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Cameroun-États-Unis : 4 secteurs au 1er dialogue économique

Siège du Port autonome de Douala, infrastructure au cœur du dialogue économique Cameroun-États-Unis

Le Cameroun et les États-Unis ont tenu le jeudi 27 août 2026 à Yaoundé leur premier Dialogue économique et commercial bilatéral. Quatre secteurs y étaient expressément ciblés : numérique, agriculture, énergie et mines. Yaoundé y a placé une liste de projets destinés au « radar » des entreprises et instruments de financement américains, du barrage géant de Grand Eweng au futur aéroport de Douala, en passant par un data center national souverain.

Une vitrine de projets plus qu’un catalogue de nouveautés

La liste soumise aux partenaires américains frappe par sa cohérence. Il s’agit moins de projets nouveaux que d’infrastructures identifiées de longue date, restées pour plusieurs d’entre elles au stade des études, et pour lesquelles Yaoundé cherche désormais des partenaires capables de les faire aboutir.

Le plus imposant est Grand Eweng, projet hydroélectrique développé sur le fleuve Sanaga par l’américain Hydromine, à une centaine de kilomètres entre Yaoundé et Douala, en amont de la centrale existante de Song Loulou. Le catalogue de partenariats public-privé cité par la presse économique camerounaise l’annonce à 1 080 mégawatts pour environ 1 855 milliards de francs CFA, soit près de 3 milliards de dollars ; d’autres documents publics retiennent environ 1 000 mégawatts en première phase, en concession de type construire-posséder-exploiter-transférer. Le projet reste en phase de développement : le chantier principal n’est pas engagé.

La nationalité du développeur en fait le candidat naturel du dossier américain, dans un pays où la demande industrielle non satisfaite est estimée à 500 mégawatts autour de Douala et 800 autour de Kribi.

Numérique, aéroport, cartes minières : le reste du portefeuille

Le numérique forme le deuxième pilier : data center national souverain associé à un parc cloud, Centre national d’opérations de sécurité pour la cybersécurité, accompagnement de la stratégie nationale d’intelligence artificielle et de l’opérateur historique. Leur financement n’est pas acquis à ce stade.

S’y ajoute le nouvel aéroport de Douala : la plateforme actuelle, principal hub du pays, est saturée et vieillissante. Le dossier reste au stade des études, sans coût définitif ni calendrier ferme.

Côté mines enfin, la valorisation des données géologiques. Avec l’appui de la Banque mondiale via le programme PRECASEM, le Cameroun dispose déjà d’une carte géologique nationale au 1:500 000 et de cartes détaillées au 1:200 000. L’enjeu n’est pas de repartir de zéro mais de les achever, de les actualiser et de les rendre exploitables par les investisseurs — un chantier qui conditionne des projets miniers comme celui de la bauxite de Minim-Martap.

Ce que Washington vient dire — et demander

Le Dialogue n’est pas à sens unique. Selon la presse économique camerounaise, la partie américaine entendait soulever les « rigidités réglementaires » qui freinent ses entreprises : réglementation des changes de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dont le rapatriement des devises est un irritant récurrent pour les investisseurs étrangers, cadre des fintech, régime minier.

La séquence diplomatique est plus large. Le 21 août 2026, une délégation du Congrès conduite par Mike McCabe, directeur de cabinet du sous-comité Afrique de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, visitait le Port autonome de Douala, s’intéressant à sa modernisation. La rencontre du 27 août avait elle-même été préparée par plusieurs semaines de consultations entre le chargé d’affaires américain John G. Robinson et le gouvernement camerounais.

Après le premier Dialogue économique américano-congolais et la concession ferroviaire du corridor de Lobito, signée le 26 août 2026 à Kinshasa avec l’appui de la Société américaine de financement du développement international, le Cameroun s’inscrit dans un mouvement régional où Washington réinvestit méthodiquement le terrain économique d’Afrique centrale — un terrain où les recettes tirées des concessions et licences restent un enjeu budgétaire de premier ordre.

L’arrière-plan concurrentiel, sans procès d’intention

Un fait mérite d’être noté, sans surinterprétation. Le data center « souverain » proposé aux partenaires américains viendrait compléter un paysage où l’infrastructure de référence, celle de Zamengoé près de Yaoundé, a été construite par l’opérateur public Camtel avec le chinois Huawei en 2020.

Comme en République démocratique du Congo, Yaoundé semble jouer la carte de la mise en concurrence des partenaires plutôt que celle de l’alignement. C’est un constat factuel, pas une intention prêtée. Cette question de savoir qui héberge et qui contrôle les infrastructures de calcul africaines est au cœur de notre dossier sur l’IA africaine sous contrainte.

Le vrai test du dialogue Cameroun-États-Unis : la bancabilité

Reste la question qui conditionne tout : ces projets trouveront-ils preneurs ? Grand Eweng attend son bouclage financier depuis des années. Le secteur électrique camerounais, dont le gouvernement vise le retour à l’équilibre financier d’ici fin 2027, doit d’abord garantir qu’il peut payer ses factures.

« Si on ne peut pas lui garantir le paiement de sa facture mensuelle, les autres investisseurs ne seront pas intéressés », reconnaissait le ministre de l’Eau et de l’Énergie au Forum Investir en Afrique de Paris, en avril 2026.

C’est tout le piège de la bancabilité : les projets existent, les besoins sont criants, mais l’équation financière — acheteur solvable, cadre stable, devises rapatriables — reste à démontrer. Le contexte financier régional n’aide pas, alors que les États de la zone CEMAC empruntent de plus en plus cher sur leur marché régional. Le premier Dialogue de Yaoundé aura réussi si, dans un an, l’un au moins de ces dossiers est passé du « radar » au contrat.

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