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Maroua-Bogo-Pouss : prêt BAD clos, 12 milliards FCFA impayés

Pont sur la route entre Moutourwa et Maroua, dans l'Extrême-Nord du Cameroun, région de la route Maroua-Bogo-Pouss

Les entreprises chinoises CGCOC Group et Xinjiang Communication Construction Group, chargées d’aménager la route Maroua-Bogo-Pouss dans l’Extrême-Nord du Cameroun, cumulent environ 12 milliards de FCFA de décomptes impayés. Le chiffre figure dans un document présenté le 23 septembre 2026 à Yaoundé lors de la revue des projets routiers à financement conjoint, consulté par Investir au Cameroun. En cause : l’accord de prêt de la Banque africaine de développement (BAD), qui finance 85 % des travaux, a été clos le 31 décembre 2024, alors que les chantiers n’étaient pas terminés.

Route Maroua-Bogo-Pouss : deux lots, deux situations

CGCOC Group réalise le lot 1 : la section Carrefour Bogo-Guirvidig, longue de 32,86 kilomètres, et des voiries à Bogo et à Maroua. L’entreprise fait état d’environ 9 milliards de FCFA d’impayés, dont près de 8 milliards relevant de la part de la BAD et 849 millions de la contrepartie camerounaise, selon le document de revue. Son chantier, d’un coût de 24,71 milliards de FCFA hors taxes, « est entré dans sa phase finale », avec un avancement d’environ 84 %.

Xinjiang Communication Construction Group réalise le lot 2, soit 30,86 kilomètres entre Guirvidig et Pouss et des voiries à Maga et Guirvidig, pour 24,07 milliards de FCFA hors taxes. Ses créances atteindraient environ 3 milliards de FCFA, dont quelque 2 milliards sur la part de la BAD et 346 millions sur la contribution camerounaise. Le chantier ne serait qu’à 42 % d’exécution. Le ministère des Travaux publics (MINTP) lui a demandé un nouveau chronogramme ; l’entreprise dit pouvoir terminer en huit mois au plus.

L’écart entre 84 % et 42 % interdit une lecture unique : les impayés n’expliquent pas à eux seuls tous les retards. Mobilisation de l’entreprise, organisation du chantier et contraintes locales pèsent aussi.

Quand le calendrier du prêt s’arrête avant le bitume

Un prêt de bailleur multilatéral a une date de clôture, au-delà de laquelle la banque ne peut plus décaisser sans décision nouvelle. Ici, la date est passée avant la fin des travaux : « depuis janvier 2025, les décomptes correspondant à la contribution de la BAD ne sont plus réglés ». La BAD ne paie plus ce qu’elle n’a plus le droit de payer.

La contrepartie camerounaise de 15 % « se poursuit », et de « nouvelles ressources » sont annoncées au titre de l’exercice 2026. Il serait donc inexact d’écrire que le Cameroun ne paie plus : l’essentiel des arriérés relève de la part extérieure, même si des sommes restent dues au titre de la contrepartie nationale. Juridiquement, c’est l’État, maître d’ouvrage, qui doit faire lever le blocage.

Réouvrir le prêt BAD, ou transférer le reliquat

Selon le document de revue, le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) a écrit à la BAD le 20 août 2026 pour demander la réouverture de l’accord de prêt. Rien n’indique qu’elle soit accordée. Et une réouverture « ne règle pas à elle seule le financement de tous les travaux restants ».

Seconde option examinée : transférer le reliquat des activités et des fonds vers un autre projet de la BAD encore actif dans la région, le Projet d’aménagement territorial et de promotion du secteur privé dans l’Extrême-Nord (PAT). La solution a le mérite de fonctionner, et le défaut de brouiller la traçabilité de ce que chaque prêt a financé. Les deux marchés relèveraient de la deuxième phase du Programme d’appui au secteur des transports (PAST 2), approuvée par la BAD en novembre 2016.

Le coût en cascade d’un impayé

Une entreprise de travaux publics avance en permanence salaires, carburant, matériaux et sous-traitants. Quand des milliards de décomptes restent impayés, elle ralentit, les sous-traitants locaux et les ouvriers attendent, et une route achevée à 84 % se dégrade avant d’être livrée. Dans une région exposée à l’insécurité et aux inondations saisonnières, la route est souvent la seule infrastructure qui désenclave.

Le risque de paiement finit aussi dans les prix. Selon la même revue, les entreprises chinoises détiennent 10 des 16 marchés routiers du Grand Nord, soit environ 306 milliards de FCFA sur 465 (66 %), rapporte Investir au Cameroun. Un entrepreneur qui anticipe des paiements tardifs l’intègre dans ses offres suivantes, et le contribuable paie la différence. Sur le rythme des décaissements de la BAD au Cameroun, lire notre article sur son portefeuille ; sur d’autres chantiers routiers du pays, notre article sur deux axes à réhabiliter.

La leçon de Maroua-Bogo-Pouss tient en une ligne : obtenir un financement ne suffit pas, il faut transformer l’argent en kilomètres avant que la fenêtre ne se referme. Ici, elle s’est refermée le 31 décembre 2024.

Sources

  • Investir au Cameroun, « Route Maroua-Bogo-Pouss : la clôture du prêt BAD laisse 12 milliards de FCFA d’impayés aux entreprises chinoises », 25 septembre 2026 ; « BTP : les entreprises chinoises captent 66 % des 465 milliards de FCFA de chantiers routiers dans le Grand Nord », 27 septembre 2026.
  • Africtelegraph, « Cameroun : les groupes chinois raflent 66 % des routes du Grand Nord », 27 septembre 2026.
  • Ministère des Travaux publics (MINTP), document de la revue des projets routiers à financement conjoint, Yaoundé, 23 septembre 2026 (cité par Investir au Cameroun).
  • Banque africaine de développement, Programme d’appui au secteur des transports, phase 2 (PAST 2).

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