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Or soudanais : l’UE interdit, 70 % raffiné ailleurs

Granulés d'or fin, matière dont l'origine soudanaise disparaît au raffinage

Depuis le 15 juillet 2026 pour l’Union européenne et le 10 septembre pour la Suisse, l’achat et l’importation d’or soudanais sont interdits, afin de tarir une source de financement des deux camps d’une guerre qui dure depuis avril 2023. Berne a précisé que l’interdiction vaut aussi pour l’or « transitant par des pays tiers ». Mais 70 % de l’or importé en Suisse a déjà été raffiné ailleurs, et l’origine enregistrée en douane est celle du dernier raffinage, pas du lieu d’extraction. Un lot sorti du Darfour, vendu au Tchad, fondu à Dubaï arrive à Genève comme or émirati.

Ce que prévoient les sanctions

L’Union européenne sanctionne depuis octobre 2023 des personnes et entités liées aux deux forces en présence — une dizaine de personnes et une poignée d’entités, sans les deux chefs. Elle a ajouté en juillet 2026 une mesure sectorielle : interdiction d’importer de l’or d’origine soudanaise et d’exporter vers le Soudan certains équipements d’extraction.

Le Conseil fédéral suisse s’y est aligné le 9 septembre, en soulignant que l’or « est l’un des moteurs de la guerre civile ». Le secrétariat à l’économie a confirmé à l’organisation SWISSAID que les importations via des pays tiers sont visées.

La Suisse n’importe officiellement aucun or du Soudan. Elle est le premier raffineur mondial, et une part importante de ses achats vient des Émirats arabes unis : 420 tonnes en 2025, et 233 tonnes sur les sept premiers mois de 2026.

Pourquoi la sanction ne peut pas voir l’or qu’elle vise

Le problème est celui que NotreAfrik a décrit à propos d’un autre métal : en douane, l’origine est une déclaration, pas une empreinte.

L’administration douanière suisse l’écrivait dans son rapport 2023 : 70 % de l’or importé « a déjà été raffiné dans un pays tiers », et « l’origine enregistrée ne renseigne plus sur le pays où le métal a été extrait, mais sur celui où il a été raffiné pour la dernière fois ».

Une fois fondu avec de l’or d’autres provenances, l’or soudanais n’existe plus comme tel — ni physiquement, ni documentairement. Pour appliquer l’interdiction, encore faudrait-il remonter la chaîne commerciale jusqu’au lieu d’extraction. Personne ne sait comment.

Deux camps, deux routes, une même destination

L’or est le nerf de cette guerre. Les paramilitaires contrôlent des mines du Darfour et du Kordofan et exportent, selon SWISSAID, par le Tchad, la Libye, la Centrafrique, le Soudan du Sud et l’Ouganda. L’armée contrôle des zones de l’est et du nord et exporte par Port-Soudan et l’Égypte.

Dans les deux cas, la destination est Dubaï, dont plusieurs enquêtes onusiennes et d’organisations non gouvernementales ont documenté le rôle de plaque tournante, et d’où l’or repart sous certificats émiratis vers la Suisse, l’Europe et l’Asie. Les Émirats sont par ailleurs accusés — ils démentent — de fournir armes et logistique à l’un des camps.

Deux outils existent, insuffisants. La réglementation émiratie de 2023 sur le devoir de diligence n’a pas convaincu. Les exigences renforcées de l’association londonienne du marché de l’or obligent depuis 2026 les raffineurs à publier leurs fournisseurs de pays à haut risque : la liste d’une raffinerie suisse fait apparaître une société de négoce émiratie que SWISSAID avait identifiée comme importatrice d’or soudanais. C’est assez pour justifier un contrôle. C’est aussi tout ce que le dispositif permet.

L’ampleur du flux africain

L’or soudanais n’est qu’une part du problème. SWISSAID estimait dans son rapport de 2024 qu’entre 321 et 474 tonnes d’or artisanal — près d’une tonne par jour — avaient quitté l’Afrique en 2022 sans être déclarées, pour une valeur de 24 à 35 milliards de dollars, l’essentiel vers les Émirats.

Le Soudan, le Mali, le Ghana, le Zimbabwe, la République démocratique du Congo et le Cameroun sont les principaux points de départ. Les enquêtes des Nations unies documentent depuis dix ans le transit de l’or des Grands Lacs par l’Ouganda et le Rwanda. Le même mécanisme de statistiques miroir est à l’œuvre partout, et les États producteurs y répondent chacun de leur côté — la Côte d’Ivoire vient ainsi de geler six mois la délivrance de ses autorisations artisanales, tandis que le Ghana a canalisé son or artisanal vers un guichet d’État.

Une asymétrie qui ne dit pas son nom

Pour l’Afrique, l’affaire illustre une répartition très inégale de la contrainte. Les producteurs sont sanctionnés, régulés ou pillés. Le raffineur qui capte la marge et efface la trace ne l’est pas. Et le consommateur final légifère sur un flux qu’il ne peut pas tracer.

La solution est connue : une traçabilité physique de l’or depuis la mine, ou l’interdiction d’importer de l’or raffiné dans un pays qui ne la garantit pas. Elle coûterait aux raffineurs et aux places de transit ce que la sanction soudanaise, elle, ne coûte à personne. C’est une lecture de la rédaction.

Le conflit qui alimente ce commerce, lui, n’avance pas : trois délégations reçues en deux mois par la présidence en exercice de l’Union africaine, et aucune négociation directe.

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