer la molécule qu’il contient et mettre au point un nouveau traitement sont trois métiers différents. Chacun apporte ses propres emplois et compétences. Chacun laisse aussi subsister ses propres dépendances.

L’enjeu n’est pas de tout fabriquer dans chaque pays. Il s’agit de choisir les produits prioritaires, d’organiser des complémentarités entre pays et de pouvoir mobiliser ces capacités quand les approvisionnements se tendent. La souveraineté devrait se mesurer à la capacité d’assurer un traitement de qualité, à un prix soutenable, jusque dans les territoires les moins bien desservis.

Une usine a besoin d’un marché

On décrit souvent le continent comme un désert industriel, ce qui est inexact. Selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) publié le 24 avril 2025, l’Afrique compte environ 690 sites de production pharmaceutique. Mais huit pays en concentrent 85 %, et la production locale n’existe que dans la moitié des pays africains. Surtout, beaucoup de ces sites ne tournent qu’entre 30 et 60 % de leur capacité, contre plus de 70 % dans les économies avancées. Le problème ne tient donc pas seulement au nombre d’usines.

Construire ne suffit pas. Une installation doit obtenir les autorisations nécessaires, former ses équipes et acheter ses intrants, puis vendre. Qui lui garantit une demande assez prévisible pour amortir ses investissements ? Qui paie dans les délais ? Qui finance la qualité avant l’arrivée des premières recettes ?

Ces questions relient directement le médicament au thème du Rebranding Africa Forum (RAF) 2026, qui se tiendra à Bruxelles les 23 et 24 octobre : « Systèmes de santé en Afrique : innover pour soigner, soigner pour développer ». Développer une industrie de la santé suppose de relier la politique sanitaire aux achats publics, à la formation, à la réglementation et au financement. Le patient doit profiter de cette coordination, et non en payer les incohérences.

Six volets pour suivre l’argent et le pouvoir

Nous remonterons la chaîne, du principe actif jusqu’à l’officine. Nous examinerons le marché des produits falsifiés et de qualité inférieure, où des revenus privés se construisent au prix de risques collectifs. Nous suivrons l’Agence africaine du médicament (AMA), installée à Kigali, puis nous comparerons les trajectoires du Sénégal et du Rwanda, notamment leurs projets de production de vaccins. Un dernier volet, en infographies, distinguera les dépendances établies, les capacités annoncées et les résultats mesurés.

Ce dossier s’appuiera sur des preuves : des procédés maîtrisés, des autorisations, des commandes, des livraisons et des traitements accessibles. La valeur ne se résume pas à la marge réalisée sur une boîte. Elle tient aussi à un savoir-faire conservé, à une rupture de stock évitée et à un patient effectivement soigné.

Premier arrêt : le principe actif. Avant que la boîte n’arrive à l’officine, où commence réellement la valeur du médicament ?

MÉDICAMENT EN AFRIQUE — QUI CAPTE LA VALEUR ?

Un dossier NotreAfrik en six volets, publié du 13 au 22 octobre 2026, en amont du Rebranding Africa Forum. Retrouvez tous les volets et le calendrier de publication sur la page du dossier. Prochain volet, jeudi 15 octobre : « Du principe actif à l’officine ».

Sources

OMS, bureau régional de l’Afrique, AFR/RC74/6, Cadre pour renforcer la production locale de médicaments, vaccins et d’autres technologies sanitaires dans la Région africaine de l’OMS 2025-2035, 74e session du Comité régional, Brazzaville, 26-30 août 2024, § 2 et § 5.

CNUCED, Building the case for investment in local pharmaceutical production in Africa, 24 avril 2025 (UNCTAD/DIAE/2024/5).

ONUDC, Trafficking in Medical Products in the Sahel, 2023 : origine du chiffre « 70 à 90 % », non retenu.

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