Le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et la Côte d’Ivoire construisent ou annoncent chacun leurs raffineries d’or. Additionnées, les capacités avancées par l’Agence Ecofin dépassent 950 tonnes par an, pour environ 230 tonnes d’or industriel produites par ces pays. Et aucune de ces usines ne détient l’agrément « Good Delivery » de la London Bullion Market Association (LBMA), qui ouvre l’accès au prix de Londres.
« Les pays ouest-africains ont raison de vouloir raffiner davantage leur or sur place. Ils ont tort de penser que chaque pays doit posséder sa raffinerie », écrit l’Agence Ecofin dans un éditorial du 24 septembre 2026. Selon ce texte, qui est un point de vue argumenté, « la région risque de voir ses usines se disputer le même métal ».
Quatre raffineries d’or pour un même métal
Le 16 septembre 2026, la Côte d’Ivoire a annoncé une unité nationale d’affinage de l’or de 100 tonnes par an, dont la mise en service est prévue au premier semestre 2027. Elle rejoint trois projets voisins. Au Mali, la construction de la raffinerie SOROMA-SA, à Bamako, a été lancée en juin 2025 avec un partenaire russe ; sa capacité est de 200 tonnes selon Ecofin, d’environ 120 tonnes selon Forbes Afrique.
Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a posé le 23 novembre 2023 la première pierre d’une raffinerie à Ouaga 2000, d’environ 150 tonnes. Les lingots étaient alors promis « dans onze mois ». En Guinée, la Nimba Gold Refinery de Gbessia, inaugurée en juillet 2026 et « présentée comme la plus grande raffinerie d’Afrique », est annoncée à plus de 500 tonnes par an par Ecofin ; Forbes Afrique évoque 2 000 kilos par jour, extensibles à 4 000. Le Niger « développe également un projet ».
L’argument est partout le même. Avec un or à plus de 4 000 dollars l’once (≈ 2,3 millions de FCFA), il devient « difficile d’accepter qu’un métal extrait localement parte à l’étranger pour y subir sa dernière étape de transformation », résume Ecofin. Les mines du Burkina et du Mali envoient aujourd’hui leur or en Suisse, à Dubaï ou en Inde pour l’affinage.
L’arithmétique de l’Agence Ecofin
L’éditorial aligne les chiffres. Le Mali construit pour 200 tonnes et en produit une cinquantaine ; le Burkina annonce 150 tonnes pour 53 produites ; la Guinée plus de 500 tonnes pour « un peu plus de 70 ». La Côte d’Ivoire vise 100 tonnes pour une production qu’elle espère faire croître.
« Pour fonctionner à plein régime, plusieurs de ces installations devront trouver d’autres sources d’approvisionnement », écrit Ecofin : capter l’or artisanal, ou attirer celui des voisins. Or les voisins construisent aussi. Une raffinerie supporte des coûts fixes (personnel, sécurité, laboratoire, énergie, audits) : si elle tourne à 20 ou 30 % de sa capacité, chaque kilo raffiné coûte plus cher.
La Guinée est le seul de ces pays à avoir interdit l’exportation d’or brut, le 19 juin 2026. Mamadi Doumbouya l’a notifié aux opérateurs miniers : « l’or guinéen sera fondu, certifié et valorisé en Guinée ». Cette décision garantit à Nimba Gold Refinery l’or des mines du pays, ce dont les usines malienne et burkinabè ne disposent pas.
Le Ghana raisonne déjà en hub régional
Premier producteur d’or du continent, le Ghana dispose déjà de plusieurs raffineries privées. Gold Coast Refinery annonce jusqu’à deux tonnes par semaine, selon le ministère ghanéen des Finances ; Royal Ghana Gold Refinery, inaugurée en 2024, environ 400 kilos par jour. En janvier 2026, le Ghana Gold Board (GoldBod), l’office public de l’or, a signé avec Gold Coast Refinery un accord prévoyant l’approvisionnement d’environ une tonne d’or artisanal par semaine, avec un appui technique de Rand Refinery.
En mai 2026, GoldBod a aussi annoncé un projet de raffinerie d’environ 600 tonnes, destinée à traiter l’or ghanéen mais aussi, potentiellement, celui du Burkina Faso ou du Togo. Ce n’est encore qu’un projet. Mais Accra commence par sécuriser le flux de métal avant de construire, là où ses voisins font l’inverse.
Sans agrément LBMA, les raffineries d’or restent à la porte de Londres
Raffiner n’est que la moitié du chemin. « L’or ouest-africain doit être immédiatement accepté par les banques centrales, les fonds d’investissement et les grands négociants », écrit le magazine Afrimag. Cette acceptation passe par la liste « Good Delivery » de la LBMA, qui atteste la pureté, la traçabilité et la gouvernance d’une raffinerie.
En Afrique, seule Rand Refinery, en Afrique du Sud, figure sur cette liste selon Forbes Afrique ; aucune raffinerie d’Afrique de l’Ouest n’a ce statut, raffineries ghanéennes comprises. Un lingot à 99,99 % sorti d’une usine non reconnue peut devoir être réanalysé, recertifié, voire refondu, ce qui crée des coûts et parfois une décote. D’où la conclusion d’Ecofin : quelques unités certifiées et bien alimentées vaudraient mieux qu’une usine par capitale.
Sources
- Agence Ecofin, éditorial « L’Afrique de l’Ouest a-t-elle vraiment besoin d’une raffinerie d’or par pays ? », 24 septembre 2026.
- Forbes Afrique, « Or brut : la Guinée, le Mali et le Burkina Faso engagent la bataille du raffinage local », 21 juillet 2026.
- Afrimag, « Filière or : l’Afrique de l’Ouest face au défi du raffinage local », 7 juillet 2026 ; Linfodrome, 22 juin 2026 ; APAnews, 16 juin 2025.
- allAfrica (Le Pays, VOA), 27-28 novembre 2023 ; Mines Actu Burkina, 20 avril 2023.
- Ministère des Finances du Ghana, 5 février 2026 ; Ghana News Agency, août 2024 et janvier 2026 ; GoldBod, janvier, février et mai 2026.
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